Tadesse Abraham a laissé courir son cœur et parler ses émotions

MarathonLe Genevois se classe 7e et meilleur Européen. Une prouesse qui vaut plus qu’un diplôme.

Tadesse Abraham tout sourire à l’arrivée.

Tadesse Abraham tout sourire à l’arrivée. Image: AFP

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Pour certains, comme le champion du monde en titre, l’Erythréen Ghebreslassie, l’épreuve a tourné à la galère. Détrempé, le bitume de Rio n’était pas pavé de bonnes intentions. Oui, d’une certaine manière, il fallait savoir courir sur l’eau pour atteindre la terre promise, ce Sambo drome de plumes et de paillettes lorsqu’il célèbre le carnaval, ce lieu d’exaltation et de délivrance lorsqu’il recueille comme hier la sueur des marathoniens. Le Kényan Eliud Kipchoge possédait ce don. Son succès éclaboussant est tombé comme une évidence à l’issue d’une terrible course de sape. Mais le jeu de massacre n’a pas fait que des victimes. «Franchement, je considère ma 7e place comme une victoire», s’est émerveillé Tadesse Abraham, un diplômé olympique au comble du bonheur.

Dans ce magnifique théâtre d’arrivée, le Genevois a longtemps marché en long et à large, soucieux d’immortaliser chaque pouce de terrain, de prolonger chaque souffle d’émotion. Il venait de «parcourir les cent derniers mètres comme dans un rêve». «Ça été un formidable sentiment d’accomplissement et de jouissance», ajoute-t-il. Il n’a pas de mots pour expliquer sa joie et pourtant il cause! Intarissable. Ses pensées le dépassent, le submergent. «Par où commencer?» s’interroge-t-il lorsqu’on lui demande de raconter sa course. Elle vient de si loin, du plus profond de son âme.

«Vous savez, dans ma vie, j’ai traversé beaucoup d’épreuves avant d’arriver ici. Ce marathon, c’est une belle récompense pour moi», confie-t-il. C’est à cela qu’il a pensé lorsqu’il s’est retrouvé dans le dur au 35e kilomètre. Il s’est revu sur les chemins de l’exil, il s’est rappelé son quotidien de réfugié, sa lente reconstruction loin de ses racines africaines. Jusque-là, il avait accompagné les meilleurs, crânement, en mouillant son maillot, en portant fièrement sa croix suisse. Puis ses jambes sont devenues plus lourdes. «J’ai compris alors que si je ne voulais pas lâcher prise, c’est la tête qui devait prendre le relais, me redonner de leur énergie et du courage.»

Un marathon est autant une épreuve de force athlétique qu’un exercice d’introspection. Hier, plus encore qu’à Séoul, où il avait battu en mars le record de Suisse, Tadesse Abraham a laissé courir son cœur. «J’ai pensé à ma femme et à mon fils, aux sacrifices qu’ils ont consentis pour me permettre de vivre un tel moment. Je voulais à tout prix leur rendre ce qu’ils m’ont donné.»

Le champion d’Europe du semi-marathon savait qu’à Genève, devant la TV familiale, Elod le regardait en portant son T-shirt fétiche. Oui, il a bien le «papa le plus rapide du monde». En tout cas d’Europe! Un coureur dur au mal, qui a consacré six mois cette année à s’endurcir encore dans le sillage des meilleurs marathoniens éthiopiens. Une vie d’ascète, monacale, sur les terres ardues d’Addis-Abeba. A Rio, il a devancé Lemi Behranu, son plus farouche coéquipier d’entraînement! «Non, en le dépassant, je ne lui ai rien dit. J’étais trop concentré… Cela fait depuis huit mois que je rêvais d’arriver le plus vite possible sur la ligne d’arrivée…» (TDG)

Créé: 21.08.2016, 22h27

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