Lea Sprunger: «Je suis fière de ce que j’ai accompli»

AthlétismeLa Nyonnaise s’est qualifiée pour la finale du 400 m haies. Avec la manière. Les Suissesses ont la banane.

Image: Keystone

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C’est une belle histoire qui n’est pas terminée, que Lea Sprunger finira d’écrire jeudi, en finale du 400 m haies. Là, elle savoure, elle profite de l’instant précieux. La Nyonnaise a atteint la terre promise et elle est «fière d’avoir accompli cette prouesse». «Kariem nous a montré le chemin», dit-elle. Ce qui ne veut pas dire qu’il lui a juste fallu ouvrir la porte! «Ce n’était pas si simple», ajoute-t-elle. Il y a un an, à Rio, le monde s’était écroulé sous ses pas affolés. Un cauchemar. Il lui avait fallu encaisser le coup, retrouver l’envie et retourner au turbin. Ne pas, dans ses nuits d’insomnie, jouer à saute-mouton et compter les obstacles…

Il y a encore eu Belgrade, un autre crève-cœur, mais surtout cet appétit de bien faire qui efface tout. Cette saison, Lea Sprunger a beaucoup couru pour se faire une carapace, pour arriver à Londres sans l’ombre d’un doute. Délivrée après une série sans accroc, elle a pu laisser parler son talent et lâcher les chevaux. Seul son chrono (54’’82) la laisse un peu sur sa faim. Mais c’est le troisième des qualifiées, derrière la Slovaque Hejnova (54’’59) et la Jamaïcaine Tracey, qui l’a devancée d’un souffle (54’’79). «J’aurais voulu gagner la course, mais c’est déjà pas mal. Je l’ai bien maîtrisée», dit-elle. Que peut lui promettre une telle performance? «Il n’est pas encore temps de tirer des plans sur la comète», répond-elle.

Photo: Keystone

Sarah Atcho aux anges

Il y a deux ans, Lea Sprunger a fait le pari du 400 m haies. Un choix assumé, contre vents et marées, quand une certaine raison aurait pu la conforter dans sa zone de confort. Avec ses longs compas et sa vélocité naturelle, la Nyonnaise a l’art de dessiner des courbes vives. Elle ne l’a pas perdu. Ses récents records de Suisse sur 200 et 400 m portent cette griffe. Mais la Nyonnaise, en parfaite osmose avec son coach, Laurent Meuwly, a voulu ouvrir une autre voie. Plus accidentée, plus aventureuse. Non, elle n’est pas tombée dans la facilité. La discipline est complexe, comme un puzzle qu’elle s’applique à assembler. La prochaine pièce sera peut-être la plus belle.

Dans la zone mixte, ce confessionnal où s’épanchent les peines et les joies, les Suissesses ont plus souvent la banane que le bourdon. Avant Lea Sprunger, c’est Mujinga Kambundji qui s’était fendue de son plus beau sourire. La Bernoise s’est glissée en demi-finales du 200 m comme une lettre dans un pillar box (22’’74). Et dans la tournée du facteur, il y a aussi la missive de Sarah Atcho, timbrée en courrier A. Et là aussi, la Lausannoise (2e de sa série en 23’’09) est aux anges. «Je suis partie à fond, mais j’ai toujours pris soin de rester relax pour éviter les crampes. Franchement, c’est génial, je ne peux pas rêver mieux», s’émerveille-t-elle.

Au diable les complexes!

Il y a, au bord de la Tamise, un vent d’euphorie qui gonfle les voiles de la délégation helvétique. Kariem Hussein, le repêché miraculeux, n’est pas étranger à cette catharsis collective. «Le voir se rétablir ainsi après avoir failli passer à la trappe, c’est pour nous un formidable encouragement», confie Selina Büchel, en lice jeudi en série du 800 m. La Saint-Galloise y jouera son va-tout. Double championne d’Europe en salle, elle sait combien la voie qui mène à la finale est étriquée, barricadée par Caster Semenya et ses copines aux épaules de déménageuses. Mais au diable les complexes! Elle tentera de forcer son destin en se faufilant dans un trou de souris.

Sur 3000 m steeple, Fabienne Schlumpf s’attaque elle aussi à un bastion longtemps resté inexpugnable, domaine exclusif des Africaines. Mais dans l’esprit de la Zurichoise, finaliste olympique à Rio et brillante 3e à Oslo avec un nouveau record national à la clé (9’21’’65), cette réalité n’est pas une fatalité. Ce n’est pas seulement par la taille (1,83 m) qu’elle entend se hisser au-dessus de la mêlée. «En course, je ne fais pas de distinction parmi mes adversaires», affirme-t-elle. Mais comment faire pour combler l’écart qui la sépare encore des meilleures, sans miser seulement sur son aisance technique? «Travailler, beaucoup travailler», répond-elle, elle qui a multiplié cette saison les camps d’entraînement en altitude, à Saint-Moritz, en Afrique du Sud ou dans une chambre hypoxique à Macolin.


Van Niekerk sans l’ombre d’un doute

A Londres, une porte qui claque suffit à mettre les esprits en état d’alerte. Mais c’est un coup de théâtre qui a mis le feu au stade. Depuis, on pleure la sortie profanée de l’idole, on voue l’ancien dopé aux gémonies et on prend quelques diarrhées pour une épidémie de gastro-entérite! Tout ce pataquès ne semble pas troubler la tranquillité de la «Foudre», croisée hier dans son hôtel de Tower Bridge. Pas plus qu’il n’a affecté Wayde van Niekerk dans l’accomplissement de son nouveau tour de force. Successeur désigné de Bolt, le Sud-Africain a enfoncé un peu plus le clou en remportant son deuxième titre mondial sur 400 m. Un an après son chef-d’œuvre olympique, on l’attendait au contour. Traquenard pour un crack. Comme si, en défonçant le mur des 44 secondes, il avait lui-même déclenché la curée. «Le 400 m est en feu. Ça se bouscule derrière et, franchement, ce n’est pas pour me déplaire. Ça ne peut que me stimuler», disait-il, un peu chahuté en séries. De fait, c’est poussé par sa propre ambition qu’il a fait le ménage en finale. Un grand coup de balai. Personne n’y a pas résisté, surtout pas l’infortuné Isaac Makwala, plombé au lit par une gastro. Dans le froid, Van Niekerk a triomphé sans enflammer le chrono (43’’98), en bouclant son tour en roue libre – il a un 200 m sur le feu! Oui, c’est bien lui le boss. Mais c’est le Français Pierre-Ambroise Bosse qui est le champion du monde du 800 m! P.B.

Créé: 08.08.2017, 23h07

Kariem Hussein en finale

Un bistouri ne suffira pas

C’est un peu par une opération du Saint-Esprit que Kariem Hussein se retrouve aujourd’hui (22 h 33) au départ de la finale du 400 m haies, un honneur dont il avait été privé il y a deux ans pour cinq centièmes. A Pékin, le Thurgovien avait heurté le dernier obstacle et échoué au poteau en 48’’59. A Londres, il lui a suffi d’une course sans heurt et d’un modeste chrono de 49’’13 – le moins bon des qualifiés – pour se glisser dans le grand huit! A l’exception d’un succès de prestige à Lausanne en 48’’85, le futur toubib n’a jamais connu cette saison l’état de grâce qui lui avait permis en 2014 de remporter le titre européen. Face à l’immense défi qui l’attend, on imagine qu’il lui faudra plus qu’un bistouri pour tailler sa route vers le podium! P.B.

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