Et si des petits malins se mettaient enfin à servir à la cuillère?

TennisÀ Roland-Garros, les dégagements sont vastes et les joueurs reculent. Il y a peut-être un coup fourré à jouer.

Il y a trente ans exactement, Michael Chang entrait dans la légende avec une petite cuillère.

Il y a trente ans exactement, Michael Chang entrait dans la légende avec une petite cuillère. Image: DR

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Le coup était tombé en désuétude et puis, comme le vinyle et le papier peint, il est revenu à la mode. Par esprit de contradiction, d’abord: quand Nick Kyrgios adresse un service à la cuillère, il envoie un message («prend ça crétin»?) et affirme un besoin pathologique de ne pas ressembler à tout le monde.

Mais d’autres se sont essayés à cette folle imprudence, ces derniers mois, et leur action semble davantage guidée par le sens de la repartie, sinon par l’énergie du désespoir. Servir à la cuillère: frapper doucement par en bas, comme un sous-entendu ou une petite tape sur les fesses. Trajectoire lente, nonchalante: l’intrusion de la facétie dans la stratégie, l’insinuation douteuse face au passage en force. Rien d’illégal: «Le serveur doit lancer la balle en l’air avec la main, dans n’importe quelle direction, et la frapper avec sa raquette avant qu’elle ne touche le sol», stipule le règlement.

Federer y croit

Dès lors qu’il n’est plus ringard, ce coup a trouvé un terrain d’expression idéal sur le court Philippe-Chatrier de Roland-Garros, où les dégagements sont particulièrement vastes et les joueurs enclins à reculer, de plus ou moins bonne guerre, pour anticiper un rebond haut. Roger Federer reconnaît lui-même qu’il a passé cinq ans à chercher des repères sur ce central. «J’étais presque désorienté», a-t-il encore reconnu vendredi.

Dans cette configuration, il y a sans doute un coup fourré à jouer. «Regardez la position de Nadal au retour de service: parfois les bâches ne sont plus qu’à quelques centimètres», expose Brad Gilbert, auteur de «Winning Ugly», sur Tennis Channel. «Les joueurs dont la stratégie est d’engager le combat devraient tenter le service à la cuillère. Pas nécessairement pour réussir un ace, mais pour introduire un sentiment d’insécurité sur le court. Il ne faut jamais oublier que le tennis est d’abord une confrontation humaine.»

Nadal déteste

Mortifié par un service à la cuillère de Nick Kyrgios, Rafael Nadal n’en a pas renié la capacité de nuisance: «C’est un manque de respect envers l’adversaire, le public et soi-même.» Il est amusant d’entendre les réactions outragées de ceux qui se posent en farouches tenants des valeurs anciennes, alors que le geste est passé à la postérité il y a exactement trente ans, à Roland-Garros, lorsqu’un Michael Chang, épuisé, l’a infligé à un Ivan Lendl exaspéré.

Au-delà des querelles de chapelle, le coup ne peut être porté que sans coquetterie, au péril de son amour-propre: «Si tu te rates, tu en prends pour des millions de clics sur YouTube», s’esclaffe Benoît Paire. Au final, il subsiste des ambivalences éthiques qu’une bonne conscience ne saurait arbitrer. «C’est un coup vicieux quand même», confesse Jared Donaldson, «coupable» d’un service à la cuillère triomphal, l’an dernier, contre Grigor Dimitrov.

À l’inverse d’un amorti slicé, la balle est beaucoup trop inoffensive pour présenter la moindre difficulté à être relevée. Mais pour Roger Federer, «c’est incontestablement une option tactique, surtout quand l’adversaire est scotché à la bâche. En tout cas, je n’aurais pas honte de l’essayer. Mais je préconise quand même de l’entraîner seul, dans un coin tranquille ou personne ne te regarde, avant de le tenter en compétition. Parce que si l’adversaire arrive à temps sur la balle, tu n’as aucune chance. Et tu as l’air vraiment stupide…»

Paire s’exerce

Jakob Hlasek semblait également prescrire cette option dans le matin.ch: «Quand un joueur attend très, très loin, c’est une manière de le déstabiliser et de le forcer à avancer. Utilisé à bon escient, ce coup peut dérégler l’adversaire. Et pourquoi pas jusqu’à huit ou dix fois par match? À ce moment-là, le service à la cuillère deviendrait un vrai plan tactique.»

Dans sa carrière, Ivo Karlovic a servi plus de 13 000 aces, dont la quasi-totalité à plus de 200 km/h. Le plus célèbre d’entre tous reste un service à la cuillère face à Tommy Haas, en 2007, lorsque l’Allemand avait anticipé un nouvel obus et reculé jusqu’au pied des gradins.

Fatalement, l’action ne peut pas rester sans conséquence, que ce soit pour celui qui se sert d’une cuillère ou celui qui lui apprend les bonnes manières. Reste que les petits malins y pensent. La preuve avec cet aveu de Benoît Paire dans «L’Équipe»: «En demi-finale de Coupe Davis contre l’Espagne, avant que Nadal ne déclare forfait, on en avait parlé avec Yannick (ndlr: Noah) et on avait organisé une séance de services à la cuillère.» Aujourd’hui, Nick Kyrgios croit encore qu’il ne ressemble à personne. Mais c’est aussi ce que pensait le premier homme à avoir retroussé ses pantalons au-dessus des chevilles.

Créé: 28.05.2019, 21h08

La folie ou la minutie

Il existe deux façons d’aborder un adversaire beaucoup plus fort que soi: exploiter consciencieusement ses connaissances, ou sinon oublier que l’on n’a aucune chance, foncer, et sur un malentendu… Toute la question est dès lors de savoir si Henri Laaksonen, dit «Ice Henri», est un homme à forcer sa nature ou à la cultiver, ce mercredi après-midi, face à Novak Djokovic.

«Je connais de nombreux joueurs qui, lorsqu’ils entrent sur le terrain pour affronter Roger, Rafa ou Djoko, pensent qu’ils ne peuvent pas gagner», relève Stan Wawrinka, lui-même traversé au début de sa carrière par une espèce de pudeur provinciale, un sentiment d’imposture face aux puissants de son monde. Avec un profil relativement similaire, Henri Laaksonen devra changer la perception qu’il a du No 1 mondial, mais aussi de lui-même (ATP 104). Le peut-il? Le veut-il absolument? «Entrer dans le tableau final, c’était déjà quelque chose, explique-t-il. Disputer un deuxième tour, c’est du bonus. Affronter un joueur comme Novak, c’est un autre bonus.»

Au départ, Djokovic jouira d’une immunité psychologique que son adversaire aura le choix de respecter, ou de profaner avec orgueil. Le langage du corps devra envoyer des signaux dans ce sens, peut-être mentir un brin, se la raconter un peu. Car sans surprise véritable, Novak Djokovic n’a pas peur d’Henri Laaksonen: «Je ne le connais pas beaucoup, pour être honnête. Je ne l’ai jamais affronté et j’ai dû le voir jouer deux fois. Je vais l’étudier, je ferai consciencieusement mes devoirs», a-t-il conclu en riant. CH.D.

Fenêtre sur court

Qui voilà?
Les fans de ski auront remarqué la présence de Lindsey Vonn, drapée dans une ample robe blanche. Les fans de hockey auront noté qu’elle accompagnait P.K. Subban, son petit ami.

Revenante
Probablement diminuée, vraisemblablement stressée, Naomi Osaka a fondu en larmes sur le court alors qu’elle était à deux points de la sortie. «Il n’y avait aucune raison logique que je pleure. Mais bon, je ne suis pas une personne logique… Vous avez vu le tennis bizarre que je joue ici?» À la fin, c’est Schmied­lova qui essayait de ne pas pleurer (0-6 7-6 (4) 6-1).

Où va-t-elle?
La folle insouciance qui, en 2017, a porté Jelena Ostapenko jusqu’à la victoire finale, n’a pas survécu au réalisme contemporain. Méconnaissable, celle qui frappait des coups gagnants les yeux fermés multiplie aujourd’hui les choix perdants avec une obstination aveugle. Victoria Azarenka en
a bien profité (6-4 7-6). CH.D.

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