Des larmes de bonheur qui effacent un été de souffrance

Ski alpinCorinne Suter, victime d’une grave infection pendant sa préparation, a décroché le bronze du super-G des Mondiaux.

Corinne Suter, qui n'était encore jamais montée sur un podium de Coupe du monde, a su forcer son destin lors d'une course palpitante, avec les six premières séparées par 16 centièmes de seconde.

Corinne Suter, qui n'était encore jamais montée sur un podium de Coupe du monde, a su forcer son destin lors d'une course palpitante, avec les six premières séparées par 16 centièmes de seconde. Image: Keystone

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On connaît tous l’histoire de la «routourne», si chère à Franck Ribéry. Infaillible parole prophétique: le mystérieux mécanisme a fini par se mettre en branle au meilleur des moments pour Corinne Suter. La Schwytzoise restait sur deux quatrièmes places en super-G depuis le début de l’année 2019; mardi à Åre elle a accroché ce podium qui se refusait à elle depuis toujours. «C’est un incroyable sentiment de plénitude, balbutiait Suter alors que des larmes de bonheur roulaient sur ses joues. Lorsque j’ai vu que j’étais à trois centièmes de Sofia (ndlr: Goggia, médaillée d’argent) en arrivant en bas, j’ai eu très peur, j’ai cru que ça allait de nouveau arriver.» Référence faite à la récente descente de Cortina, où elle avait été boutée hors du podium pour un centième, soit la plus petite des marges. La «routourne»: cette fois, c’est l’Allemande Viktoria Rebensburg qui était bonne pour enrager, quatrième à deux centièmes d’une breloque au terme d’un super-G incroyable de densité.

Proche de l’amputation

Et dire que Corinne Suter s’élançait avec le dossard 4: mauvais présage vite balayé. Rien de mieux pour conjurer le sort que de l’empoigner aussi fermement que ses bâtons. «Même si je n’en avais pas beaucoup parlé, je m’étais mis pas mal de pression pour cette course, confiait la toute fraîche médaillée mondiale. Je savais qu’un podium était dans mes cordes, que j’avais le niveau.» Une manche impeccable d’engagement plus tard, c’était l’heure des tremblements. À chacune de ses contradictrices, qui défilaient au compte-gouttes, son lot de sueurs froides: plus d’une fut dans le coup, seule Mikaela Shiffrin parviendra encore à passer tout devant, pour son premier titre mondial dans une discipline de vitesse (lire ci-contre). «J’ai rangé mes affaires et je n’ai plus osé regarder, expliquait Suter. J’étais tellement nerveuse, bien plus qu’au départ. C’est vrai qu’idéalement j’aurais dû réussir à relativiser, à me dire que ma performance était bonne, peu importe le résultat comptable. Mais ce sont les championnats du monde, ici il n’y a que les médailles qui ont de la valeur.»

Dans les yeux rougis de Corinne Suter, on lit aussi le souvenir d’un été tumultueux. Alors qu’elle s’entraîne en haute altitude, elle est victime d’un empoisonnement du sang: la faute à des chaussures de ski trop petites, ses orteils morflent; à quelques heures près, et sans une sommation salvatrice du médecin de l’équipe de Suisse, c’était l’amputation. Au final, elle s’en tirera avec quatre jours d’hospitalisation, gavée d’antibiotiques, bonne pour reprendre de loin son travail foncier. «Pour que ces larmes de bonheur coulent aujourd’hui, j’ai souvent dû en laisser couler d’autres, d’amertume ou de souffrance, confiait encore Suter. Et celles-là personne ne les voit.»

Totalement libérée

Plus grand espoir helvétique dans les disciplines de vitesse du haut de ses 24 ans, Corinne Suter sort de deux saisons cahin-caha. Après avoir ébloui les observateurs lors de son arrivée en Coupe du monde au début de l’hiver 2015, elle dut se résoudre à faire l’apprentissage du très haut niveau, de cet implacable rythme de compétition qui ne pardonne aucun soubresaut, ne serait-il «que» mental. «Samedi passé encore, je ne savais pas si je serais au départ de ce super-G. Finalement les entraîneurs ont décidé de me donner ma chance et je dois les remercier.» Car Corinne Suter n’est pas à proprement parler une spécialiste de super-G: c’est d’abord une descendeuse, solide sur ses lattes, dotée d’un feeling affûté pour la glisse, d’une emprise légère mais déterminée sur ses carres. Bref un profil parfaitement taillé pour cette neige scandinave ultraréactive. Autant dire que l’épreuve reine agendée dimanche est déjà dans son collimateur. «C’est là que j’avais a priori mes meilleures chances, et maintenant je vais pouvoir y aller sans me poser de questions, totalement libérée.» C’est toute la délégation helvétique qui peut en dire autant: cette première médaille fêtée d’entrée de jeu, même si elle n’est pas du plus précieux des métaux, soulage autant qu’elle réjouit.


Vonn et Shiffrin, destins croisés

La première a bien failli y laisser une dent, la seconde semble avoir gagné quelques incisives. Alors que Lindsey Vonn s’encoublait dans une porte pour finir la tête la première dans les filets de sécurité, Mikaela Shiffrin affichait un sourire à faire pâlir la neige scandinave.

Aucun rapport de cause à effet, tant l’aînée (34 ans) n’aurait jamais été en mesure de rivaliser avec la cadette (23 ans): Shiffrin s’est imposée à la régulière et avec la manière; Vonn aurait peut-être dû écouter les coups de semonce de son corps avant d’en arriver là. Ou quand le déclin d’une immense championne coïncide avec l’avènement de la plus grande skieuse de tous les temps. Non pas que Mikaela Shiffrin ait étonné la foule mardi en décrochant son premier titre mondial dans une discipline de vitesse. Non. Reste que la voir elle, la slalomeuse de formation, à l’heure de l’ultraspécialisation des disciplines, mater toutes les spécialistes de vitesse sans donner l’impression de forcer, est néanmoins à ranger au rayon des curiosités aussi jouissives qu’insolites. «C’est dingue, je ne m’attendais pas à ça, soufflait la lauréate du jour. J’ai pris beaucoup de risques, mes coaches m’avaient indiqué les lignes à l’inspection, mais je ne savais pas si j’allais réussir à les prendre. Il fallait être agressive et intelligente, trouver l’équilibre entre tactique et engagement.»

Exactement ce que Shiffrin sait faire à merveille, peu importe la discipline; exactement, aussi, ce que Lindsey Vonn ne sait plus faire, cruellement coupable de trop en vouloir. «En arrivant en bas, j’étais très heureuse de mon temps, et juste après je vois ma coéquipière et plus grande inspiration subir une grosse chute, expliquait la toute fraîche championne du monde, qui a franchi la ligne juste avant que le monument en péril ne s’élance. Tout le monde était soulagé de voir qu’elle était en bas quelques minutes plus tard, sur ses skis et capable de disputer sa dernière course.» Oui, dimanche, à l’heure de la descente féminine, ce sera la dernière course de Lindsey Vonn.

Promis juré, cette fois Mikaela Shiffrin ne jouera pas les trouble-fêtes: elle a d’ores et déjà annoncé qu’elle renonçait à prendre le départ pour aborder la deuxième semaine de compétition plus sereinement.

F.M.

Créé: 05.02.2019, 22h42

Super-G messieurs: qui a le mieux voyagé?

Des quatre coins de l’Europe, les skieurs ont tenté de rejoindre Åre depuis samedi. Lundi soir, les derniers arrivaient enfin, mais sans bagages pour la plupart. Les équipements ont rejoint leurs propriétaires mardi après-midi, moins de 24 heures avant le départ du super-G. Idéal? Pas vraiment, non. Prenons l’exemple de l’Italien Christof Innerhofer, parmi les plus infortunés: il a passé deux jours presque sans dormir, si ce n’est sur la table d’un MacDo dans un aéroport, pour finalement rejoindre le Grand-Nord en train depuis Stockholm. «À 34 ans, mon corps n’apprécie plus trop ce genre de traitements, surtout quand il y a une course le lendemain», a confié, étonnamment philosophe, le Transalpin. Et si le super-G masculin se bornait à consacrer le moins éprouvé? La belle affaire: Aksel Lund Svindal, qui a délibérément fait l’impasse sur les dernières courses pour économiser son corps en vue de l’échéance qui conclura son immense carrière, et qui voyageait depuis la Norvège voisine, pourrait ne pas être le moins mal loti à ce niveau-là. Et notre Beat Feuz national? «Ce n’est pas super d’arriver dans ta chambre d’hôtel à 3 h du matin, deux jours à peine avant une compétition», confirme le Bernois. Reste que l’annulation à Garmisch samedi dernier jouera en sa faveur: son genou toujours délicat aura pu se régénérer suffisamment pour qu’il n’ait aucune appréhension au départ.

F.M.

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