Aveugle, Laetitia Bernard pratique le saut d'obstacle à cheval

CHI de GenèveNon voyante, la cavalière présente chaque matin le journal des sports sur France Inter. La Parisienne était avec sa guide, en démonstration, à Palexpo.

Laetitia Bernard adore Genève et les chevaux.?

Laetitia Bernard adore Genève et les chevaux.? Image: G. CABRERA/ARCHIVES

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Depuis deux mois, elle présente chaque matin à 8 et 10 heures, le journal des sports sur France Inter. «Je prépare aussi des magazines, des portraits de sportifs et un peu de reportage pour France Info, mais il est évident que je ne vais pas commenter un match de foot!» Laetitia Bernard a une bonne excuse: cette Parisienne de 32 ans ne voit ni le ballon ni les joueurs. Aveugle de naissance, cela ne l’empêche pas, toutefois, de pratiquer le saut d’obstacles!

«J’ai essayé le judo mais cela ne me plaisait pas trop, commente la journaliste présente cette semaine à Genève pour une démonstration. Je suis tombée un jour sur quelqu’un dans un manège qui m’a considérée comme une cavalière à part entière. Muriel, c’était son nom. Elle m’a appris à sauter et voilà…» Au début, alors qu’elle avait 13 ans, elle l’a fait de manière autonome, en découvrant de nouvelles sensations. «C’était une petite piste rectangulaire couverte avec des murs où j’avais des points de repère. Grands et petits côtés, elle m’a appris les bases, ma position en équilibre. Il y avait aussi des barres au sol pour que je puisse sentir comment cela faisait au trot ou au galop. Je sautais au bord de la piste.» Simple comme bon tour! Une éducatrice lui a ensuite proposé de se servir d’une guide, une fille d’un bon niveau dans son écurie. «On a pris des poneys et hop on a enclenché comme ça, se marre-t-elle. C’est vite devenu une copine et on a commencé à disputer des championnats de France handisports.» Au total: six titres nationaux. Mais comment fonctionnent-elles ensemble, en comptant les foulées? «Non, car selon les endroits ce ne sont pas les mêmes dimensions, précise Laetitia.

Ma guide passe devant, elle fait le parcours et on s’appuie sur l’instinct grégaire des chevaux et les infos qu’elle me donne. Genre, après le 1 c’est large à gauche ou un virage serré. Je me base d’où vient la voix de la personne devant moi. Elle me dit qu’elle part au galop, qu’on tourne à droite ou qu’elle saute et je laisse fonctionner mon cheval deux à trois foulées derrière. Cela me laisse le temps de l’empêcher de couper le virage.»

A Palexpo, entre le saut et le show, à côté, il y a beaucoup d’émotions. «J’étais déjà ici il y a dix ans, toute débutante dans ce genre de compétition. Je n’étais pas encore polluée par toutes les expériences qu’on peut connaître comme des chutes, des loupés, des chevaux qui font n’importe quoi.»

Cette semaine, c’est avec un petit nouveau, Succès, qu’elle a mis les pieds à l’étrier sur cette piste aux étoiles. «Il était un peu fébrile, il a eu un petit démarrage intempestif en fin de parcours, explique-t-elle. Sur certaines courbes, il était un peu agité.» A Genève, la Française s'est sentie une fois de plus comme à la maison. «La piste est immense, l’atmosphère magique et les organisateurs ont l’équitation dans le sang. Je suis aussi venue à Palexpo comme spectatrice, c’est vraiment un privilège d’être ici. Quand je me trouve dans les gradins, j’essaie de m’asseoir le plus près de la piste car on entend les sauts. Et comme je connais les cavaliers et leurs résultats, je ressens des vibrations et la qualité du galop pour savoir s’ils vont vite ou pas.» Hier, Steve Guerdat l’a vite convaincue! Même s’il n’y avait que trois centièmes d’écart...

Comme le saut n’est pas encore un sport paralympique et que «dérouler une reprise» n’est pas sa tasse de thé, Laetitia Bernard s’y rendra l’an prochain au Brésil comme journaliste. Et si, dans son journal des sports, du côté de Rio, elle parlait de paradressage avec la Genevoise Celine van Till, elle aussi malvoyante et qui a également vécu un rêve ce samedi en foulant cette piste magique de Palexpo? (TDG)

Créé: 14.12.2015, 10h18

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