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ChroniqueSoyons clairs. On n’y comprend plus rien

D’un côté, le soulagement. De l’autre, confusion, incertitude et inquiétudes. Les discours (et les faits) n’ont jamais été plus contradictoires et incompréhensibles pour le commun des mortels. «Le pire est derrière nous», nous affirment les autorités genevoises tout en incitant à une vigilance renforcée face à une résurgence de Covid-19 qui pourrait contraindre à remettre en vigueur les mesures qu’on vient d’abandonner. À Genève, ce mercredi vers 15h, les services de la santé indiquent lors du point presse du Conseil d’État que si le nombre de cas double pendant trois jours consécutifs, on resserrera sérieusement la vis. Pratiquement au même moment, il ressort de la conférence de presse du Conseil fédéral à Berne que ce «doublement» vient d’avoir lieu. Quarante-quatre nouveaux cas en vingt-quatre heures contre vingt-deux la veille. Encore deux jours à ce rythme et c’est retour vers la case départ.

Mais qu’on ne s’y trompe pas. Tout se passe bien. Il y a des indices qui ne trompent pas: le plan ORCA, ce plan en cas de catastrophe mis en place pour gérer la crise sanitaire, est levé dès ce jour par le conseil d’État. Autre indice, autre réalité, le patron de la Santé genevoise a déclaré, sur les réseaux sociaux, sa préconisation pour le port obligatoire du masque dans les transports publics. Pas si vite, a tranché le collège. On pourrait ne pas comprendre puisque tout va (presque) bien. Mais, soyons clairs, cela peut changer, demain, la semaine prochaine. Tout le monde le dit et le répète. Il va falloir vivre avec le virus pendant des mois, voire des années. Alors soyons clairs, une mesure rejetée aujourd’hui peut très bien devenir vitale demain. Et inversement. Peut-être même qu’il faut anticiper la seconde vague, même si elle sera vaguelette plutôt que tsunami. On ne sait pas. Je m’arrête là. Ces ballottements finissent par donner le mal de mer. Soyons clairs: rien ne l’est. Les autorités de tous niveaux, contraintes et forcées, avancent masquées. Il faut bien se protéger contre les revirements de situation intempestifs. Alors on cisèle des messages autodestructibles à tout instant, car leur durée de vie est hautement incertaine.

Nos messagers de l’impossible sont devenus, avec un bonheur très inégal, des experts ès formules alambiquées. Ou comment rassurer le peuple tout en lui faisant un peu peur pour qu’il reste vigilant, s’enduise régulièrement les mains de gel et, surtout, pour qu’il garde ses distances. Car l’avenir sanitaire du pays se trouve bien entre nos petites mains. La patate chaude est pour nous. Et ce n’est pas parce que nos gouvernants nous font une fleur qu’il faut se relâcher. Ils viennent de nous offrir 50 centimètres de proximité supplémentaire à l’œil (distance sociale de 1,5 mètre au lieu de 2), alors n’abusez pas en collant une bise à cette vieille connaissance que vous voulez honorer en fin de repas. Renoncez au baiser de la mort, carrément criminel. Ou peut-être pas. Est-ce qu’une petite bise sèche fait vraiment la différence après s’être généreusement postillonné à la figure en dégustant un frites-salade, penchés sur la table pour mieux s’entendre?

Soyons clairs, on n’y comprend plus rien. Comment prétendre à des dispositions cohérentes alors que le virus déjoue tous les pronostics comme s’il s’amusait à tourner le monde en bourrique. Les preneurs de mesures doivent amèrement regretter le bon temps du pic. Là, au moins, les choses étaient claires, vraiment: confinement pour tous et on ne discute pas. C’était le temps des certitudes et du baiser qui tue.