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Sortie cinéma
«Wonka», retour réussi vers l’enfance

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L’état d’hystérie collective dans lequel Timothée Chalamet plonge usuellement ses fans est un phénomène assez rare. Si l’on excepte les stars de la pop, des teen idols aux figures de la K-pop, les vedettes de cinéma n’ont en général pas droit à un accueil aussi disproportionné. On le voit bien à Venise, où il présente presque chaque année un film: ses apparitions sont d’ordre à provoquer des syncopes chez des ados déshydratées pour avoir attendu leur idole de l’aube à la nuit et à mettre en péril des services d’ordre qui ne contrôlent souvent plus rien.

Incarnation d’un romantisme adolescent fragile et hésitant, l’acteur de 27 ans conjugue une modernité asexuée à une sorte de gentillesse passe-partout qui le rend accessible, même s’il ne l’est guère. Corollaire de cet état de faits, les films dans lesquels il joue acquièrent un statut événementiel quasi-automatique. De «Dune» à «Bones and All», l’expression «Chalamet Movie» n’est pas loin d’être adoptée et de susciter les envies.

Classique de la littérature enfantine

Ce long préambule pour situer la rencontre entre un acteur en vogue et un héros de cinéma légendaire: Willy Wonka. Personnage créé par l’écrivain Roald Dahl, héros du récit et des films qui en furent tirés, dont le classique de la littérature enfantine «Charlie et la chocolaterie», le revoici sous des traits inédits qui devraient vite nous faire oublier ceux de Johnny Depp comme ceux de Gene Wilder dans la première adaptation du livre, réalisée par Mel Stuart en 1971. Sauf qu’il ne s’agit nullement d’une nouvelle adaptation. «Wonka» est un préquel. Soit une histoire qui se situe avant le récit qu’on connaît…

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Sa jeunesse, la naissance de ses aspirations, son audace créative, les premières années d’un chocolatier qui incarnera l’esprit de Noël dans un pays imaginaire où les roudoudous poussent dans les arbres et où les gens changent de couleur selon ce qu’ils ingèrent, voilà «Wonka». Mais le film, sous ses dehors d’apprentissage, n’a rien d’un récit initiatique. Il s’agit d’abord et principalement d’un conte de fées qui revêt les atours de la comédie musicale.

Entre «Le Magicien d’Oz» et «Docteur Dolittle», le genre reprend ses droits dans une fantaisie assumant parfaitement son côté studio – faux plafond, décors amovibles, personnages élastiques – comme une certaine propension à la kitscherie dans ce qu’elle a au fond de plus noble. Le film est en cela très conforme à ce qu’on en attend, ne dévie pas d’une ligne et parvient à régaler dans ce registre un rien casse-gueule du cinéma de divertissement, où le décor compte davantage que la psychologie et dans lequel l’imaginaire dicte un ensemble de lois qu’on doit accepter comme vraies.

Consensus de Noël

Réalisé par Paul King, essentiellement connu pour avoir signé les deux volets de «Paddington», histoire d’un ourson facétieux que petits comme grands ont adopté sans sourciller, «Wonka» s’apparente à ce cinéma sucré et coloré qui peut vite écœurer si on en abuse. L’aspect magique de l’ensemble permet pourtant de triompher des quelques menues maladresses d’un métrage peu acidulé et très consensuel.

La modestie des numéros musicaux donne souvent l’impression d’une comédie musicale à l’ancienne, mais les comédiens ont réellement l’air de s’être amusés en intégrant cet univers unique. Timothée Chalamet s’y meut comme un poisson dans l’eau, pendant que Hugh Grant, improbable Oompa Loompa, paraît se moquer de lui-même avec bonheur.

Esthétique de pain d’épices

Les méchants (citons Olivia Colman) s’entêtent à en faire trop, comme le veut une règle tacite dans ce genre de film de famille où les vilains doivent être prononcés, telle la sorcière dans «Blanche-Neige» ou la marâtre de «Cendrillon». Recréant un univers suranné, édulcoré mais bienveillant, sans aucun sous-texte thématique (ouf!), King opte pour une esthétique de pain d’épices revue et corrigée par un cinéma numérique dans lequel les effets visuels restent paradoxalement discrets.

Car ce qui compte en premier dans «Wonka»… c’est Wonka lui-même. Le film, insolente toile bariolée explosant dans tous les sens, lui ressemble parfaitement, et la mise en scène ne cesse de le mettre en valeur, et Chalamet avec lui. Il y a en lui quelque chose de naïf et d’enfantin, une sorte de clin d’œil mesuré à la Dorothy du «Magicien d’Oz». «Wonka», c’est le retour réussi à l’enfance, cet instant de la vie où tout demeure possible dans le meilleur des mondes.

Note:*** – Comédie musicale (États-Unis/Angleterre – 117’)