Sortie cinémaSouleymane, histoire d’une révélation
Abou Sangaré crève l’écran dans «L’histoire de Souleymane» de Boris Lojkine, dans lequel un sans-papiers travaille comme livreur en attente de sa régularisation.

- Souleymane lutte quotidiennement pour survivre dans un Paris impitoyable.
- Abou Sangaré, acteur principal, partage des similitudes avec son personnage.
- Ce film a été primé à Cannes pour la performance de Sangaré.
- Malgré les obstacles, Sangaré espère obtenir un permis de séjour en France.
Comment ne pas avoir envie de l’adopter? De lui venir en aide? Et même de le remercier tout simplement? Car Souleymane crève l’écran. Dès sa première apparition, soit dès le premier plan du film – il est presque présent dans tous les plans –, il impose sa photogénie, sa sympathie, son charisme. Et son talent. Porté par le comédien Abou Sangaré, qui a de multiples points communs avec son personnage, Souleymane se bat.
Au quotidien, à chaque heure, inlassablement. Pour se faire un peu d’argent, subvenir à ses maigres besoins, il livre des repas à vélo dans Paris. La tâche est ingrate, pénible, laborieuse. Se frayer un chemin dans la circulation, incessante, dangereuse. Arriver à l’heure pour satisfaire des clients toujours impatients. Subir les coups bas et autres brimades de petits patrons exploiteurs, véritable mafia souterraine d’un système sans pitié ni humanité car basé sur l’illégalité. Et enfin, lutter pour trouver chaque soir une place dans un foyer pour dormir, courir pour attraper un dernier bus qui n’attend jamais, sans parler de la concurrence, du climat rigoureux, et des multiples imprévus qui se dressent en travers de la route.
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Souleymane se bat, oui, mais ne perd pas espoir. Car dans quarante-huit heures, ce jeune Guinéen de 23 ans a rendez-vous pour un entretien déterminant pour sa demande d’asile. Entretien qu’il a préparé, méthodiquement, apprenant par cœur certaines choses, en mémorisant tant bien que mal d’autres.
Au cœur de la sinistrose
À propos de «L’histoire de Souleymane», on a parlé à Cannes de thriller social. La définition est assez juste, tant l’impression d’un cycle infernal, d’une course contre la montre haletante, essoufflante, prédomine du début à la fin du métrage, soutenue par une mise en scène fluide et réaliste où le hasard n’a pourtant jamais sa place. Voici un film constamment en mouvement et généreux dans son amplitude. Boris Lojkine, le réalisateur, n’improvise pas. Chaque mouvement de caméra, chaque position dans le champ, correspond à une nécessité. Dans un Paris nocturne aux dominantes bleutées, climat encore fragilisé par une bruine qui ne donne pas son nom, une oppression de chaque seconde paraît dicter sa loi, empêchant ceux qui y vivent de respirer.
Souleymane, au cœur de cette sinistrose, a l’air d’un rayon de soleil, et c’est bien de l’opposition entre un contexte grisâtre, plombé, et un personnage qui semble passer au travers pour filer vers un destin qu’on voudrait lui imposer que le film tire sa raison d’être. L’histoire de Souleymane, pour répéter le titre, c’est ce contrepoids à des lois absurdes, à des opinions toutes faites, à cette France où les sans-papiers ne sont généralement pas considérés dans leur individualité. L’homme au centre de l’intrigue n’a pas de discours ni de revendications, il tente juste d’exister dans un monde où il ne semble pas avoir sa place.

Si le film nous touche, c’est parce que le jeune comédien qui incarne Souleymane est terriblement juste. Voire bouleversant, pour user d’un qualificatif un peu galvaudé. Primé à Cannes comme meilleur acteur de la section «Un certain regard», où le film figurait, Abou Sangaré, son interprète, est lui aussi un sans-papiers. Sa demande d’autorisation de séjour en France a été refusée trois fois par les autorités. Il est en situation irrégulière et sous OQTF (obligation de quitter le territoire français) mais ne perd pas espoir et compte déposer une quatrième demande, cette fois amplement soutenu par la production du film et sans doute bientôt par les nombreux spectateurs qui iront découvrir un long métrage français qu’on peut d’ores et déjà tenir comme l’un des meilleurs de l’année. «L’histoire de Souleymane» est un film éblouissant et capital. À ne rater sous aucun prétexte.
Note: **** Drame (France – 93’)
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