Sortie cinéma«La tresse», du roman au grand écran
Laetitia Colombani a adapté son best-seller narrant la vie de trois femmes qui bascule dans la tragédie. On l’a rencontrée.

Lorsqu’un auteur adapte son propre roman, on peut parfois se poser des questions de légitimité et de point de vue. Ce long métrage de Laetitia Colombani, tiré de son propre best-seller, «La tresse», se chargera de dissiper tous nos doutes.
Parfaitement narré, impeccablement structuré, ce triple portrait de femmes dont le destin bascule lorsqu’elles sont confrontées à une tragédie vaut à la fois comme un mélo qui n’a jamais peur de s’encombrer d’émotion et comme un témoignage sur le métissage à l’œuvre dans un monde où les résonances intimes entre les êtres continuent d’exister.
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Elles sont trois, disions-nous. Smita, une Indienne qui fait partie des intouchables, dénomination de ceux et celles qui sont considérés comme hors castes. Giulia, une Italienne qui s’apprête à reprendre l’entreprise de son père. Et Sarah, avocate canadienne à qui tout réussit, le travail comme ses enfants. Sauf que parfois, la vie reprend tout, si l’on peut dire. Entre ces trois femmes, c’est un entrelacs de destins qui pourrait les unir, ceci pour expliquer la métaphore du titre et le motif de la tresse qu’on retrouve de loin en loin.
Le rêve d’un «Babel» au féminin
«Le film reprend exactement la structure du roman, nous racontait Laetitia Colombani il y a quelques jours, lors d’un passage en Suisse romande. Mais je m’étais un peu inspirée de «Babel» d’Iñárritu et de «The Hours» (ndlr: de Stephen Daldry, qui date de 2002). Je rêverais d’ailleurs de faire une fois un «Babel» au féminin. Dans «La tresse», chacune de ces femmes se trouve à un point de bascule de son existence. Et chacune va vivre à sa manière un sentiment de perte. Ce qui m’intéressait dans ces récits, c’est la résilience. Après, au montage, il y a des choses que j’ai dû réinventer. D’ailleurs, je tiens à préciser qu’il s’agit vraiment d’un film de montage. D’un point de vue scénaristique, j’ai voulu aussi revenir à un principe à l’œuvre dans le feuilleton ou la série, celui du cliffhanger (ndlr: scène de conclusion d’un épisode qui se traduit par un plus ou moins gros suspense). Sans cela, nous n’aurions peut-être pas envie de retrouver le personnage ensuite.»
Sorti en 2017, le roman a immédiatement suscité des intérêts. «On m’a rapidement appelé pour en acquérir les droits. Je n’avais pour ma part aucun projet d’adaptation personnelle. J’avais même peur de la lourdeur du projet. Il m’a fallu un temps de réflexion avant de me lancer. Mais se jeter à l’eau, c’est aussi tellement grisant. Mes producteurs m’ont accordé une confiance totale. Cela dit, je me demandais si je saurais diriger des comédiennes dans plusieurs langues différentes, dont des langues que je ne connais pas. Je parle un peu l’anglais et j’ai appris quelques mots d’italien avant. Pour la partie indienne, j’avais un traducteur. Les actrices, en revanche, ne devaient pas être trop connues. Pour moi, la star du film, c’est son histoire. Je n’aurais en aucun cas voulu de grandes vedettes bollywoodiennes pour la partie en Inde, par exemple. J’ai eu un directeur de casting par pays.»
Un tournage en Inde difficile
Le corollaire direct du récit, c’est que les trois actrices du film ne se sont jamais rencontrées. «Hormis pour la fête de fin de tournage, plaisante la cinéaste. Plus lors d’une avant-première. Mais la grève des comédiens nous en a en partie empêchés.» Le tournage du film sur trois continents n’a pas été de tout repos. «La partie en Inde a été la plus difficile. Il y avait la foule, le bruit, la chaleur. Nous tournions dans un vrai village, avec de vrais intouchables. Leur contact m’a énormément apporté. Après, j’ai adoré la partie canadienne du film, le travail avec les enfants était extrêmement stimulant.»

Aujourd’hui, Laetitia Colombani aimerait que les lecteurs qui ont apprécié «La tresse» ne soient pas déçus. «C’est mon projet le plus ambitieux, déclare celle qui avait déjà réalisé deux films, dont le premier en 2002. Lorsque je ne suis que scénariste sur certains projets, j’ai toujours peur de trahir l’auteur. En ce moment, j’ai un autre roman en cours. A priori pas de films. Il faut dire que je n’arrive pas à faire deux choses à la fois.»
Note: *** Drame (France/Canada/Italie – 120’)
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