Sécurité alimentaire: Robert Cramer face à Magali Orsini

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Comment protéger la production alimentaire de la concurrence étrangère et des modes de production qui sont interdits en Suisse? Les paysans avaient lancé une initiative en 2014. Le contre-projet a mis tout le monde d’accord, y compris Les Verts à l'instar de Robert Cramer, conseiller aux Etats Les Verts, sauf les partis regroupés dans Ensemble à Gauche, représenté ici par Magali Orsini, députée «Ensemble à gauche». Verdict le 24 septembre.

De la fourche à la fourchette

Le 24 septembre, nous voterons sur le contre-projet à l’initiative «Pour la sécurité alimentaire». Cette proposition permet d’ancrer dans la Constitution les principes d’une agriculture de proximité soucieuse de la biodiversité. Elle est soutenue aussi bien par les partis politiques que les milieux concernés et novatrice à bien des égards, notamment parce qu’elle concerne toutes les étapes de la production des aliments.

A cet effet, cinq principes sont affirmés. Tout d’abord, l’impérieuse nécessité de préserver les terres agricoles. D’après les statistiques fédérales, nous perdons plus d’un m2 de zone agricole par seconde, soit 10 terrains de football par jour ou l’équivalent de Bâle-Ville par an. On ne peut pas continuer ce saccage.

Ensuite, le texte exige que l’on utilise les ressources naturelles de façon efficiente. C’est-à-dire que les modes de culture et d’élevage des animaux doivent s’inscrire dans une perspective qui préserve les ressources à long terme. Il faut définitivement stopper l’emploi des produits chimiques qui empoisonnent le sol et que l’on retrouve dans les aliments. Des médicaments comme les antibiotiques ne doivent en aucun cas être utilisés de façon massive dans les élevages. La recherche agricole doit être au service de ces objectifs et participer au développement de la biodiversité.

Le troisième principe est que l’agriculture doive répondre aux exigences du marché. Il faut comprendre par là qu’il faut se préoccuper des attentes des consommateurs. Ainsi l’industrie agroalimentaire doit se préoccuper de la qualité des aliments. C’est la conséquence logique des efforts demandés aux producteurs et la seule façon de se distinguer des produits importés.

S’agissant des importations, qui représentent le 50% de notre consommation, le texte indique qu’elles doivent respecter les principes de développement durable. Cela concerne aussi bien les agriculteurs que les modes de production. Notre pays devra en tenir compte dans les accords de libre-échange conclus, on peut notamment penser ici à l’huile de palme. Enfin, il faut utiliser raisonnablement les denrées alimentaires et mettre fin au scandale qui voit un tiers des aliments finir à la poubelle et Suisse.

Voilà cinq bonnes raisons de voter OUI le 24 septembre. Il s’agit d’ancrer des principes qui seront développés dans la loi et qui sont repris et précisés dans plusieurs autres initiatives dont nous aurons à débattre prochainement.

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Contre la loi sur la sécurité alimentaire

La nécessité de préserver les terres agricoles prévue à l’al. a) du nouvel article constitutionnel proposé ne me pose évidemment aucun problème. Tout comme les al. b) et e) qui concernent respectivement une production alimentaire adaptée aux productions locales et une utilisation des denrées qui préserve les ressources.

Mais il n’en va pas de même pour les al. c) et d). L’al. c) prévoit «une agriculture et un secteur agroalimentaire répondant aux exigences du marché». Cette manière de traiter ensemble tous les maillons de la chaîne alimentaire n’est pas acceptable. Comme si les intérêts des paysans ne se heurtaient pas à celui des intermédiaires, qui engrangent des marges plus que confortables, alors que les prix payés aux premiers pour leurs produits ne leur permettent pas de couvrir leurs frais de production. Comme l’explique bien Uniterre, «Au lieu de placer les êtres humains au centre du système alimentaire, la lettre c) positionne le marché en roi. Ainsi, c’est ce dernier qui fixera les exigences concernant les prix ou les quantités à produire»

De son côté, l’al. d) prévoit «des relations commerciales transfrontalières qui contribuent au développement durable de l’agriculture et du secteur agroalimentaire». Même couplé au développement durable, ce paragraphe fait fortement redouter des accords de libre-échange, alors que le Conseil fédéral soutient par ailleurs que seule la protection d’une production indigène évite de surcharger les écosystèmes.

On essaie vainement, avec ce contre-projet, de nous faire croire qu’on peut être à la fois ultralibéral (la filière répond aux exigences du marché) tout en maintenant l’intervention de l’Etat. Rappelons que la Confédération soutient la production agricole à raison de 3,8 milliards par an et que c’est une bonne chose tant qu’on n’obligera pas les grandes chaînes de distribution à renoncer à une partie de leurs marges.

On peut d’ailleurs regretter que le texte concernant la sécurité des investissements agricoles qui figurait dans l’initiative originelle n’ait pas été repris dans le contre-projet. Je suis de ceux qui considèrent que l’alimentation de la population d’un pays, tout comme l’instruction de ses enfants, la santé de ces citoyens et un certain nombre d’autres domaines régaliens doivent impérativement échapper aux lois du marché. Comme l’écrit si bien Frédéric Lordon: «La main invisible était une main criminelle.»

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Créé: 09.09.2017, 10h26

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