«Mon Petit Poney» l’idole des jeunes… adultes

Dessin animéUn dessin animé pour petites filles fait des émules chez les 20-30 ans, majoritairement des hommes. Le fan répond au nom de brony. Décryptage avec trois bronies Genevois.

Melissa Barroso, Andres Lizano et Nathan Chauvet. Les «bronies», des fans adultes de la série <i>Mon petit poney</i> destiné aux fillettes.

Melissa Barroso, Andres Lizano et Nathan Chauvet. Les «bronies», des fans adultes de la série Mon petit poney destiné aux fillettes. Image: Olivier Vogelsang

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Ils ont entre 20 et 30 ans, sont majoritairement des hommes et se donnent rendez-vous chaque semaine pour voir le nouvel épisode de leur série préférée. Mais il ne s’agit ni de Breaking bad, ni de Texas Rangers, ni même du journal du Hard. Leur péché mignon? My Little Pony: Frienship is magic ou Mon petit poney: les amies c’est magique pour la version française. Le dessin animé, qui fait la promotion des jouets en plastique du même nom, est initialement destiné aux petites filles. Notez encore que les fans se sont donné le nom de «bronies» («brony» au singulier), soit un mot issu de la contraction entre «bro» (diminutif de «brothers», servant à désigner de manière infiniment cool un ami proche) et le «ny» de pony.

«Enfin une série sans sexe»

«C’est simple, c’est chou, drôle et bien fait. Après une journée de travail, ça me détend» témoigne Andres Lizano, 26 ans employé de banque genevois, arborant pour l’occasion un t-shirt orné de son poney fétiche. Son ami Nathan Chauvet, 26 ans, étudiant en économie acquiesce: «Enfin une série sans violence, sans sexe.» Mélissa Barroso, 23 ans, assistante administrative et seule fille du trio ajoute: «J’aime me glisser à nouveau dans la peau d’une petite fille, être émerveillée et effrayée à la fois devant les épisodes».

De quoi parle la série animée? Des aventures de six ponettes aux caractères différents qui apprennent les bases (magiques!) de l’amitié. «Toi, tu me fais penser à Twillight Sparkle» taquine Andres, s’adressant à Mélissa, qui rétorque qu’elle ressemble bien plus à «Pinkie Pie». Les bronies genevois nous expliquent que chaque ponette a une «marque de beauté», soit un logo symbolisant une qualité principale de sa personnalité, tatouée sur le flanc: «On peut tous s’identifier à l’une d’entre elle, c’est ça qui est drôle», conclut Andres, les poneys pleins les yeux.

Le brony descend du geek

«Bien sûr, il y a un second degré, rassure Nathan: La série est bourrée de références à des films cultes (tels Star Wars ou The Big Lebowski) et de jeux de mots que ne peuvent pas comprendre les enfants.» Une recette qu’utilisent déjà les films d’animation tels Toy story et les dessins animés comme Bob l’éponge qui ont des adeptes adultes. Mais comment expliquer l’écrasante proportion masculine parmi les fans d’une série destinée aux fillettes ?

D’abord, «à la base, les bronies sont souvent des geeks (soit des fanas d’ordinateur et d’internet)», explique Nathan. Ces derniers étant souvent des hommes. Le célèbre site humoristique memebase.cheezburger.com a même créé un onglet intitulé «My Little Brony» ou sont concentrés tous les gags par et pour les grands fans de petits poneys.

Immaturité masculine

Marylène Lieber, sociologue de l’Unige spécialisée en études genre y voit un choix d’identité masculine différente: «Une certaine classe d’hommes d’un milieu éduqué rejette une forme de masculinité virile, qui est laissée aux classes populaires.» Sandro Cattacin, sociologue, y voit surtout un plaisir du jeu, à plusieurs niveaux: «En plus de se divertir au premier degré, ces jeunes gens s’amusent de s’amuser d’un dessin animé destiné aux enfants, et les hommes s’amusent encore à apprécier une chose destinée à un genre différent.»

Quant au médecin chef du service de psychiatrie générale aux HUG Pandelis Giannakopoulos, il pointe du doigt une adolescence qui s’éternise: «Certains adultes cherchent dans ce type de dessin animé très doux, une image d’Epinal, une enfance rêvée. » Il ajoute que «ce type d’immaturité touche plus souvent les hommes, qui ne sont pas pressés par une urgence biologique particulière».

Pour nos bronies genevois, la bronymania ne s’explique pas: «Des spécialistes pourront avancer des hypothèses, mais il ne trouveront pas d’explication convaincante, sourit Nathan. Il faut regarder les épisodes. Vous les avez vu?»

Créé: 11.01.2013, 16h02

Le fabuleux destin d’une série publicitaire

En 2010, la trentenaire américaine Lauren Faust, réalisatrice des Super Nanas et de Foster, reprend la troisième génération de dessins animés de Mon Petit Poney, servant à promouvoir la nouvelle ligne de poneys en plastique de la marque de jouets Hasbro.

Très vite, un succès inattendu est au rendez-vous chez les 20-30 ans, le phénomène brony voit le jour et se répand sur la toile. En juin 2012 est organisée la première convention, ou réunion de fans appelée BronyCon (en référence à la très populaire réunion de fans de bandes dessinées ComicCon) à Baltimore, aux Etats-Unis.

L’engouement des fans devient une mode: on revendique sa bronitude par des T-shirts à l’effigie de son poney préféré, par des mèches roses violettes et bleues dans les cheveux, voire par un poney jouet accroché à son sac.

A Genève pourtant, le phénomène est encore timide: «Nous sommes les seuls que je connaisse», admet Andres. Les trois amis sont-ils impatients de voir apparaître un club de fans genevois, une BronyCon locale ou des soirées poneys? «Non. Ce n’est pas trop la mode ici, c’est pour ça que c’est encore cool» sourit Mélissa, remontant du doigt ses lunettes à bords larges, tenant plus du hipster que du poney.

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