De la lumière blanche contre les idées noires

SantéLa luminothérapie permet de lutter contre la dépression saisonnière. A condition de bien l’utiliser.

Le manque de lumière en automne et en hiver peut provoquer une dépression saisonnière. La luminothérapie est un traitement efficace. Image: CORBIS

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Chaque hiver c’est la même rengaine. Les lampes de luminothérapie viennent garnir les étalages des boutiques virtuelles. Et il y en a pour tous les prix: d’une cinquantaine de francs pour les moins chères à un bon millier pour le haut de gamme. Mais ces produits sont-ils aussi efficaces que le clament leurs vendeurs? «La luminothérapie est une méthode qui fonctionne très bien, répond Françoise Cornette, psychologue au Centre d’investigation et de recherche sur le sommeil au CHUV et au Cenas à Genève. Mais dans le commerce, il faut faire attention au marketing. Il existe beaucoup de gadgets et tous les modèles ne sont pas efficaces.»

De nombreuses recherches menées depuis la fin des années 60 ont montré que les traitements par la lumière permettent de lutter contre la dépression saisonnière – une maladie qui affecte 2 à 3% de la population durant l’automne et l’hiver. Une étude publiée en 2006 dans l’American Journal of Psychiatry montre ainsi que la luminothérapie présente une efficacité équivalente à celle de la Fluoxétine – un antidépresseur communément utilisé – tout en apportant une réponse plus rapide et des effets secondaires moins nombreux.

«Cette méthode n’est pas forcément la panacée pour tous les patients, précise Françoise Cornette. Après quelques séances, nous nous apercevons vite si le malade répond positivement au traitement ou non.»

Une horloge interne déréglée

Comment ça marche? Si le fonctionnement physiologique de la luminothérapie reste discuté, on retrouve chez les patients un taux de mélatonine – l’hormone du sommeil – particulièrement élevé durant la journée. Il en résulte une fatigue chronique et une forme d’apathie. «L’hypothèse communément admise est que la diminution de l’intensité lumineuse en automne engendre chez certaines personnes un dérèglement de leur horloge interne, dite circadienne, explique Giorgio Michalopoulos, psychiatre et chef de clinique aux Hôpitaux universitaires de Genève. La stimulation par une lumière intense permettrait en quelque sorte de remettre cette horloge à l’heure.»

Encore faut-il le faire correctement. «Pour que cela soit efficace, il faut déjà que le diagnostic soit bien posé, poursuit Giorgio Michalopoulos. Comme n’importe quel traitement, il ne devrait pas être utilisé sans prescription médicale.» Les spécialistes recommandent ensuite une exposition quotidienne de trente minutes, à une lumière blanche de forte intensité (10 000 lux). «Certaines lampes bas de gamme vendues dans le commerce ont une puissance beaucoup moins élevée. Elles se révèlent beaucoup moins efficaces, relève Françoise Cornette. Il faut ensuite les utiliser avec rigueur et régularité, sinon elles peuvent provoquer un effet inverse à celui recherché.»

Effets secondaires rares

Le traitement doit être reçu le matin au réveil (entre 6 h 30 et 8 h selon les patients) et dure de trois à cinq semaines. Pourquoi si tôt? Parce qu’il s’agit du moment de la journée durant lequel l’horloge biologique se révèle la plus sensible à la lumière. En 2010, une étude publiée dans la revue PloS Computational Biology a en effet montré que la pendule interne n’est photosensible qu’à certaines heures bien précises – au lever et au coucher du soleil. «Certaines personnes s’exposent durant la journée et rapportent également des effets positifs, note Giorgio Michalopoulos. Mais il n’existe aucune preuve scientifique qu’une telle utilisation fonctionne. Il s’agit probablement d’un effet placebo.»

Remboursé par l’assurance

«Par ailleurs, les lampes doivent être dotées de filtres contre les rayonnements ultraviolets, afin d’éliminer les UV-A et B potentiellement cancérigènes, poursuit Giorgio Michalopoulos. Si les effets secondaires sont rares, une utilisation abusive ou inadéquate de la luminothérapie peut provoquer une irritation de la rétine, des maux de tête, des insomnies…» Et de manière générale, les personnes présentant des problèmes aux yeux devraient s’abstenir d’utiliser cette méthode. En Suisse, le traitement par la luminothérapie est reconnu par la caisse maladie obligatoire de base et remboursé jusqu’à hauteur de 720 francs pour l’achat d’une lampe et jusqu’à 1 fr. 80 par jour pour sa location. «Cette prise en charge ne se fait que sur ordonnance d’un médecin dans le cas d’une dépression saisonnière. C’est malheureusement la seule indication reconnue par la LAMal, précise Françoise Cornette. C’est un peu dommage parce que cette méthode fonctionne bien pour d’autres pathologies comme les retards de phase du sommeil – une forme de dyssomnies – ou les dépressions liées à la grossesse.» (TDG)

Créé: 06.02.2015, 18h20

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