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«Personne ne savait, à l'époque. Ni les soldats, ni les officiers»

Soldat de l'armée soviétique, Ivan Martynouchkine revient sur la libération du camp d'Auschwitz-Birkenau, 70 ans jour pour jour après l'ouverture des portes.

Jeune soldat de l'armée rouge en 1945, Ivan Martynouchkine se souvient de l'ouverture des portes d'Auschwitz, mardi 27 janvier 2015.
Jeune soldat de l'armée rouge en 1945, Ivan Martynouchkine se souvient de l'ouverture des portes d'Auschwitz, mardi 27 janvier 2015.
AFP

Ce qui frappa Ivan Martynouchkine, c'est le silence, une odeur de cendres et cet immense camp de plusieurs kilomètres de long, comme il n'en avait jamais vu. Mais jusqu'aux derniers instants, ce soldat soviétique ne se doutait pas de l'horreur qu'il découvrirait derrière les barbelés d'Auschwitz.

«J'ai d'abord pensé que nous étions devant un camp allemand», se souvient ce vétéran moscovite de l'Armée rouge, encore alerte malgré ses 91 ans. Il commandait une unité de la 60e armée soviétique et reçut l'ordre de pénétrer dans ce qui devint plus tard le symbole de la Shoah, du génocide perpétré par les nazis.

«Personne ne savait, à l'époque. Ni les soldats, ni les officiers. Seuls les plus hauts gradés de l'état-major en avaient peut-être entendu parler», rappelle-t-il. Entre 1940 et 1945, 1,1 million de déportés, dont une immense majorité de juifs, périrent dans le camp de la mort.

Ivan Martynouchkine avait alors 21 ans, et se battait depuis deux ans déjà sur le front de l'Est, participant à la reconquête de l'Ukraine avec le «Premier front ukrainien» au sein d'une division d'infanterie.

«C'était dur de les regarder»

Le 27 janvier 1945 devait être une journée comme les autres. La veille, les canons tonnaient quelques kilomètres au loin et Ivan, comme ses camarades, imaginait qu'une nouvelle bataille s'annonçait.

A Auschwitz, ordre fut donné de d'abord fouiller les lieux et ses environs, maison par maison, par peur d'une résistance nazie. «Puis nous avons commencé à apercevoir des gens derrière les barbelés. C'était dur de les regarder. Je me souviens de leurs visages, de leurs yeux surtout, qui trahissaient ce qu'ils avaient vécu. Mais en même temps, ils réalisaient qu'on était là pour les libérer».

Quand les soldats pénètrent dans le camp, il ne reste que 7000 déportés, les plus faibles. Les autres ont été évacués vers Loslau (aujourd'hui Wodzislaw Slaski, en Pologne), une «marche de la mort» qui restera dans les mémoires des détenus y ayant survécu comme pire encore que ce qu'ils avaient enduré dans les camps.

Mais en 1945, l'armée soviétique devait poursuivre sa marche en avant. Ivan Martynuchkin apprendra la fin de la guerre depuis un hôpital tchèque, après avoir été blessé à deux reprises. Et ce n'est qu'après des mois de travail des autorités soviétiques et polonaises, fouillant les archives d'Auschwitz, qu'il ne prendra réellement conscience de la réalité du camp qu'il avait libéré.

Une affirmation qui fait bondir

Il y retournera ensuite à plusieurs reprises, notamment à l'occasion des commémorations de libération d'Auschwitz. En 2010, il fait même le voyage à bord de l'avion présidentiel de Vladimir Poutine, un souvenir dont il garde précieusement la photo dans son salon.

Mais Ivan Martynouchkine garde aussi le souvenir du discours du président du Parlement européen de l'époque, le Polonais Jerzy Buzek. «Il nous avait presque comparés à une armée d'occupation, alors que nous étions venus libérer la Pologne», répète-t-il. Preuve supplémentaire que deux décennies après la chute du mur de Berlin, le fossé entre la Russie et les anciens pays du bloc socialiste reste toujours aussi profond.

Mercredi, le ministre polonais des Affaires étrangères Grzegorz Schetyna a lancé une nouvelle polémique, en affirmant qu'Auschwitz a été libéré par des Ukrainiens. Une affirmation qui, dans son agréable salon des faubourgs de Moscou, fait bondir le vétéran.

«Un de mes camarades le plus proche était Géorgien. Il y avait des Kazakhs, des Arméniens et bien sûr des Ukrainiens, mais nous étions avant tout une armée internationale. Nous étions tous unis, nous appartenions au peuple soviétique», réagit l'ancien soldat qui, après la guerre, travailla comme ingénieur à la conception de la bombe atomique soviétique.

«Je ne veux pas lui répondre. A vrai dire, j'ai honte pour lui», répète encore Ivan qui, malgré tout, participera cette année encore aux commémorations de la libération d'Auschwitz, le 27 janvier.

(ats)

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