1881 Edouard Castres peint des ambulances dans la neige

Chronique historiqueLe peintre genevois illustre la retraite des Français en 1871 aux Verrières, dans le Jura neuchâtelois

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Dix ans après les événements, ceux-ci sont fixés sur la toile sous la forme d’un saisissant panorama. Cette œuvre du Genevois Edouard Castres (1838-1902) est visible à Lucerne, mais c’est à Genève qu’elle a été réalisée et exposée pour la première fois en 1881.

Il s’agit d’une représentation grandeur nature inspirée par l’entrée de 87 847 militaires français en Suisse, dans les cantons de Neuchâtel et de Vaud, dès le 1er février 1871. Nous sommes à la fin du conflit franco-prussien, qui a coûté son trône à l’empereur des Français Napoléon III.

Après la bataille d’Héricourt, gagnée par les Prussiens, l’armée de l’Est est dans un état pitoyable. Pour lui éviter de nouveaux heurts avec l’ennemi allemand, le général Bourbaki décide de faire marcher ses hommes en direction de Pontarlier. Ce détour prend la forme d’une retraite qui se termine devant la frontière franco-suisse.

Quelques jours plus tôt, le général Bourbaki a transmis à un autre le commandement de son armée en déroute, puis il s’est tiré une balle dans la tête, qui ne l’a pas tué. Double honte… Son successeur, le général Clinchant, négocie alors avec le chef de l’armée suisse, le général Herzog, l’asile pour les 87 847 officiers, sous-officiers et soldats qui affluent à la frontière.

La signature de la Convention des Verrières permet aux Français de pénétrer en Suisse avec l’obligation d’y déposer leurs armes. Ils seront conduits ensuite dans différentes villes suisses d’où ils pourront regagner la France à partir de la fin du mois de mars. A leur arrivée aux Verrières, à Sainte-Croix, à Vallorbe et dans la vallée de Joux, les Bourbakis, comme on les appelle, sont exténués. Le froid de l’hiver jurassien les a démolis. Les chevaux sont eux aussi dans un triste état. Tout ce monde est accueilli notamment par des ambulances de la Croix-Rouge suisse (CRS), société fondée un peu plus de quatre ans plus tôt à Berne.

Rapin à Paris, Edouard Castres s’est engagé comme bénévole de la Croix-Rouge française, aînée de deux ans de la société suisse. Il est aux Verrières au moment du passage des Français et ne peut s’empêcher de faire des croquis. Il faut dire que le coup d’œil est inhabituel dans ces vallées solitaires. Des colonnes de soldats avancent par un froid glacial sur des chemins enneigés. "Une ambulance internationale par un temps de neige" (1872) est l’une des huiles peintes par Castres d’après ses croquis faits aux Verrières.

Une idée commerciale vient alors à l’entrepreneur genevois Benjamin Henneberg, marbrier dans le quartier de la Jonction. Il veut présenter à Plainpalais un panorama représentant la retraite des Bourbakis aux Verrières. Il en confie l’exécution à Edouard Castres. L’artiste s’entoure d’amis peintres, dont Ferdinand Hodler, quinze ans plus jeune que lui. Le bâtiment destiné à abriter la peinture circulaire est confié à Jacques-Elysée Goss, l’architecte du Grand Théâtre et du Palais Wilson (ancien Hôtel National). Situé à proximité de la rue du Diorama, il a été démoli avant 1900 et son porche d'entrée a orné par la suite la Poste du rond-point de la Jonction, puis la place des XXII-Cantons.

De 1881 à 1889, le panorama de Castres fait le bonheur des visiteurs à Plainpalais. A cette époque, un lieu comparable vient d’être réalisé à Lucerne pour y montrer une représentation de la bataille de Sempach. Celle-ci n’ayant pas été réalisée, les vaincus des Verrières et leurs ambulances prennent sa place. On les y admire encore aujourd’hui (voir www.bourbakipanorama.ch). (TDG)

Créé: 17.04.2016, 18h30

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