Un nouveau phare s’allume dans la rade

1894Éric Court détaille l’histoire de l’édifice dans un livre tout juste paru

Le phare en 1894, pas encore blanchi, sa lanterne encore vide.

Le phare en 1894, pas encore blanchi, sa lanterne encore vide. Image: DR

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Le jour où Éric Court s’est retrouvé devant l’arrière-arrière-petite-fille du premier gardien du phare des Pâquis, il n’en a pas cru ses yeux. «Je me passionne depuis plusieurs années pour ce phare parce que tout le monde le voit sans le connaître vraiment. Quand je me suis mis à chercher des photos anciennes de l’édifice, inauguré en 1894, quelqu’un m’a dit qu’une descendante de François Marc Delrieu en conservait quelques-unes. Cet homme avait été le gardien de l’ancien phare dès 1883, puis celui du nouveau, de 1894 à 1903. À cette charge s’ajoutait la responsabilité de l’octroi, c’est-à-dire la surveillance des marchandises soumises à une taxe entrant dans le port de Genève. François Marc Delrieu est l’un des «Trois hommes du phare» auxquels j’ai consacré un chapitre de mon livre.»

Avez-vous trouvé les photos espérées?

Oui, celle notamment représentant le phare à peine achevé, avec à son pied cinq personnages, Delrieu étant celui de gauche. J’avais repéré cette photo en 2011 déjà dans un numéro du «Journal des Bains», mais je n’avais pas réussi à remonter jusqu’à sa propriétaire à ce moment-là. Puis est venu le 120e anniversaire du phare, signalé par un article dans la «Tribune de Genève» du 22 avril 2014. Peu après, je suis allé visiter la Bibliothèque musicale de Genève avec Uni 3, quand une jeune femme travaillant là m’a reconnu et m’a rappelé que nous avions fait partie d’un même groupe de marcheurs en Valais. Elle se souvenait avoir vu mon nom dans l’article de la «Tribune» sur le phare des Pâquis. Elle s’y intéressait aussi, car elle était l’arrière-arrière-petite-fille du gardien François Marc Delrieu. Et la photo de 1894, c’était elle qui l’avait!

De quelles autres sources disposiez-vous pour écrire votre livre?

À la Capitainerie cantonale, aux Eaux-Vives, j’ai trouvé un dossier complet sur les projets de transformation des phares de Genève. Il contient des plans de grande qualité, des devis, des notes diverses et le nom de l’ingénieur cantonal de l’époque, Émile Charbonnier. Il est l’un des «hommes du phare» de mon livre. Le troisième s’appelle Paul Bouvier, un architecte neuchâtelois auquel l’édifice doit son allure élégante et sa décoration. Quand on s’en approche, on remarque, aux quatre coins de sa base, des colonnes corinthiennes cannelées qui figuraient déjà sur le socle du premier phare, en 1857. Celui-ci s’était révélé trop bas quand les réverbères du quai firent briller des lumières plus haut placées; les navigateurs risquaient de les confondre.

Comment était produite la lumière?

Dans le premier phare, une expérience d’éclairage à l’électricité a été tentée par le physicien et chimiste genevois Élit Wartmann. Une première en Europe en matière d’éclairage public! À l’intérieur du phare, il avait installé une machine à produire de la lumière du type lampe à arc, qui ne fut pas efficace très longtemps. Elle se trouve encore dans les collections du Musée des sciences. L’éclairage au gaz prit le relais, rendu aussi économique qu’efficace par l’arrivée dans le nouveau phare d’un équipement muni d’une lentille de Fresnel, invention française permettant d’optimiser la lumière d’un seul bec de gaz. Les panneaux lenticulaires livrés par la maison Barbier & Fenestre en 1894 sont toujours en place, cent vingt-cinq ans plus tard!

L’histoire du phare des Eaux-Vives vous a-t-elle également intéressé?

Bien sûr, les deux phares sont indissociables, même si la rénovation de celui des Eaux-Vives n’a eu lieu qu’en 1911, toujours grâce à l’ingénieur cantonal Émile Charbonnier. La Capitainerie cantonale conserve de très beaux dessins préparatoires de 1907, sur lesquels on reconnaît la silhouette du bâtiment, réalisé en 1911 en béton armé et surmonté d’un dôme en cuivre. La jetée des Pâquis et celle des Eaux-Vives ont été construites en même temps, en 1857. Les phares étaient alors indispensables aux navigateurs qui s’engageaient dans la rade.

Y a-t-il d’autres phares importants sur le Léman?

Non, celui des Pâquis, avec ses 18 mètres de hauteur, toujours en fonction cent vingt-cinq ans après sa construction, est un cas unique sur le lac. Évian possède un phare plus petit, qui date aussi du XIXe siècle. Il y a également un phare ancien devant une propriété privée à Lugrin, entre Évian à Saint-Gingolph.

Créé: 17.05.2019, 15h30

125 ans en poche

Marin d’eau douce et d’eau salée, admirateur des machines et appareils en lien avec la navigation, Éric Court (photo ci-dessus) s’est tout naturellement intéressé à l’histoire du monument qui orne le musoir de la jetée des Pâquis. Musoir? Un mot que l’auteur a placé en fin de volume (de poche), dans son glossaire des termes peu connus en lien avec son sujet. Goléron, mouches et perré y voisinent avec beine, Piogre et radouber. Éric Court rappelle que l’expression vaudoise «Va donc à Piogre ferrer les mouches!» revient à dire «Va donc à Genève (Piogre) ancrer (ferrer) pour l’hivernage les bateaux (mouches)». Une besogne très pénible, dont la menace sonne comme une malédiction. Dans son livre, Éric Court explique l’histoire de la rade au cours des siècles, fait parler les documents qu’il a trouvés et décrit le fonctionnement du phare, «qui ne se visite pas car il y a peu d’espace et que le bain de mercure qui permet à l’optique (photo) de tourner sans friction sur son flotteur est dangereux». Un procédé signé Fresnel, qui date de l’appareil, livré en 1894 par la maison parisienne Barbier & Cie. B.CH.
«Le phare des Pâquis»
Éric Court, 140 p., Éditions Georg.
Exposition de photos du phare sur le mur après la rotonde des Bains

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