Naissance de Töpffer, le roi de la caricature

1799Rodolphe croque l’humain tel qu’il est 220 ans après lui

Mr Pencil. L’image de l’artiste qui admire son œuvre à l’endroit, à l’envers, par-dessus son épaule, et qui en est toujours content.

Mr Pencil. L’image de l’artiste qui admire son œuvre à l’endroit, à l’envers, par-dessus son épaule, et qui en est toujours content. Image: DR

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Comme Molière, Rodolphe Töpffer a su parfaitement mettre en relief les traits de caractère les plus persistants de la nature humaine. En dessins plus qu’en mots, même si les courtes légendes de ses albums de caricatures sont remarquablement drôles et parfois cruelles. Cette année 2019, cela fait 220 ans que le créateur de Monsieur Vieux-Bois et de Monsieur Jabot a vu le jour. C’était le 31 janvier 1799 dans la maison dite de la Bourse française, au 8, rue Farel, derrière Saint-Pierre. Il était le petit-fils d’un tailleur d’habits originaire de la ville allemande de Schweinfurt am Main, qui s’était établi à Genève au milieu du XVIIIe siècle. Le père de Rodolphe était le peintre Wolfgang Adam Töpffer, dont le succès artistique lui permettait de vivre de ses tableaux. Il s’était marié en 1793 avec une demoiselle Counis, elle aussi d’origine allemande. Ses ancêtres orthographiaient leur nom Cunitz.

L’homme du «bond de plume»

Selon le calendrier en vogue en 1799, Rodolphe est né le 12 pluviôse, an VII. Pluviôse, un mois d’hiver coincé entre nivôse (neige) et ventôse (vent). Pas de quoi refroidir la verve en germe chez cet enfant qui découvre le dessin satirique à la vue des gravures de l’Anglais William Hogarth, qu’il contemple dans l’atelier de son père. Toute la société britannique du XVIIIe siècle y est représentée en vignettes accompagnées d’une courte légende. Töpffer ne procédera pas autrement dans les albums qui le rendront célèbre. Dans son livre «Caricatures töpfférienne» (Éd. À la Baconnière, 1941), l’écrivain genevois Paul Chaponnière a très bien expliqué l’originalité du trait et la liberté d’inspiration de Rodolphe: «Chez lui, héros et aventures naissent du trait graphique, de l’indication soudain donnée par un heureux «bond de plume»; enfants du hasard, mais d’un hasard qui s’exerçait sur un magnifique champ d’expérience et d’observation, prêt à recevoir et à féconder toutes les semences que le vent lui jetait.»

Nourris de tout ce qu’il a remarqué et compris pendant presque toute sa vie, les dessins de Töpffer ne sont pas des œuvres de jeunesse. Son premier album – «Histoire de M. Vieux-Bois» – date de 1840. Sept ans plus tard, il sera mort. Ses problèmes de vue l’ont écarté de la grande peinture. Il gagne sa vie comme directeur d’un petit internat pour jeunes garçons ouvert en 1824 sur la promenade de Saint-Antoine. Töpffer fait avec eux des voyages en Savoie et en Suisse qu’il raconte et illustre avec succès sous le titre de

«Voyages en zigzag».

Monsieur Vieux-Bois ouvre la galerie des personnalités töpfferiennes, qui n’ont pas pris une ride. Paul Chaponnière le présente ainsi: «Il n’est ni mondain comme Mr Jabot, ni collectionneur comme Mr Cryptogame, ni savant comme le Docteur Festus, ni journaliste comme Albert. Uniquement amoureux – comme nous l’avons tous été, le sommes ou le pouvons être – c’est le plus général, le moins déterminé des héros de Töpffer; et les personnages qui l’entourent: L’Objet aimé, le Rival – nous ne connaissons même pas leurs noms – offrent aussi des types permanents et universels d’humanité.»

Certes, le terme d’Objet aimé sonne bizarrement au siècle où la femme-objet n’a plus la cote. Pas besoin d’être féministe pour s’en offusquer. Pourtant Töpffer n’y voit rien d’autre qu’une personnification du coup de foudre dont est victime son héros. Tentatives de suicide, maladresses diverses, changements de linge, enlèvements, témoignent de l’emprise qu’un amour fou peut prendre sur l’esprit de tout un chacun. Monsieur Jabot, lui, est l’archétype toujours actuel de celui qui veut être invité et reconnu dans une société quelle qu’elle soit. Appartenir à un groupe, y briller, quoi de plus humain, et parfois de plus périlleux… Nul besoin d’avoir une nuée d’enfants, comme Monsieur et Madame Crépin, pour vouloir les confier aux meilleurs instituteurs. Messieurs Bonichon et Fadet rivalisent de systèmes éducatifs contradictoires. Quand une nouvelle théorie vient rompre la monotonie des jours, Madame Crépin l’adopte avec toute la crédulité dont un être humain est capable. Le phrénologue Craniose, qui explique tout en tâtant les têtes, règne sans partage chez les Crépin. Avec son âme d’artiste, Töpffer ne rate pas une occasion d’épingler les scientifiques. Par exemple le Docteur, dans «Histoire de Mr Pencil», qui remplit des fioles d’un «vent souterrain tout nouveau» dont l’inhalation nauséabonde fait collapser tout un congrès!

Créé: 08.02.2019, 16h17

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