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Genève redécouvre Louis Dumur

Romancier oublié, Dumur mérite d’être mieux connu. Exposition aux Archives d'Etat et publication chez Slatkine y contribuent.

Deux dessins de Gustave Wendt pour «L’École du dimanche» et la photo de Louis Dumur.
Deux dessins de Gustave Wendt pour «L’École du dimanche» et la photo de Louis Dumur.
MAH / ARCHIVES CANTONALES VAUDOISES

Dumur a longtemps été le nom d’une agence immobilière entrée dans cette famille en 1867. Quatre ans plus tôt naissait à Vandœuvres Louis Dumur, qui allait se faire connaître hors de l’entreprise familiale. Il devint journaliste et écrivain et travailla de nombreuses années pour la revue littéraire et maison d’édition parisienne «Le Mercure de France», qu’il avait contribué à fonder en 1890.

«Son nom n’est pas mentionné sur le site Internet du «Mercure», déplore Françoise Dubosson, qui est avec François Jacob, ancien conservateur de l’Institut et Musée Voltaire, l’une des forces vives de la récente Société Louis Dumur. L’exposition inaugurée mardi dernier aux Archives d’État est leur œuvre, en collaboration avec l’archiviste Alain Dubois. Pourquoi cet «oubli» de l’écrivain suisse dans l’histoire du «Mercure»? «Peut-être parce qu’il n’était pas dans la ligne symboliste des autres fondateurs. Dumur défendait une écriture réaliste», souligne Françoise Dubosson.

N’en déplaise aux historiographes du «Mercure de France», Louis Dumur faisait partie des meubles du 26, rue de Condé. Il y habitait et fréquentait assidûment l’équipe de rédaction, composée notamment d’Alfred Vallette et de sa femme Rachilde, une romancière portée sur le travestissement.

«Outre ses romans genevois, Louis Dumur a publié à Paris des romans historiques qui eurent un grand retentissement», explique Françoise Dubosson. «Le Boucher de Verdun fut un énorme succès éditorial pour Albin Michel en 1921. Ce livre évoquait la Grande Guerre dans un esprit nationaliste fort apprécié à l’époque. La crudité de certaines descriptions acheva d’en faire un succès.»

Se référant au caractère sulfureux du Boucher de Verdun, Emmanuel Haymann écrit dans «Albin Michel, le roman d’un éditeur» (1993): «Barbiche sévère, petites bésicles, regard doux, Louis Dumur cultive d’une manière vétilleuse l’apparence du Genevois calviniste austère et triste. Pourtant, ce petit bonhomme fait carrière dans le scandale. Il publie ensuite un ouvrage sur la Suisse dans le conflit qui fait hurler ses compatriotes du bord du Léman, puis il analyse dans des romans au ton égrillard les exactions des Soviétiques dans l’ancien empire de Russie.»

«Son roman sur la Suisse, c’est La Croix rouge et la Croix blanche ou la Guerre chez les neutres (1925), un livre qui lui vaut un courrier indigné et pas mal d’inimitiés en Suisse», précise Françoise Dubosson. «Ce livre est un reflet très sincère de son opinion sur la neutralité en temps de guerre et sur les compromissions qui peuvent en découler.»

Paul Chaponnière pensait à La Croix rouge et la Croix blanche en écrivant après la mort de Dumur en 1933: «On a souvent dit de Louis Dumur qu’il était un enfant terrible. Si terrible qu’il a parfois injurié sa mère spirituelle – peut-être parce qu’il souffrait de devoir vivre loin d’elle. Mais quelle est la mère, si rigoriste soit-elle, qui ne se décide un jour à pardonner?»

L’heure du pardon est donc arrivée, avec la création en 2011 de la Société Louis Dumur, qui publie les Cahiers Louis Dumur et veille sur les projets de réédition des principales œuvres de l’écrivain. Un volume contenant Les trois demoiselles du père Maire, Le Centenaire de Jean-Jacques et L’École du dimanche vient de paraître chez Slatkine. Ces trois livres étaient sortis en 1909, 1910 et 1911.

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