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Avant que l’Escalade ne redevienne sage

Henri Roth s’est intéressé au temps où l’anniversaire du 12 décembre était un carnaval.

Détail d'une affiche de la Grande Brasserie des Pâquis. L’établissement s’est associé avec un loueur de masques.
Détail d'une affiche de la Grande Brasserie des Pâquis. L’établissement s’est associé avec un loueur de masques.
BIBLIOTHÈQUE DE GENÈVE

Naguère journaliste à la «Tribune de Genève», Henri Roth a pris d’autres chemins depuis lors, sans cesser d’écrire pour autant. On lui doit, déjà aux Éditions Slatkine, «Le tram 12 raconte Genève 1862-2012. L’épopée de la plus ancienne ligne d’Europe». Une publication de 2012 qui porte une couverture imaginée par Exem. Le même dessinateur a réalisé celle du dernier livre de Roth: «Les mascarades oubliées de l’Escalade. L’envers du décor de la fête patriotique genevoise». On y voit les Savoyards accueillis en haut de leurs échelles par un peuple de Genève hilare et travesti. Une dame Royaume remonte ses jupes pour montrer ses fesses aux assaillants.

Orthodoxie patriotique

Cette image contemporaine illustre une époque révolue. Celle où le caractère commémoratif et patriotique de l’Escalade n’avait pas encore pris le dessus sur une manière de fêter nettement plus relâchée. Henri Roth nous démontre – références à l’appui, patiemment cherchées et trouvées – que la fête carnavalesque fait rage à Genève pendant une grande partie du XIXe siècle et survit jusqu’à la fin des années 30. La fondation en 1926 de la Compagnie de 1602, gardienne aujourd’hui encore de l’orthodoxie patriotique, amorce le déclin des mascarades; les années de guerre leur donnent le dernier coup fatal.

La lecture des «Mascarades oubliées» lève donc le voile sur ces fêtes d’avant, dont les traces existent dans la presse du temps et sur quelques affiches conservées à la Bibliothèque de Genève. Henri Roth cite le témoignage précieux d’Henri-Frédéric Amiel (1821-1881), qui note plusieurs années de suite dans son «Journal» ce qu’il voit dans les rues autour du 12 décembre. La variété et la fantaisie des déguisements qu’il décrit prouvent que les cortèges improvisés n’ont qu’un très lointain rapport avec les événements de 1602.

Roth relève que le succès des défilés grotesques est attribué par les rabat-joie à l’afflux d’éléments étrangers et catholiques dans la population citadine de l’ère industrielle. Certains Genevois de vieille roche déplorent que l’anniversaire de la «miraculeuse délivrance» perde peu à peu son caractère solennel et réformé. Et cela malgré des règlements de police défavorables aux déguisements sur la voie publique. Les tenants d’une tradition qui n’a jamais véritablement existé saluent les efforts de l’Association des intérêts de Genève, présidée de 1898 à 1922 par Louis Roux, pour rétablir une Escalade plus décente. Le bref retour des mascarades entre 1955 et 1960 sera sans lendemain. Comme les carnavals de février de 1997 à 2006.

Lire: «Les Mascarades oubliées de l’Escalade», par Henri Roth, Éditions Slatkine, 179 pages

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