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Éros: A quoi rêvaient les Genevois au XVIe siècle?

Le Festival Histoire et Cité se penchera dès le 21 mars sur toutes les libertés. Les sexuelles aussi.

Un dessin datant de la Renaissance au thème suggestif, choisi par Histoire et Cité pour illustrer le débat du vendredi 23 mars à Uni Dufour DR
Un dessin datant de la Renaissance au thème suggestif, choisi par Histoire et Cité pour illustrer le débat du vendredi 23 mars à Uni Dufour DR

Aux commandes de la Librairie Droz SA depuis 1995, Max Engamarre s’apprête à présider, la semaine prochaine, l’un des nombreux débats du Festival Histoire et Cité. Le thème choisi éveille la curiosité: «L’imaginaire érotique à la Renaissance». On y parlera de la sexualité, notamment de celle des Genevois au XVIe siècle. Entre les murs de la très érudite et sérieuse maison d’édition de la rue Massot, il y a des mots qui surprennent le visiteur, mais pas le directeur.

«Nous avons été cités dans Play Boy», confie Max Engamarre, le sourire aux lèvres. Cette mention concerne Vénus et Priape, l’anthologie de poésie érotique néo-latine de la Renaissance italienne parue chez Droz en décembre dernier. Elle contient des textes en latin et leur traduction française, le tout présenté par le spécialiste Charles Senard, qui participera au débat du 23 mars. «J’ai averti mes collaboratrices: il y a dans ce volume des poèmes que je n’oserais pas prononcer à haute voix devant vous! Notre traduction a été faite par un homme, car une femme aurait peut-être gardé trop de retenue…» ajoute l’éditeur.

Cette année, le Festival Histoire et Cité est consacré aux libertés dans l’histoire. Un vaste sujet qui permet à Max Engamarre d’inscrire la liberté sexuelle au programme. À la Renaissance, pour les gens cultivés, cette liberté se vit au travers de la lecture des poèmes pornographiques néo-latins. Le choix du latin s’explique par le fait que les auteurs se permettaient dans cette langue des expressions qu’ils n’auraient pas osé formuler dans la leur.

Un futur pape taquine Éros

«On a des éditions du XVe et du XVIe siècle qui osent beaucoup. Ce n’est pas pour autant de la pornographie de bas étage. Ce sont des œuvres de bons poètes, les plus réputés étant Pacifico Massimi et Giovanni Pontano. Un troisième est Enea Silvio Piccolomini, qui sera élu pape en 1458!» glisse Engamarre.

Au plaisir de la lecture s’ajoute, à la Renaissance, celui des images, grâce aux illustrations des poèmes luxurieux de l’Arétin. Il s’agit des Amours des dieux ornés de gravures représentant des dieux antiques dans différentes positions amoureuses. «Il en existe un exemplaire unique à Genève. Là, on se trouve devant de la pornographie pure, prudemment attribuée aux dieux païens plutôt qu’à des humains. Elle fut néanmoins publiée anonymement à Venise», explique Max Engamarre. «Dans Le Songe de Poliphile, on distingue Priape bandant», précise-t-il.

Les Genevois avaient-ils accès à de telles lectures? Difficile à dire concernant le XVe siècle. En revanche, pour la seconde moitié du XVIe, on a la chance d’avoir les registres du Consistoire. Droz en publie justement l’édition critique. «Le Consistoire était un tribunal du bien croire, du bien penser et du bien agir», rappelle Max Engamarre. «Les gens passaient devant lui dans les séances du jeudi. Il était composé des pasteurs mais aussi du magistrat. Le premier syndic présidait cette séance. Les registres nous apprennent que le Consistoire condamna un Genevois parce qu’il lisait Rabelais. Je n’ai pas trouvé trace d’une condamnation pour possession de poèmes érotiques en latin. Je vous rappelle pourtant que Théodore de Bèze en avait lui-même écrit avant de venir à Genève…»

Il ressort de la lecture des Registres du Consistoire de Genève au temps de Calvin que la liberté sexuelle des Genevois se payait au prix fort: la prison ou même la vie. «Si un serviteur et sa maîtresse veuve ou célibataire ont une aventure, consentie des deux côtés, ils risquent une condamnation, car il y a rupture du lien social. Les registres du Consistoire nous racontent des histoires de fesses, de tromperie, de coucherie, jusqu’aux cas de sodomie, pour lesquels seule la mort était envisagée. À cette époque, on vivait sa sexualité à ses risques et périls», conclut l’érudit éditeur.

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