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On n'enterre plus les Genevois en pleine ville depuis 1536

A travers les siècles, l'inhumation ne va pas sans difficultés.

Des images récentes nous ont montré des inhumations faites à la hâte et en masse, dans certains pays touchés par la pandémie de Covid-19. Des scènes qui ramènent l’imagination vers les épidémies passées. Les sociétés d’autrefois partagent avec la nôtre ce même problème: comment donner aux disparus une dernière demeure sans empoisonner les vivants? Une exigence qui n’a pas toujours été respectée à Genève. Avant 1536, chaque paroisse a son propre cimetière. Ce qui revient à multiplier les champs de repos sur un territoire très exigu. Moins jusqu’en 1531, car la ville est encore environnée de faubourgs où se trouvent plusieurs églises et couvents pourvus de cimetières. Ces faubourgs ayant été démolis au profit des fortifications rendues nécessaires par la menace savoyarde, les autorités décrètent que les morts iront tous à Plainpalais. L’endroit est connu des Genevois, car les pestiférés y trouvent refuge et sépulture depuis le Moyen Âge. C’est là qu’à sa demande, le 25 mai 1564, la dépouille de Jean Calvin est enterrée, alors que d’autres personnalités en vue reposent, comme Théodore de Bèze depuis 1605, dans le cloître de Saint-Pierre.

Des vaches sur les tombes

On attend 1633 pour élever un mur autour du pré des morts de Plainpalais, «parce qu’il est messéant de voir le bétail pâturer au cimetière». Les derniers pestiférés de Genève, entre 1636 et 1640, seront donc «soignés» hors de la vue des vaches et des passants. Pourtant, au siècle suivant et jusqu’en 1820, bêtes à cornes, chevaux et ânesses paissent tranquillement dans cet enclos. Ce bétail appartient à l’Hôpital, ancêtre de l’Hospice général, et à des particuliers autorisés par lui. La commune de Plainpalais conserve pendant plus de trois siècles le redoutable honneur d’accueillir les défunts genevois. Le cimetière de Saint-Georges, dont le terrain est un cadeau de la commune de Lancy à la Ville de Genève, prend le relais en 1880.

Naguère dans les communes genevoises, les cimetières ne sont pas non plus l’objet d’une grande attention de la part de leurs responsables. «Avully avait dû demander durant de longues années que le sien fût enclos pour en interdire l’accès aux bêtes», rapporte en 1964 Willy Aeschlimann dans l’«Almanach du Vieux Genève». «À Vandœuvres, les pluies dégarnissaient le terrain voisin de l’église sur lequel passaient des chars et il arrivait fréquemment que des ossements fussent découverts.» Un autre cimetière où règne un certain laisser-aller est celui dévolu en 1802 à la population catholique de Genève. Devenue préfecture française, la ville ne peut plus se permettre de refuser une sépulture aux non-réformés. Jusque-là, ceux-ci étaient expédiés en Savoie ou dans le Pays de Gex. Un terrain leur est attribué «près du chemin des Petits-Philosophes, vers la maison de la Tour». Les Petits-Philosophes, sur les plans anciens, correspondent à la rue Prévost-Martin et la «maison de la Tour» annonce l’immeuble de Jean-Daniel Blavignac. L’un des premiers occupants du nouveau cimetière est celui qui en a activé la création, le préfet du département du Léman, Ange Marie d’Eymar, décédé en 1803. Un monument d’une certaine importance y est élevé en son honneur.

«On n’aurait pu choisir, pour un cimetière, un terrain plus défectueux que ce monticule sablonneux et graveleux, en pente rapide, que les eaux ravinaient en le traversant», dénonce Willy Aeschlimann. «Aussi les voisins se plaignaient-ils que l’infection était telle qu’ils ne pouvaient y tenir, même à fenêtres fermées, et que des passants avaient pris mal sur place.»

Genève ayant recouvré son indépendance en décembre 1813, le cimetière des Petits-Philosophes continue à être utilisé jusqu’en 1830. Curé de Genève depuis 1806, Jean-François Vuarin écrit que «la chétive palissade qui l’enclosait (sic) moins bien qu’un parc à brebis était souvent ouverte sur plusieurs points, les animaux pénétraient aisément dans l’enclos, les passants et les enfants y entraient pour y commettre des actes indécents; les monuments mêmes n’y étaient pas respectés».

Le jour de Noël 1830, tous les ossements trouvés dans le cimetière catholique enfin désaffecté sont transportés dans celui de Plainpalais. Le terrain des Petits-Philosophes disparaît alors sous de nouvelles constructions et les catholiques trouvent une dernière demeure dans la même terre que les protestants à Plainpalais. Le curé Vuarin exige qu’un mur les sépare, ce qu’il obtient, mais il en érige un second sans autorisation, pour isoler ses coreligionnaires morts sans confession. Ce mur est abattu par la force publique. Finalement l’ancien lazaret (lieu de mise en quarantaine établi à l’époque de la peste de 1720) de Châtelaine leur est attribué en 1853. Ce lieu devient le cimetière de Châtelaine, reconnu non confessionnel depuis 1876.

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Carouge et Veyrier

En 1876, Genève se dote d’une loi qui met tous les défunts à la même enseigne, en exigeant que les cimetières communaux accueillent indifféremment les Genevois de confessions différentes. Il s’agissait surtout de mettre un terme aux bisbilles entretenues naguère par le quérulent curé Jean-François Vuarin, qui avait obtenu que les catholiques soient isolés des protestants dans le cimetière de Plainpalais (actuel cimetière des Rois). Ils avaient eu par la suite leur propre champ de repos à Châtelaine. Cela jusqu’en 1876. Si les deux principales confessions chrétiennes sont dès lors réunies dans la même terre, il n’en va pas de même du judaïsme.

À Genève, les juifs ont leurs cimetières privés, l’un très ancien, à Carouge, et l’autre plus récent, à cheval sur la frontière franco-suisse à la limite entre Veyrier et Étrembières. Le premier des deux existe à Carouge depuis 1800. Cité promise par son souverain le roi de Sardaigne (descendant des ducs de Savoie) à un développement rapide, la ville accueille des habitants d’origines diverses, dans l’espoir qu’ils contribueront à la prospérité carougeoise. Des familles juives s’installent au bord de l’Arve, dont celle du premier résident du futur cimetière, un enfant nommé Joseph Abraham, décédé en 1788. La présence de sa tombe «sur une partie du vieux chemin délaissé, assez loin de la ville», détermine l’emplacement de l’enclos créé douze ans plus tard. Les premiers monuments funéraires sont de simples pierres levées gravées avec des inscriptions en hébreu. Plus tard, les caractères latins apparaissent et des éléments sculptés viennent orner les dernières demeures. Cela surtout à partir du milieu du XIXe siècle, après un premier agrandissement du terrain en 1852, puis un second en 1874.

Deux ans plus tard, la loi de 1876 oblige la Communauté israélite de solliciter l’autorisation de continuer comme par le passé d’exploiter son cimetière à titre privé. Autorisation accordée. Cependant, Genève interdit tout agrandissement ou création d’un cimetière confessionnel sur son territoire. C’est pourquoi la Communauté se met en quête dès 1916 d’un lieu hors de Genève. En effet, le cimetière de Carouge n’a plus la capacité d’accueillir de nouvelles sépultures, les concessions y étant perpétuelles. Une solution ingénieuse est trouvée. Un terrain à cheval sur la frontière, avec un accès du côté suisse, est acquis à Étrembières, à la limite avec la commune de Veyrier. Le cimetière israélite de Veyrier ouvre en 1920 et sera par la suite un lieu de passage clandestin pendant la Seconde Guerre mondiale.

Voir le site patrimoinejuifgenevois.ch et «Histoire et guide des cimetières genevois» par Suzanne Kathari et Natalie Rilliet, Slatkine, 2009.

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