Comment le centre international de l’anticommunisme s’est ancré au bout du lac

Théodore Aubert Image: CENTRE D’ICONOGRAPHIE GENEVOISE

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Bien avant la propagande anticommuniste de Radio Free Europe ou de la secte Moon, Genève était le centre névralgique de la lutte contre le bolchevisme. «Halte-là! Bolchevikis», lit-on dans la Tribune de Genève du 5 novembre 1918. L’auteur du billet s’appelle Théodore Aubert, un avocat issu d’une vieille famille genevoise d’origine huguenote. Il proclame noir sur blanc ce qui sera le combat de sa vie: lutter contre l’Internationale communiste.

Pour ce calviniste, Lénine est plus qu’un «sans-Dieu», c’est l’incarnation du diable. Pour cet ultraconservateur, les révolutionnaires russes sont des agitateurs, des bandits et des despotes. Mais pour que naisse une organisation anticommuniste, il faudra un événement déclencheur: l’assassinat du délégué soviétique à la Conférence de Lausanne sur le Proche-Orient de mai 1923. Pour défendre le meurtrier, ses amis cherchent un avocat. Le Dr Georges Lodygensky, alors délégué de la Croix-Rouge impériale à Genève, qui fut aux côtés des contre-révolutionnaires en Russie, a un nom en tête. Celui de Théodore Aubert, un avocat d’affaires qui a œuvré à la création des Unions civiques, afin de contrer «la subversion communiste». Le chirurgien, dont le secrétaire se trouve impliqué dans le meurtre, fait appel au Genevois. Au procès, sa plaidoirie fait mouche: l’accusé est acquitté et c’est le bolchevisme qui est condamné dans un réquisitoire sans appel depuis le banc de la défense! Les fondations de l’Entente internationale anticommuniste sont posées.

L’organisation naîtra un an plus tard pour «combattre la IIIe Internationale». Genève, où se trouve le siège de la Société des Nations et où vivent les deux cofondateurs de l’Entente, devient naturellement le centre du réseau anticommuniste mondial.

Mussolini, Hitler, Franco

Pour contrer le Komintern, la structure va multiplier les contacts dans le monde, suscitant la création de dizaines de centres nationaux en Europe et en Amérique du Sud pour recueillir des renseignements et diffuser ses «informations» sur le régime soviétique et les agents de Lénine en mission à l’étranger. Elle trouve aussi des appuis dans les Eglises et l’un de ses faits d’armes sera une expo itinérante sur les «sans-Dieu» inaugurée à Genève en 1934. Financée pour l’essentiel par des banquiers et des industriels genevois, l’Entente enchaîne les voyages à l’étranger. Les rencontres d’Aubert avec le fasciste Benito Mussolini, le dictateur Primo de Rivera et Franco – personnellement abonné au bulletin de l’Entente – en Espagne ou encore celle de Georges Lodygensky avec Pétain en France dessinent les alliances européennes du combat contre le péril rouge. En mai 1933, l’Entente envoie l’avocat genevois Jacques Lefort nouer des contacts à Berlin avec les nazis. Pour les anticommunistes de Genève, l’avènement d’Hitler apparaît comme le meilleur rempart contre la bolchevisation de l’Europe. L’année suivante, l’Entente collabore avec l’anti-Komintern nazi pour monter un service de renseignements antimarxiste. Elle reçoit alors de l’argent de Berlin. En Suisse, Théodore Aubert est élu au Conseil national en 1935 sur une liste de l’Union nationale, un parti fasciste dirigé par le Genevois Georges Oltramare, antisémite engagé dans la Collaboration à Paris.

La guerre froide

Ces compromissions avec le nazisme et le fascisme jetteront un discrédit définitif sur la «Ligue Aubert» au sortir de la guerre. Et puis les Soviétiques ont largement contribué à la victoire alliée, pendant que la Suisse normalisait ses relations diplomatiques avec Moscou en 1946. Quelques années plus tard, avec la guerre froide, le cœur de la lutte contre l’Internationale communiste se déplace outre-Atlantique et ne peut donc plus battre au bord du Léman. En novembre 1950, Berne décide la dissolution de l’Entente. (TDG)

Créé: 18.02.2017, 19h26

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