Passer au contenu principal

L’amiral François Le Fort s’éteint à Moscou

Le buste de l’ami genevois du tsar a enfin trouvé sa place, 320 ans après sa mort.

Le buste de l’amiral Le Fort a été transporté ce printemps sur le cours qui porte son nom.
Le buste de l’amiral Le Fort a été transporté ce printemps sur le cours qui porte son nom.
LUCIEN FORTUNATI

Depuis l’inauguration du buste de François Le Fort (1656-1699) sur la place Sturm en 2006, peu de Genevois avaient remarqué ce cadeau de la Russie à Genève. Il paraissait en punition en bordure de l’esplanade qui domine le haut de la rue Ferdinand-Hodler. Grâce à l’ouverture du chantier de construction du Pavillon de la danse, l’effigie de Le Fort a été enfin transportée sur l’une des pelouses du square qui porte son nom (voir «Tribune de Genève» du 29 mai).

Cette représentation du conseiller intime du tsar russe Pierre le Grand s’inspire des portraits officiels que l’on connaît de lui. Il porte perruque, comme il était d’usage dans les hautes sphères à la fin du XVIIe siècle, et cuirasse, puisque l’empereur l’avait nommé généralissime de son armée et amiral de ses flottes sur la mer Noire et sur la Baltique. Des forces que le Genevois avait contribué à créer pour Pierre Ier sur le modèle européen.

Les Lifforti devenus Le Fort

Mort couvert d’honneurs à Moscou par le monarque qui lui avait confié l’occidentalisation de sa cour et de ses institutions, Pierre Le Fort est né Genevois. Quand il voit le jour, le 2 janvier 1656, sept enfants l’ont précédé dans le foyer de Jaques et Francoise Le Fort-Lect. Un neuvième viendra après lui, mais il ne vivra pas longtemps. L’arrière-grand-père du futur amiral s’appelait Liffort, descendant de deux générations de Lifforti, des notables de Cuneo en Piémont. Jean-Antoine Liffort, qui avait adopté la Réforme, émigra à Genève, dont il obtint la bourgeoisie en 1565. La famille Le Fort est toujours représentée dans notre ville. ll s’agit de la branche aînée, alors que la branche cadette, fondée par le père de l’amiral, a essaimé en Allemagne, où est née Gertrud von Fort (1876-1971), auteure de la nouvelle dont Georges Bernanos s’est inspiré pour son livret de l’opéra de Francis Poulenc «Le Dialogue des Carmélites». La star de la tribu reste néanmoins François Le Fort, que Pierre le Grand alla jusqu’à nommer vice-roi de Novgorod.

Un prestige dont certains membres de la branche de Genève étaient très conscients, comme le rappelle le botaniste Augustin-Pyramus de Candolle dans ses «Mémoires». Il écrit que sa mère «était vaine de sa famille, qu’elle regardait comme fort supérieure à celle de mon père, principalement en ce que par sa mère [Renée Brière-Le Fort] elle était petite-nièce de Le Fort, ministre de Pierre le Grand. Elle ne manquait aucune occasion de faire sentir cette prétendue supériorité à mon père.»

Si François Le Fort était monté très haut, c’était bien plus par ses capacités que par sa naissance. Son père aurait voulu qu’il travaille avec lui dans sa droguerie, ou qu’il se voue comme son frère Jaques au commerce des tissus. Ces carrières ne lui disaient rien. C’était le métier des armes qui l’attirait. Il livra ses premiers combats contre les résistances de sa famille, qu’il finit par vaincre en 1674. Par une suite de rencontres et de concours de circonstances, il se retrouva en 1678 au service du tsar, auquel il rendit de grands services. Son mariage avec la fille d’un colonel russe d’origine française avait joué un rôle dans son enracinement en Russie. Ils eurent un fils, Henri, né en 1684, que son père envoya à Genève pour parfaire son éducation auprès de sa grand-mère Le Fort. L’amiral mourut pendant le séjour du garçon à Genève. Rappelé en Russie par le tsar, qui avait reporté sur lui l’affection qu’il avait eue pour son père, Henri Le Fort mourut des fièvres en 1703, avant l’âge de 20 ans.

----------

Des Suisses chez les tsars

François Le Fort n’est pas Suisse, puisque à son époque Genève ne fait pas partie de la Confédération helvétique. On peut cependant le compter parmi les premiers ressortissants de notre futur pays à avoir joué un rôle dans le vaste empire des tsars. Son fils Henri ne vécut pas longtemps, mais d’autres Le Fort vinrent en Russie dans le sillage du grand amiral.

Pierre Le Fort I (1676-1754) est le fils d’un frère de l’amiral, qui se rend à Moscou à l’invitation de son oncle. Celui-ci cherche à s’entourer de membres de sa famille à laquelle il est resté très attaché. Parti de Genève dans l’idée de se vouer au commerce, Pierre Le Fort accepte de son impérial homonyme le commandement d’un régiment que son oncle François, décédé entre-temps, avait eu sous ses ordres. Il poursuivra sa carrière d’officier jusqu’au règne de l’impératrice Anne en 1732.

Bien plus tard, le Vaudois Antoine-Henri Jomini (1779-1869), natif de Payerne, répond à l’invitation du tsar Alexandre Ier qui en fait son aide de camp. Il sera général en chef sous Nicolas Ier et contribuera à la création de l’académie militaire de Saint-Pétersbourg en 1832.

On ne trouve pas que des soldats parmi les Suisses ayant laissé une trace dans l’histoire russe.

Il y a bien sûr les précepteurs, au premier rang desquels le Rollois Frédéric-César de La Harpe (1754-1838), et aussi les architectes. Ces derniers nous ramènent vers François Le Fort, puisque c’est sous le règne de Pierre Ier et sur les conseils de l’amiral genevois que la décision fut prise de créer une nouvelle capitale à l’occidentale à Saint-Pétersbourg. Le Tessinois Domenico Trezzini (1670-1734), qui travaillait au Danemark, est engagé en 1703 avec une dizaine d’autres professionnels italiens et tessinois.

La cathédrale Pierre-et-Paul et le palais d’Été sont des œuvres de Trezzini. Une tradition suisse continuée avec Carlo Rossi (1775-1849), architecte d’origine tessinoise qui achève la réalisation de la ville impériale dans un élégant style néoclassique russe. B.CH.

Cet article a été automatiquement importé de notre ancien système de gestion de contenu vers notre nouveau site web. Il est possible qu'il comporte quelques erreurs de mise en page. Veuillez-nous signaler toute erreur à community-feedback@tamedia.ch. Nous vous remercions de votre compréhension et votre collaboration.