563 - Le Léman répercute un énorme éboulement

Notre histoireLe tsunami lacustre a sa salle et son relief au Musée du Léman, à Nyon.

Détail d’une vue représentant un événement semblable survenu 
en 1806 au bord du lac de Lauerz (SZ), dessinée par un témoin, David Alois Schmid.

Détail d’une vue représentant un événement semblable survenu en 1806 au bord du lac de Lauerz (SZ), dessinée par un témoin, David Alois Schmid. Image: BERGSTURZ MUSEUM GOLDAU/ DR

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On sort de la salle consacrée à «Un tsunami sur le Léman» avec une méchante appréhension. Et si ça se reproduisait? Voir et entendre la géologue Stéphanie Girardclos affirmer, des hauteurs de la rue du 31-Décembre, que l’eau était montée jusque-là en 563, ça fait réfléchir… La scientifique apparaît dans un film projeté au Musée du Léman dans le nouvel espace dédié à la plus terrible catastrophe naturelle que le bassin lémanique ait jamais connue.

«Ce fait historique a passé longtemps pour une légende, faute de preuves tangibles, puis les recherches de Stéphanie Girardclos et Katrina Kremer ont dissipé le doute, explique Marianne Chevassus, conservatrice adjointe. Les carottages réalisés par ces deux géologues dans le fond du lac entre Lausanne et Évian ont été déterminants. Ils ont montré qu’une couche de sédiments d’une épaisseur très supérieure aux précédentes s’était formée dans un temps très court, situé quelque part entre 381 et 612 ans ap. J.-C., selon la datation au carbone 14.»

Pourquoi la date de 563?
Si certains tenaient cette histoire pour une légende, d’autres s’appuyaient sur des traces écrites à prendre au sérieux. D’abord le récit laissé par saint Marius, évêque d’Avenches, dans un extrait des chroniques qu’il a rédigées au VIe siècle, conservé à la British Library. Il y parle de l’écroulement en 563 de la montagne du Tauredunum, dans le Bas-Valais, et de ses conséquences tragiques jusqu’à Genève. Un autre évêque de ce temps, Grégoire de Tours, explique le même phénomène dans son «Histoire des Francs».

Quelles sont les causes de la catastrophe?
Il y a dans la plaine alluviale du bout du lac des collines connues des géologues, dont la présence ne peut s’expliquer que par l’écroulement massif d’un pan de montagne. On sait maintenant qu’il s’agit d’une partie de la Suche, située à l’entrée du Valais. La chute de toute cette roche a provoqué un tel choc qu’un glissement de terrain sous-lacustre s’est déclenché, faisant rouler une suite de vagues monumentales et meurtrières. Les scientifiques évaluent la masse détachée de la montagne à 50 millions de mètres cubes et le monceau de sédiments déplacés à cinq fois plus, soit 250 millions de mètres cubes.

Une telle catastrophe pourrait-elle se produire aujourd’hui?
Les géologues affirment que oui. Ce qui reste de la Suche est assez instable. Cette montagne est sous surveillance. Mais un tel écroulement ailleurs est difficile à prévoir. Il est évident que le bilan humain d’un tsunami sur le Léman au XXIe siècle serait bien plus tragique qu’au VIe siècle, où les villes et les campagnes du bord du lac étaient beaucoup moins peuplées. C’est pourquoi la construction de certains équipements, notamment sanitaires, n’est plus possible en bord de lac.

Comment est née l’idée de consacrer une salle au tsunami sur le Léman?
Nous avons placé depuis un certain temps déjà, à l’étage des combles, des panneaux concernant le tsunami du Léman. C’est l’une des étapes de notre parcours questionnaire pour les jeunes visiteurs. La sortie du film «Un tsunami sur le Léman» de Laurent Graenicher, puis la parution du livre «Un tsunami sur le Léman, Tauredunum 563» de Pierre-Yves Frei et Sandra Marongiu, préfacé par le conservateur du Musée du Léman, Lionel Gauthié, ont fourni la matière de notre nouvel espace permanent. L’idée de la présentation du phénomène par projection sur un relief nous est venue en voyant ce même dispositif au Musée romain d’Avenches et au rez-de-chaussée de la Maison Tavel, à Genève. Notre relief est celui du pourtour du Léman, du début de la vallée du Rhône à Genève. Il s’éclaire et s’anime au fil du récit des événements, tandis que des extraits du film de Laurent Graenicher illustrent et expliquent le processus.

Y a-t-il eu d’autres tsunamis lacustres en Suisse?
Dans le Léman, plusieurs ont précédé celui de 563, le plus ancien entre 1780 et 1620 av. J.-C. Plus près de nous, en 1806, la chute d’un pan du Rossberg près du lac de Lauerz, dans le canton de Schwytz, a provoqué une remontée d’eau de type tsunami.

Créé: 11.05.2019, 14h14

Exposition

Le grand frisson


Le visiteur reconnaît le lac dans toute son étendue, bordé de montagnes abruptes, en France et en Suisse à la hauteur du Chablais. Ailleurs, le pourtour est moins encaissé, facilement inondable en cas de vague subite de type tsunami. Le relief tout neuf installé au Musée du Léman permet de suivre en direct l’expérience d’un tel phénomène catastrophique pour notre région. Grâce à des coups de projecteur successifs sur différents points du paysage, l’attention est attirée là où ça se passe. Du côté du massif du Grammont, qui domine le bout du lac du haut de ses 2172 mètres d’altitude. La Suche en fait partie, dont une portion gigantesque s’écroule dans la plaine un jour de 563. Une localité et son fort, appelés Tauredunum, disparaissent sous les rochers. Rayés de la carte. L’endroit s’éclaire sur le relief, pendant qu’une explication en images se déroule sur l’écran qui est au-dessus. Selon le même processus, d’autres lieux s’illuminent au fur et à mesure que le contrecoup de la chute de la montagne se fait sentir dans les eaux du lac. Les vagues successives atteignent tel endroit puis tel autre, surprenant des pêcheurs, des lavandières, les fidèles réunis dans une église et, près de septante minutes après l’écroulement, les Genevois vaquant à leurs occupations sous les murs de la ville. Certains sont emportés avec le seul pont qui permet alors de franchir le Rhône. C’est dire la puissance de ce tsunami lacustre. Les images illustrant les différents épisodes de cette fatale journée sont tirées du film de Laurent Graenicher, dessins restituant le paysage et l’allure des habitants du bassin lémanique au VIe siècle. Les vagues simulées par projection lumineuse sur le relief laissent imaginer ce qu’un tel déferlement provoquerait mille cinq cents ans plus tard. Frissons garantis. Fort de ce nouvel équipement, le Musée du Léman prouve son dynamisme. Le projet d’agrandissement est prêt à être réalisé. Seule l’opposition d’un voisin bloque pour l’instant le démarrage. Espérons que ce chantier n’attendra pas le prochain tsunami pour débuter.
B.CH.

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