2005: Partage remplit les assiettes des plus démunis

J'y étaisCheville ouvrière de la banque alimentaire, Vincent Gall raconte dix ans de lutte contre le gaspillage.

Vincent Gall dans les entrepôts de Partage, où sont stockées les denrées destinées aux associations caritatives, dont des montagnes de couches.

Vincent Gall dans les entrepôts de Partage, où sont stockées les denrées destinées aux associations caritatives, dont des montagnes de couches. Image: Steeve Iuncker-Gomez

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Œuvrer pour que ce qui tombe de la table des nantis arrive sur celle des gens qui ont faim. Voilà, depuis une décennie, la mission du Partenariat alimentaire genevois, alias Partage. Surproduction maraîchère, invendus des entreprises alimentaires ou repas non consommés des grands services de restauration institutionnels: Vincent Gall frappe à toutes les portes afin de récolter les excédents pour les redistribuer aux quelque cinquante associations caritatives du canton. «Objectif zéro déchet!» résume, en ses locaux carougeois, le fougueux codirecteur de l’association, qu’il cornaque depuis sa création, en avril 2005.

Cette année-là, la Ville de Genève fait réaliser une étude sur la précarité. Le rapport met en lumière trois enjeux sociaux phares: le logement, la nourriture et les soins. «En soi, ce n’était pas surprenant, concède Vincent Gall. Mais la grande ampleur des besoins alimentaires a frappé: 2800 personnes étaient nourries par l’aide sociale.» Fort de ce constat, le magistrat socialiste Manuel Tornare demande aux différents organismes de se fédérer pour gagner en efficacité. Des représentants de l’Armée du Salut, du CARE, de Caritas Genève, des Colis du Cœur et d’Emmaüs fondent ainsi la première banque alimentaire genevoise.

Coups de bol et pomme verte

L’idée de Partage est née. «Mais nous n’avions ni moyens, ni personnel, ni locaux, se rappelle Vincent Gall, alors directeur adjoint chez Emmaüs. Et pas même de nom! On est parti de rien.» En l’espace de huit jours et à la faveur d’un certain nombre de «coups de bol», celui qui aime à se définir comme la cheville ouvrière de l’association hérite d’un logo percutant – une simple pomme verte – et des clés d’un entrepôt à l’avenue du Cardinal-Mermillod. «On a mis six mois à tout nettoyer, mais on avait l’espace idéal.» D’autres interventions bienveillantes permettent à la toute jeune entreprise de se doter d’une chambre frigorifique pour stocker les aliments périssables et de rayonnages à palettes à destination des denrées sèches.

Manquent encore les sous. Pourvu d’un budget bien ficelé, Vincent Gall défend le bébé auprès des privés et des autorités en vue de récolter des fonds pour démarrer. «Il nous était très important de ne pas fabriquer d’usine à gaz, souligne-t-il. D’ailleurs, la réussite de Partage réside beaucoup dans le fait que nous ne nous soyons pas dissipés dans mille projets. Notre seule erreur était d’avoir vu trop petit: il y a dix ans, on envisageait deux camionnettes, trois employés et une chambre froide…» Aujourd’hui, 42 collaborateurs – dont 33 en emploi de solidarité – s’affairent au sein de l’association; le frigo est trois fois plus vaste qu’au début et une flotte de cinq camions et d’une dizaine de triporteurs électriques récolte puis redistribue les vivres aux plus nécessiteux. Dix autres tricycles sont affectés aux prestations de service qu’offre l’entreprise, levée et tri des déchets essentiellement.

Je ne suis pas intéressé par les problèmes, mais par la mise en œuvre de solutions

Vincent Gall, cofondateur de Partage

En septembre 2005, Partage est sur les rails. En quatre mois, pas moins de 35 tonnes d’invendus sont glanées auprès des grandes enseignes comme Migros ou Coop et des agriculteurs. Fruits, légumes, boissons, riz ou conserves, mais aussi produits d’hygiène et lessive. «En fait, on a répondu à un besoin des entreprises du secteur alimentaire, car on leur offrait toute la sécurité en matière d’encadrement et d’hygiène, en respectant la chaîne du froid notamment, explique le codirecteur. D’ailleurs toutes donnent, sans exception.»

L’année d’après, ce sont 280 tonnes de marchandises qui sont moissonnées. Et en 2009, la récolte dépasse les 1000 tonnes. Avec des variations notables de quantité selon les types de produits. «On est soumis à une fluctuation des denrées puisqu’on n’achète rien. En 2008, on a été submergé de légumes. Alors on a commencé à faire de la soupe!» Laquelle est, depuis, livrée quotidiennement aux deux abris de la protection civile d’octobre à avril. Et pas question de jeter des carottes sérieusement défraîchies: les hôtes du parc animalier de la Bâtie s’en feront un festin. En revanche, certains produits, comme le sel, l’huile ou le vinaigre, sont plus rares: «Parfois, on a les pâtes sans la sauce», sourit Vincent Gall. Une idée à souffler à l’oreille charitable des Genevois qui participent aux Samedis du Partage, deux fois l’an, dans les supermarchés.

Depuis trois ans, la centrale alimentaire développe la collecte des repas préparés, non consommés, des restaurants d’entreprise. «Cette nourriture ne doit pas finir à la poubelle mais profiter à ceux qui ont faim», s’insurge Vincent Gall. Un combat contre le gâchis que le capitaine de Partage compte bien poursuivre de toute son ardeur militante. «J’aimerais avoir les moyens logistiques de mieux récupérer la viande par exemple. Et progresser encore auprès des grands distributeurs. Les gens se précarisent, les besoins augmentent en flèche: on pourrait doubler la mise et écouler près de 2000 tonnes de nourriture par an, facile!» (TDG)

Créé: 04.05.2015, 13h08

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