2005: la Compagnie des Mots inaugure ses cafés littéraires

J'y étaisSa présidente, Doina Bunaciu, ouvre le livre d’or de l’association qui promeut les auteurs romands depuis dix ans.

Doina Bunaciu devant l’arcade de la rue Vautier, à Carouge, où l’histoire de la Compagnie des Mots a commencé.

Doina Bunaciu devant l’arcade de la rue Vautier, à Carouge, où l’histoire de la Compagnie des Mots a commencé. Image: Steeve Iuncker

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Donner la parole à ceux qui la couchent sur le papier. Et leur offrir un dialogue avec les gens qui les lisent. Voilà, depuis sa fondation en 2005, le cadeau que La Compagnie des Mots fait aux écrivains d’ici. En une décennie, l’association a invité plus de deux cents auteurs autochtones à converser avec leurs lecteurs selon le principe du café littéraire. Car les appétits de l’esprit convoquant des faims plus terrestres, la causerie entre gens de plume et bibliophages se prolonge toujours à l’apéro.

A l’origine de cette aventure culturelle, on trouve l’entreprenante Denise Martin. Enseignante de français, journaliste, politicienne portant casaque Verte et poétesse, cette passionnée des mots anime également des ateliers d’écriture depuis vingt-cinq ans. «Elle est pleine d’enthousiasme et de générosité, c’est un personnage, raconte Doina Bunaciu, l’actuelle présidente de La Compagnie des Mots. Elle a créé l’association parce qu’elle s’est rendu compte qu’il n’y avait pas beaucoup d’opportunités pour les Genevois qui écrivent de discuter de leurs ouvrages et du processus de création.»

Petite arcade et échange érudit

Denise décide donc de convoquer faiseurs de livres et public dans la petite arcade de la rue Vautier, à Carouge, où elle tient déjà ses ateliers. Dès 2005, tous les dimanches en fin d’après-midi, un auteur vient y parler de son opus le plus récent à une audience passionnée. L’échange érudit se poursuit autour d’un verre: les cafés littéraires sont lancés.

Que l’invité soit Romand: voilà la règle incontournable qui préside aux rencontres de La Compagnie des Mots. «La production littéraire francophone dépasse largement la France, dont on parle trop, commente Doina. On a ici une scène culturelle très riche, mais trop modeste. La littérature romande doit faire davantage sa place, même en Suisse!» L’un des buts des réunions hebdomadaires est ainsi de donner envie à l’assistance de découvrir l’écrivain, dont on peut acheter l’œuvre sur place.

En 2009, changement de décor et de capitaine. Le publicitaire Etienne Francey assume la présidence du comité et les rencontres se transportent à l’Auberge de la Mère Royaume. «La régie de l’arcade a trouvé un locataire doté de plus de moyens que nous. Mais les quelques années que nous avons passées dans la salle du bistrot de la place Simon-Goulard ont été très sympas!» Et les lieux permettent aussi d’accueillir davantage de monde, La Compagnie des Mots rencontrant toujours plus de succès.

«Notre spécificité est d’ajouter un aspect divertissant au concept du café littéraire.»

Doina Bunaciu, présidente de la Compagnie des Mots

Deux ans plus tard, c’est Serge Bimpage qui reprend les rênes de l’association. Sous l’égide du journaliste, la formule s’étoffe, dépassant la simple lecture d’extraits pour pénétrer dans l’univers de l’auteur, avec un élément théâtral et musical autour de la thématique de l’ouvrage. Les Genevoises Laurence Deonna et Pascale Kramer ont notamment les honneurs d’une soirée nouvelle mouture, désormais mensuelle, le lundi à 18 h 30. «On a voulu soutenir l’ensemble de la scène culturelle romande, en invitant de jeunes musiciens de la région», souligne celle qui a rejoint le comité il y a six ans. Et le comédien Vincent Aubert se charge, avec sa «surprise», de la partie dramaturgique. Un moment drolatique, impertinent, «parfois tellement caustique qu’il a chiffonné certains de nos hôtes», sourit la présidente.

Seul impératif: avoir commis un bouquin

Avec le temps, La Compagnie des Mots sort du cénacle strictement littéraire pour convier un spectre plus large de personnalités: chanteurs, comme Michel Bühler, humoristes, à l’instar de Claude-Inga Barbey, plasticiens, politiciens, historiens ou géographes. «L’an dernier, on a même parlé d’héraldique avec le diplomate et professeur Jorge Oliveira e Sousa, qui avait sorti un essai savant sur le sujet, se souvient Doina. Ça a passionné les foules!» Seul impératif pour avoir droit à un faire-part: avoir commis un bouquin. C’est ainsi que l’hiver dernier, Micheline Calmy-Rey et Antonio Hodgers ont présenté leurs opuscules. «J’ai un souvenir lumineux de ces deux événements, s’enthousiasme la Roumaine d’origine. Je ne connais pas d’autre pays au monde où une ancienne présidente répond à la sollicitation d’une petite association littéraire et mange un bout avec le public après la conversation.»

Il y a deux ans, les réunions regagnent Carouge, accueillies, le premier mardi de chaque mois, par l’Auberge du Cheval-Blanc. A la tête de la société depuis janvier, Doina Bunaciu fourmille d’envies: «J’aimerais inviter Bertil Galland, Jean Starobinski, Georges Steiner. Et je souhaite davantage de collaboration entre les écrivains eux-mêmes: ils viennent volontiers parler de leurs œuvres mais peu pour écouter leurs collègues.» Gagnée par le virus, la sémillante présidente mitonne aussi un ouvrage autobiographique sur l’exil. Et soumettra, le 1er décembre prochain, son prédécesseur, Serge Bimpage, et son nouvel écrit, La peau des grenouilles vertes, au grill de ses questions.

Programme et informations: www.lacompagniedesmots.ch (TDG)

Créé: 13.11.2015, 12h45

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Le Matin et 20 Minutes regroupés
Plus...