1996 Les hôpiclowns pointent leurs nez rouges à l’hôpital

J'y étaisDepuis vingt ans, l’association offre des spectacles en milieu hospitalier. Retour sur sa genèse.

Anne Lanfranchi, dirige l’association Hôpiclowns et entend amener une pointe de désordre dans l’univers hospitalier si poutzé.

Anne Lanfranchi, dirige l’association Hôpiclowns et entend amener une pointe de désordre dans l’univers hospitalier si poutzé. Image: OLIVIER VOGELSANG

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«Amener un peu de désordre dans un milieu qui est, par essence, hiérarchisé, aseptisé, codé et poutzé.» Voilà comment l’amène Anne Lanfranchi, alias Madame Sidonie, résume la mission de l’association genevoise Hôpiclowns qu’elle dirige. La dame est clown. Et pose aimablement pour notre photographe avec un nez rouge posé sur le museau. L’asso, elle, existe depuis pile vingt ans. Deux décennies de spectacles clownesques, pitreries et éclats de rire, pour aider les marmots malades et leurs familles à supporter l’hospitalisation.

Comment cette drôle autant qu’indispensable structure est-elle née? Tout démarre par une conférence aux HUG de la clown Caroline Simonds, fondatrice de Rire Médecin à Paris. Elle raconte son expérience à l’hôpital et marque les esprits. Naît alors un comité regroupant des gens de théâtre et de l’hôpital désireux d’importer le concept de Rire Médecin au bout du lac. Après une audition à Paris et un entretien à Genève, Anne Lanfranchi est embauchée. Forte d’une solide expérience de comédienne, clown et d’éducatrice, elle fait ses premières facéties en milieu hospitalier en janvier 1996. Sa formation va se prolonger des mois durant entre Genève et Paris.

Le punch du duo

«Le projet m’enthousiasmait. Mais l’hôpital me faisait un peu peur. C’est encore le cas. Mais dès que l’on enfile son costume et qu’on se glisse dans son personnage, quelque chose se passe; l’appréhension disparaît», confie-t-elle. Dès le départ, elle sévit en tandem avec Isabelle Chillier, qui devient Madame Serpillette une fois affublée de son nez rouge. «A Hôpiclowns, on fonctionne toujours en duo. La dualité amène des possibilités de jeu: on s’aime, on se déteste, on fait des alliances avec les enfants. Le binôme crée une dynamique, donne du punch.»

Mesdames Serpillette et Sidonie, ainsi que deux autres clowns. Getrude et Tao, démarrent par quatre demi-journées par semaine à l’Hôpital des enfants, en orthopédie, oncologie et médecine générale. «En 1998, Hôpiclowns est devenu indépendant, en s’affranchissant de la houlette de Rire Médecin. Petit à petit, on a augmenté nos effectifs, en intervenant dans d’autres services pédiatriques et structures.» Aujourd’hui, l’équipe de 14 clowns fait ainsi glousser les crinières grises d’EMS ou de l’hôpital de Loëx comme les personnes polyhandicapées au Foyer Clair Bois Pinchat. Et toujours les bambins des HUG, bien sûr.

Pratiquement, les clowns, toujours par paire donc, passent de chambre en chambre, déambulent dans les couloirs, chantent, improvisent jeux, sketches et saynètes. «Les réactions s’avèrent très différentes d’un enfant à l’autre. Certains participent d’emblée; d’autres restent sur la touche tout en s’amusant. On sent illico l’ambiance d’une chambre, s’il y a du bruit ou pas, du désordre, de la douleur… A partir de là, il faut adapter notre jeu.» L’idée demeure de glisser un grain de fantaisie et d’excentricité dans l’immuable train-train hospitalier. Avec la complicité du personnel évidemment. «C’est une des bases éthiques de notre travail que de collaborer étroitement avec les équipes soignantes des structures, de s’imprégner des spécificités de chaque endroit.»

Et les sous? «On vit essentiellement de fonds privés, de dons, et très peu de l’argent public. On a la chance de totaliser 4000 membres. Il faut aller chercher les sous auprès de fondations et entreprises. Une personne de l’association ne s’occupe que de ça. Ça nous va très bien, sauf qu’on ne sait jamais sur quelle enveloppe on peut compter d’une année sur l’autre.»

Et puis, Hôpiclowns ne rêve guère de folle croissance ou d’extension express. Tout doux, les nez rouges. «On a toujours suivi une progression tranquille. La taille de l’équipe nous permet de travailler à notre manière, de bien préparer chaque projet, de continuer à suivre des stages et formations parallèlement à l’hôpital», assure Anne Lanfranchi. «Il existe une fédération européenne des clowns en milieu hospitalier, dans laquelle nous faisons figure de touts petits petits.» La modestie n’interdit pas l’innovation. Pour fêter leurs 20 ans, nos clowns au grand cœur vont ainsi aller amener un peu d’amusette aux migrants du centre d’hébergement collectif d’Anières. Et proposer un spectacle dans chacune des institutions partenaires. En 2016, on se fendra encore la poire à l’hosto. Enfin, parfois.

www.hôpiclowns.ch (TDG)

Créé: 15.01.2016, 17h04

1928: Les Trois Cavallini divertissent les enfants malades

Il y a 88 ans, des clowns se rendaient déjà dans les hôpitaux genevois

1928 La scène se passe à l’Hôpital Gourgas à Genève, dans le courant du mois d’août 1928. Cet établissement est appelé aussi l’Hôpital des enfants malades. Trois clowns du Cirque Knie s’y sont rendus pour divertir les petits pensionnaires. En 1928 déjà, on a compris que le rire a des vertus thérapeutiques.
Ces visiteurs pas comme les autres sont les fameux Cavallini, trois comiques italiens qui participent régulièrement au programme Knie. Il y a Emilio, le père, et ses fils Roberto et Rodolfo. Ce dernier continuera longtemps à travailler pour le Cirque National Suisse, avant de s’éteindre en 1949 à Genève, où ses obsèques ont lieu en présence de tous les artistes de la tournée. Une dizaine d’années plus tôt, le nom des clowns Cavallini est apparu avec d’autres dans la liste des artistes du cirque ayant des sympathies nazies ou fascistes. Cette liste a été dressée pendant la Seconde Guerre mondiale par un informateur du Conseil fédéral qui suit la tournée des Knie.

Des sympathies fascistes

En 1939, sur 150 employés du cirque, 112 sont des étrangers de différentes nationalités. Les Cavallini étant Italiens, leurs propos plutôt favorables au régime fasciste sont rapportés et commentés. Mais cela ne va pas plus loin. La police helvétique s’intéresse de bien plus près aux Allemands de la troupe, particulièrement aux Crocker, des montreurs d’ours qui pourraient être aussi des espions, et à Elsa Riesler, une fille de cuisine «fanatique du Führer».
Quand les Cavallini se rendent au chevet des petits malades de Genève, il n’est pas encore question de tout cela. Emilio, Roberto et Rodolfo Cavallini sont des clowns internationalement connus, qui n’affichent pas leurs opinions politiques en public. Ils sont là pour amuser la galerie, et principalement les enfants, comme cet après-midi d’août 1928 à la rue Gourgas, à Plainpalais. L’Hôpital pour enfants qui s’y trouve depuis 1869 est l’un des quatre principaux établissements de santé nés de l’initiative privée au cours du XIXe siècle à Genève.

Des clowns chez les diaconesses

Le plus ancien, fondé en 1859, est l’Hôpital Butini, situé à l’angle du boulevard du Pont-d’Arve et de l’avenue Henry-Dunant. Les deux autres se trouvent aux Pâquis: l’Hôpital ophtalmique (comme on disait alors), financé par la famille Rothschild, et l’Infirmerie du Prieuré. Tous les quatre ont été fondés en réaction à la création de l’Hôpital cantonal par le gouvernement radical en 1856.
Spécialisé dans la pédiatrie, l’Hôpital Gourgas est une clinique privée renommée, dont le personnel soignant est principalement composé de diaconesses de la communauté vaudoise de Saint-Loup. On imagine ces infirmières protestantes coiffées de leur bonnet caractéristique, applaudissant les clowns Cavalli sous la fresque d’Eric Hermès qui orne leur établissement depuis 1908.
En 1909, l’Hôpital Gourgas accueille environ 600 patients. Dans les années 30, on en compte plus d’un millier. Ils ne sont pas les seuls à Genève à bénéficier de la visite des clowns du cirque. Pendant ce même été 1928, les frères Cavallini se rendent aussi à l’Hôpital cantonal.
En septembre 1932, les clowns italiens sont toujours au programme de la tournée Knie. Cette fois-ci, des invitations sont lancées aux institutions susceptibles de fournir des spectateurs valides. L’Hôpital des enfants malades est sur la liste, ainsi que plusieurs asiles et orphelinats. A cette époque, l’un des clowns de la troupe est Frédéric Knie lui-même, le grand-père du Frédy Knie actuel.
Benjamin Chaix

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