1995: La Fondation Hirondelle prend son envol

J'y étaisDepuis 20 ans, une ONG mène une drôle de mission humanitaire: informer en zone de guerre.

Jean-Marie Etter, président et cofondateur de l’ONG à plumes.

Jean-Marie Etter, président et cofondateur de l’ONG à plumes. Image: Phillipe Maeder

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L’hirondelle ne fait peut-être pas le printemps, mais dans les zones de conflit, elle joue un rôle essentiel: propager l’information juste, celle qui n’est pas dictée par un groupe armé ou soufflée par un dictateur. Depuis vingt ans, le fragile volatile est le symbole de l’ONG du même nom, la Fondation Hirondelle, qui vise à créer ou soutenir des radios d’information dans des régions du monde frappées par la guerre. Partout où le média ailé installe son nid, l’engouement populaire est immédiat: correctement informés, sans attiser les tensions, sans appel à la haine, les habitants reprennent peu à peu le pouvoir et la paix se maintient.

Derrière la formidable renommée du petit totem à plumes, on trouve son président, Jean-Marie Etter, journaliste radio à la scène et humaniste convaincu à la ville. En 1995, avec ses collègues reporters Philippe Dahinden et François Gross, il met sur pattes la pépiante institution pour l’envoyer au chevet de la population rwandaise, brisée par le génocide. «Philippe Dahinden revenait justement du Rwanda, abattu, déprimé par ce qu’il avait vu, explique le président de la fondation. Il pensait abandonner le métier, démoralisé par son impuissance. La presse internationale avait mis du temps à réagir, les médias rwandais quant à eux ont joué un rôle dans le génocide. Nous nous sommes dit qu’un journalisme dépourvu de subjectivité et attaché à la rigueur factuelle ne pouvait qu’être utile.» Sans le savoir, les trois compères sont sur le point d’inventer un tout nouveau type de mission humanitaire.

Leur idée? Ressusciter Radio Agatashya («Radio Hirondelle»), lancée par Reporters sans frontières après le génocide en 1994. Ça tombe bien: ces enragés de l’info juste sont issus du monde de la radio. «Il faut savoir que dans ces régions en crise, l’impression et la diffusion de journaux papiers, ou encore l’accès à un poste de télévision sont extrêmement difficiles. C’est la radiodiffusion qui reste le moyen d’information le plus populaire puisqu’il reste le plus facile à trouver.» Mais pour émettre, encore faut-il qu’une autorité accorde une concession au trio suisse. Difficile, voire impossible, de trouver un interlocuteur dans un contexte politique troublé. L’équipe se retrouve donc à la frontière de l’ex-Zaïre, à Bukavu. L’audience est quasi immédiate, d’autant plus que la radio émet essentiellement en kinyarwanda. «A l’époque, il n’y avait pas encore d’enjeux réels autour de l’information, se souvient Jean-Marie Etter, mais tout va se cristalliser autour de notre demande d’installer une radio à Kigali.»

Mais Radio Agatashya doit cesser ses émissions en 1996, après que des troupes banyamulenges s’approprient une partie du matériel. Peu importe, la graine a germé. «Nous nous sommes rendu compte du rôle clef que la question de la gestion de l’information pose. Nous avons aussi appris que l’on trouve partout de bons journalistes autogénérés. Il s’agit de citoyens qui constatent sur le terrain, au jour le jour, que ce qu’ils entendent à la radio d’Etat est faux, ils veulent simplement rétablir la vérité. C’est là où nous pouvons les aider. Nous formons les journalistes sur place, créons des rédactions plurielles, instaurons une charte rédactionnelle précise, dénichons des locaux, finançons le matériel…»

Forte de son succès rwandais, la fondation essaime. Sollicitée par des journalistes locaux ou des ONG, l’hirondelle nidifie au Tribunal pénal international pour le Rwanda, à Arusha, et pond l’agence de presse Hirondelle News. «Nous sommes convaincus que le fait de rendre justice prend son sens dans la mesure où les populations concernées – qu’il s’agisse des victimes ou des bourreaux – en sont informées. C’est seulement à partir de ce moment-là qu’un travail de deuil peut avoir lieu», estime encore le journaliste. Toutefois, l’Hirondelle ne s’arrête pas en plein vol et poursuit sa route. En 1997, au Liberia, naît Star Radio. «Charles Taylor a fini par nous mettre dehors en 2000, mais Star Radio a été un succès phénoménal, populaire parce que symbolique. D’ailleurs, le jour de la fermeture par intervention armée, les journaux locaux sont parus avec des bandeaux noirs en signe de deuil. Il se murmure que Taylor redoutait un soulèvement populaire et qu’il a laissé ses milices en faction dans la ville au cas où.»

Kosovo, Tunisie, Côte d’Ivoire, Mali… partout où l’oiseau vient jouer de la voix, le succès est au rendez-vous. Si les Etats et plus largement les Nations Unies sont convaincus du bien fondé de cette mission humanitaire, il reste à convaincre le grand public, qui peine toujours à passer le cap du don. Le petit oiseau a été invité à s’installer à Paléo pour gazouiller aux oreilles mélomanes du 20 au 26 juillet.

Créé: 07.06.2015, 16h28

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