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1980: Naissance de l’Aspic, future Pro Velo Ge

Alors que la voiture faisait la loi, une poignée de cyclistes a décidé de changer les règles...

La piste cyclable qui longe l’Arve fait la fierté de Corinne Goehner-Da Cruz: «c’est l’une des plus agréable de Genève, une réussite!»
La piste cyclable qui longe l’Arve fait la fierté de Corinne Goehner-Da Cruz: «c’est l’une des plus agréable de Genève, une réussite!»
Laurent Guiraud

Tout a commencé par un coup de volant hasardeux. En 1979, Corinne Goehner-Da Cruz revient à peine d’Amsterdam, ville reine de la petite reine, encore tout émerveillée par l’ambiance et les aménagements cyclables de la Venise du Nord. Et bam! Tandis qu’elle flâne dans Genève, des souvenirs plein la tête, un chauffard lui roule malencontreusement sur le pied. Choc. Colère. Elle prend conscience de l’écart de mentalité qui sépare les deux villes. La chose est entendue: Genève doit se réconcilier avec la mobilité douce, qui sait si bien faire rayonner Amsterdam. «Il faut se replacer dans le contexte, précise-t-elle. A l’époque, les milieux de l’automobile étaient largement majoritaires, la voiture avait les pleins pouvoirs. Les cyclistes étaient les pauvres, les nuls, on n’en voulait pas. Lorsque l’on a déposé une pétition pour obtenir des pistes cyclables sécurisées, on nous a rétorqué: «Et pourquoi pas des pistes pour patins à roulettes!» En revanche, le soutien populaire était énorme.» D’ailleurs la fameuse pétition de 1979 ne récolte pas moins de 15 000 signatures. Un succès qui pousse la jeune femme à fonder, avec une poignée d’enragés du biclou, l’Aspic, l’Association pour des pistes cyclables, dont elle devient présidente.

Festif et coloré

Et il y a du boulot. Rien qu’à la rue de l’Ecole-de-Médecine, sorte «d’autoroute de transit» à ses yeux. «Ce sont vraiment de bons souvenirs d’activisme. Nous étions dynamiques, festifs, on allait à la rencontre des gens, on organisait des tas d’actions souvent humoristiques…» La toute première manifestation d’envergure va largement contribuer à faire connaître l’Aspic: la Journée nationale du vélo vient animer le premier samedi du mois de juin 1980. «Nous nous sommes calqués sur ce qui se faisait déjà en Suisse alémanique, mais il n’existait rien de tel à Genève. Je me souviens qu’on allait à la rencontre des automobilistes pour leur distribuer des tracts. Ça a été merveilleusement bien accueilli. Les gens ont trouvé ça folklorique, bon enfant, sympathique, joyeux, coloré… Un véritable succès.» Imaginez, à l’époque, un groupe de 2000 cyclistes surmotivés qui part des Vernets pour rejoindre le centre-ville, empruntant pour l’occasion un parcours stratégique censé incarner le criant besoin de tronçons sécurisés pour les vélos… Bref, la Critical Mass avant l’heure.

Mais la dure réalité vient rapidement éteindre les sourires et renforcer l’implication des bénévoles: une assistante de l’Université, membre de l’association, décède, fauchée par un automobiliste alcoolique récidiviste sur l’avenue du Mail. «Cet accident mortel a été le premier d’une longue série, ce qui nous a poussés à organiser d’autres manifestations. Nous partions par exemple tous ensemble des lieux des accidents pour rejoindre l’Hôtel de Ville. Et nous nous sommes beaucoup investis dans la lutte conter l’alcool au volant.»

La petite graine des vélos roses

Ces efforts finissent par payer et les premiers aménagements voient le jour: piste du quai Wilson, de l’avenue d’Aïre ou de l’avenue de France: «En 1982, on a gagné le pont des Bergues, une artère désormais réservée exclusivement aux piétons et aux cyclistes. Une belle victoire!» Le groupe collabore avec d’autres associations – comme l’ATE, l’Association transport et environnement, ou l’Union des piétons – pour obtenir une amélioration des aménagements pour piétons et des transports publics. Tout s’accélère à partir de 1985: l’initiative qui réclame dix itinéraires cyclables continus en ville de Genève d’ici à l’année 1990 récolte 11 322 signatures. Un an après, l’opération «Vélos Roses» est lancée. «Avec le Groupe de liaison des Associations jeunesse, nous avons appelé les Genevois à faire don des vieux vélos qui dormaient au fond de leur cave. Nous avons ensuite mandaté les usagers du Centre social de l’Orangerie pour les retaper et les peindre en rose. Au début du mois de juin, 130 bécanes de couleur rose et 300 vélos en musique sont partis des Vernets en direction du pont des Bergues. On a aligné les engins avant de les baptiser par un lâcher de ballons roses. Ensuite, chacun était invité à enfourcher un engin, puis de le laisser quelque part en ville, en libre-service pour pouvoir le laisser ensuite à quelqu’un d’autre.» L’idée est belle, émeut la presse internationale, mais sera finalement annihilée par le vandalisme. Mais de cette petite graine naîtra finalement une jolie fleur: Genève Roule. Entre-temps, l’irrévérencieux petit serpent se met à l’heure helvétique et prend le nom de Pro Velo Ge. Mais le combat continue: «Nous sommes toujours les mal-aimés de l’aménagement, la preuve avec l’initiative 144 qui tarde à se réaliser. Dès que les routes deviennent trop étroites, ce sont encore trop souvent les pistes cyclables qui trinquent…»

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