1919: La librairie Payot ouvre à la place du Molard

Notre histoireL’entreprise a commencé à Lausanne mais sa présence à Genève est centenaire.

La première boutique Payot à Genève, de 1919 à 1928, à l’emplacement actuel du magasin Zara.

La première boutique Payot à Genève, de 1919 à 1928, à l’emplacement actuel du magasin Zara. Image: Bibliothèque de Genève

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En 1884, dans un canton de Genève comptant près de 100 000 habitants, les librairies sont nombreuses. Une annonce parue dans le «Journal de Genève» en témoigne. Les personnes désireuses de se procurer le programme d’une soirée donnée aux Amis de l’Instruction peuvent le demander aux «librairies Cherbuliez, Georg, Sandoz, Bernet et Stapelmohr, Burckhardt, Richard et aux Amis de l’Instruction». La librairie Burckhardt nous intéresse particulièrement, puisqu’elle deviendra en 1919 la première boutique Payot & Cie à Genève.

Burckhardt a son arcade à la place du Molard, à l’ombre de la tour médiévale, seul vestige du bâtiment qui fermait la place côté lac. L’entreprise vaudoise qui prend la suite de ce commerce fait remonter ses origines jusqu’en 1850. Elle s’appelait en ce temps-là la librairie Chavannes, puis Imer, au 1, rue de Bourg, à Lausanne.

Après une première association avec les éditeurs Blanc et Lebet, Arthur Imer travaille dès 1875 avec Fritz Payot, un jeune instituteur originaire de Corcelles-près-Concise (VD), qui devient son associé en 1877. Le commerce prend le nom de Librairie A. Imer et Fritz Payot, puis en 1886 de Librairie F. Payot & Cie, après le départ d’Arthur Imer.

L’éditeur romand par excellence

Ce dernier, «homme d’une grande bonté et d’une grande amabilité, esprit curieux et cultivé», connaît une triste fin en 1902, à seulement 57 ans. Peu après l’accident mortel subi par son fils au Pas d’Encel, en Valais, le libraire meurt à son tour, nous apprend la «Gazette de Lausanne», «succombant à la douleur où l’avait plongé, depuis quelques semaines, la perte de son fils.»

Fritz Payot a lui aussi quitté ce monde brusquement, frappé par une attaque d’apoplexie alors qu’il séjournait en août 1900 à Chesières. Premier Payot libraire et éditeur – cela va volontiers de pair à l’époque – il a droit à un bel éloge: «Il était l’éditeur romand par excellence. Parmi nos écrivains nationaux, il en est peu qui n’aient lié commerce avec lui.»

Heureusement pour le commerce, le défunt laisse sept garçons, dont quatre s’occuperont de librairie et d’édition, et deux filles. Sous la direction de l’aîné, Samuel Payot, en collaboration avec ses frères Gustave, Fritz et Henri, l’entreprise commence à essaimer hors de Lausanne. Devenue en 1908 société en commandite sous la raison sociale Payot & Cie, elle reprend en 1918 les librairies Schlesinger à Vevey et Montreux, et rachète la librairie Burckhardt à Genève, qui devient Payot en 1919. Berne et Neuchâtel voient fleurir la même enseigne en 1921 et 1923, année de la transformation de la société en commandite et société anonyme sous le nom de Librairie Payot & Cie SA.

L’incendie de 1928

Payot occupe l’arcade anciennement Burckhardt au Molard jusqu’en 1928. Le 20 janvier de cette année-là, un incendie détruit entièrement la librairie. Provoqué probablement par un court-circuit, le feu a pris dans le plafond du magasin, qui s’est effondré en enflammant l’intérieur de l’arcade. La vitrine a explosé sous la chaleur et l’étage supérieur, occupé par la Banque hypothécaire, s’est rempli de fumée et de flammes vite maîtrisées par les pompiers, arrivés juste à temps.

Payot déménage d’abord dans le passage du Terraillet jusqu’à l’été 1928, puis au 40, rue du Marché, dans l’ancienne Maison Bonnet, qui fait face à la place du Molard. L’enseigne s’y installe au mois d’août, dans les locaux de la vénérable librairie Eggimann, qu’elle vient de racheter. Payot restera là jusqu’en 1969. Entre-temps, une autre boutique a ouvert sur la Rive droite, au 6, rue De-Grenus. De 1963 à 1974, Payot & Cie a également une antenne au Palais des Nations. Elle porte le nom de Librairie internationale.

Créé: 02.11.2019, 16h28

Librairies anciennes

À Genève, tout le monde connaît Payot, désormais présent à la fois dans
les Rues-Basses et à Cornavin.

Ce n’est pas pour autant la plus ancienne librairie de la place. Jullien, au Bourg-de-Four, détient le record de longévité. Cette entreprise familiale a été fondée en 1839 par Élisabeth Favre, femme d’Alexandre Jullien, artisan monteur de boîtes de montres, descendant d’un réfugié huguenot venu de la région de Sisteron. Élisabeth Jullien exploitait son commerce de livres en même temps qu’une mercerie. Ses fils Louis, qui vendait aussi du vin, et John gardèrent les livres.

À la génération suivante, ce furent un nouvel Alexandre et un nouveau John qui s’occupèrent de la librairie et de la maison d’édition qui allait désormais avec. John acquit en 1922 l’immeuble où se trouve aujourd’hui encore le magasin. Il fut le père d’Alexandre, libraire de 1928 à 1986, dont la fille Anne Jullien Junod tient toujours boutique en 2019, avec son fils Olivier Junod, au 32, place
du Bourg-de-Four.

Slatkine est une maison centenaire depuis l’an dernier. Venu à Genève en 1909 avec sa famille de Rostov-sur-le-Don, en Russie, par Berlin et Zurich, Mendel Slatkine lance l’affaire en 1918, au 5, rue des Chaudronniers. Un siècle plus tard, on y sert des cafés, le groupe Slatkine ayant sa base à Chavannes-des-Bois (VD).

Une autre librairie emblématique est Georg, maison fondée en 1857 au 21, rue de la Corraterie, par le Bâlois Henri Georg-Neukirch. Son commerce se double d’une activité d’édition dans le domaine universitaire. D’ailleurs, Georg prend dès 1874 le titre honorifique de «Librairie de l’Université». Si la librairie n’existe plus, le nom de Georg est toujours porté par les éditions du même nom, qui font partie du groupe Médecine et Hygiène.

En 2011, c’est la librairie Descombes, sise au 6, rue du Vieux-Collège, qui disparaît après de nombreuses années d’existence. Avant d’être Descombes en 1943, elle était Jeheber et plus anciennement Béroud & Jeheber. Quant à Prior, au 9, rue de la Cité, on se souvient des méandres inépuisables de sa boutique de livres d’occasion.

B.CH.

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