1898 La tour de l’Île a échappé à la démolition

Notre histoireSauvé par un vote populaire, l’édifice médiéval sortira grandi de cette épreuve.

En haut: la place Bel-Air et la tour de l’Île, plus basse qu’aujourd’hui, à la fin du XVIIIe siècle. En bas à gauche: la tour de l’Île en sursis, avant la construction des immeubles contigus. En bas à droite: une pierre romaine trouvée dans ses fondations en 1898. Image: BIBLIOTHÈQUE DE GENÊVE

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La lutte contre les démolitions ne date pas d’aujourd’hui. Le groupe Facebook «Contre l’enlaidissement de Genève», actif aussi dans la rue, a des antécédents au XIXe siècle. À cette époque, la pioche du démolisseur ne chômait pas. On avait déjà beaucoup détruit et on aurait continué joyeusement si certains Genevois ne s’étaient pas interposés. Comme toujours, ce furent les abus qui déclenchèrent la mobilisation.

Un exemple à ne pas suivre

La tour Maîtresse, ronde et peu élevée, était tombée au moment de la création du nouveau quartier de Rive. Pour de nombreux Genevois, le sacrifice de ce vestige intéressant de la Genève médiévale était une erreur à ne pas reproduire. En 1897, la tour de l’Île était promise au même sort. Les parcelles mitoyennes allaient être rebâties et le gabarit des nouveaux immeubles écrasait la vieille tour. Ces transformations, prévues sur l’Île, rendaient le malheureux monument tout à fait indésirable.

Pourtant, la tour de l’Île était – et est toujours – la dernière trace du château qui commandait l’entrée de Genève sur le Rhône. Il ne faut pas s’imaginer un castel romantique hérissé de tours. Il n’en possédait qu’une, du côté de la ville. Derrière elle s’élevait un quadrilatère de murailles coiffées d’un chemin de ronde et de tourelles en bois. À l’intérieur de ces murs se trouvait un logis.

Huit siècles nous contemplent

Le château de l’Île avait été construit peu avant 1219, sur ordre d’un Vaudois, Aymon de Grandson, évêque de Genève de 1215 à 1260. Cette datation nous permet d’attribuer en 2018 le bel âge de 800 ans à la tour de l’Île. Certains matériaux qui avaient servi à la construire étaient très anciens. Comme le relève l’archéologue Louis Blondel dans Châteaux de l’ancien diocèse de Genève (1956) , les fondations de la tour «se composent de blocs de roche, dont plusieurs proviennent de monuments romains. Ceci ne nous étonne pas, car nous savons que l’évêque Aymon de Grandson, qui fit construire la tour, fut accusé d’avoir fait démolir d’anciens murs de la ville (probablement une partie de l’enceinte romaine) afin d’utiliser les matériaux pour cette construction.»

Ainsi des défenseurs du patrimoine bâti existaient-ils déjà au Moyen Âge! Ces pierres romaines furent mises au jour lors des travaux du printemps 1898 (voir photo). Côté lac, les murs du château donnaient sur un fossé communiquant avec le Rhône, qui formait un port pour les bateaux du châtelain. Ce dernier était le représentant temporel de l’évêque, lui-même logé dans son palais épiscopal, sur la colline de Saint-Pierre.

Le château des vidomnes

On appelait cet important personnage le vidomne. Une charge convoitée par le comte de Savoie, qui l’obtint après avoir fait le siège du bâtiment en 1287. Le château occupait à lui seul un îlot situé entre la petite île (qui se termine aujourd’hui par les Halles) et la grande île (commandée de nos jours par la BCGE). Le démantèlement du château commença en 1530. Ses pierres furent réemployées dans les remparts de Saint-Gervais. Sa destruction se poursuivit au cours du XVIIe siècle et seule la tour en réchappa.

(TDG)

Créé: 03.03.2018, 12h57

Une tour qui dit l’heure

Si la tour de l’Île échappa à la démolition du château des vidomnes de Genève, au XVIe siècle, ce fut probablement parce qu’elle servait de prison et de beffroi. Pourvue d’une horloge, et même de trois au milieu du XIXe siècle, et d’un clocher, la tour était très utile pour cette raison. Elle abritait aussi entre ses murs épais de terribles cachots, qui avaient accueilli des prisonniers célèbres. L’un d’eux, Philibert Berthelier, a sa statue devant la tour depuis 1909. C’est exactement là que ce patriote genevois fut mis à mort le 23 août 1519, sur l’ordre de l’évêque, un bâtard de la maison de Savoie à la botte du duc Charles III.
Les trois cadrans de la tour de l’Île s’étaient révélés nécessaires dès le mois de mars 1858, quand la ligne de chemin de fer Genève-Lyon fut mise en service, suivie en avril par la ligne Genève-Lausanne. Il fallait désormais tenir compte de trois heures différentes: celle de Genève (réglée sur celle de l’Observatoire), celle de Berne (qui dépendait de l’Observatoire de Neuchâtel) et celle de Paris, qui était la même pour tout le réseau ferré géré par la Compagnie PLM.
La tour de l’Île remplit son rôle de marque-temps aussi grâce au soleil. Elle accueille depuis le XVIIIe siècle, à droite de sa façade sur la place Bel-Air, une méridienne. Il ne s’agit pas d’un canapé mais d’une installation permettant de repérer l’instant précis du midi solaire. Celle qui fut mise là après la rénovation de 1898 est encore en place.
Le sauvetage et la restauration de la tour furent obtenus grâce à une récolte de signatures commencée le 22 février 1897, puis à un vote populaire organisé le 19 décembre de la même année.
À propos des travaux de 1898, Louis Blondel indique: «Au lendemain de la votation référendaire du 19 décembre 1897 qui décidait sa conservation, elle fut réparée et surtout transformée. On lui accola un immeuble de style déplorable et même on dut la relever d’un étage pour qu’elle ne parût pas écrasée par les constructions voisines.» (Voir (La tour et le château de l’Île, revue Genava XV, 1937)
B.CH.



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