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1892 Les Genevois montent au Salève en train

Un livre très documenté conte l’histoire du chemin de fer disparu en 1935

Panorama tiré du dépliant de 1899 (collection Brand).
Panorama tiré du dépliant de 1899 (collection Brand).

Il n’aura existé que de 1892 à 1935, mais quel souvenir ineffaçable il a laissé. Le chemin de fer électrique à crémaillère du Salève fait partie de la légende dorée de la «montagne des Genevois». On l’évoque en se promenant aux alentours de son terminus, la gare des Treize-Arbres. Les promeneurs passés par le tunnel de la ligne Veyrier-Monnetier y hurlent pour réveiller l’écho du lieu. D’autres suivent le ballast de l’ancienne voie ferrée à travers bois jusqu’aux Treize-Arbres. Une fois l’an, ces randonneurs-là sont les membres de la société d’histoire régionale La Salévienne, basée à Saint-Julien-en-Genevois.

«Même s’il habite en région parisienne, Gérard Lepère fait chaque année cette marche avec nous», témoigne Dominique Ernst, qui signe avec l’ingénieur français le beau livre «Le Salève et son chemin de fer à crémaillère», publié cet hiver par La Salévienne. «Lepère est le grand spécialiste de ce train, un passionné qui ne revient jamais de notre balade annuelle sans un boulon ou quelque autre vestige du chemin de fer trouvé sur la voie.»

Le rôle de Dominique Ernst, lui aussi membre de La Salévienne, a été de donner forme au livre, à partir de l’importante matière réunie par Gérard Lepère au fil des décennies. «Il a consulté quantité de gens aujourd’hui décédés, qui lui ont confié souvenirs et documents concernant l’exploitation du chemin de fer. Il a tout vérifié. Chaque anecdote est replacée dans son contexte, chaque photographie légendée avec soin. Pour ma part, j’ai structuré le tout et ajouté des chapitres plus généraux, comme ceux sur le tourisme au Salève, sur les hôtels et les restaurants, sur les ânes de Monnetier.»

Un système très dangereux

Le résultat est impressionnant. Après un premier chapitre qui résume brièvement l’histoire du chemin de fer disparu, tous les aspects de cette entreprise sont détaillés et illustrés. «Le lecteur paresseux se renseigne en trois pages sur les quarante-trois ans d’existence du funiculaire, après quoi il peut feuilleter le volume à sa guise, approfondissant un sujet ou un autre en toute liberté», propose Dominique Ernst. Quels sont les aspects nouveaux sur lesquels ce livre apporte des renseignements? «Peu de gens savent qu’avant la création du train, inauguré en 1892, trois autres projets ont été abandonnés, dont deux avec des locomotives à vapeur», répond Dominique Ernst. «Le plus étonnant des trois est un funiculaire hydraulique comme celui en service depuis 1899 à Fribourg. Grâce au poids de l’eau, il devait relier le Pas-de-l’Échelle au bout du vallon de Monnetier côté Genève. Un autre projet, à vapeur celui-là, partait de Collonges-sous-Salève pour arriver au sommet des Pitons. Il aurait rejoint ensuite les Treize-Arbres en suivant la crête de la montagne.»

Le seul chemin de fer qui a été réalisé fonctionnait à l’électricité. Mais celle-ci ne passait pas par des câbles aériens, elle circulait au sol, au milieu de la voie ferrée. «C’était très dangereux. Malgré les barrières et les consignes de sécurité, il y eut des accidents», rappelle Dominique Ernst. «Le dernier se produisit après l’annonce de l’arrêt de l’exploitation de la ligne, pendant l’été 1936. Un jeune de 14 ans qui allait cueillir des cyclamens s’assit sur la voie et mourut électrocuté par 500 volts. Il ignorait que le courant avait été rétabli provisoirement, le temps de permettre l’évacuation par le chemin de fer de ses éléments déjà démontés. Deux autres accidents mortels étaient survenus en 1934 et quelques-uns moins graves dès 1900.»

Une autre curiosité révélée par les recherches de Lepère et Ernst est l’existence d’un jardin botanique au sommet du Salève. «Cette réalisation fut éphémère car elle précéda de peu le début de la Grande Guerre, qui mit un frein à la fréquentation de ces lieux par les Genevois», explique Dominique Ernst. «C’est à Henri Correvon que la Société du chemin de fer fit appel en 1913 pour concevoir ce jardin qu’elle espérait voir prospérer à proximité de la gare des Treize-Arbres. Correvon était un spécialiste suisse des jardins alpins, qui avait très bien réussi celui de l’Exposition nationale suisse de Genève en 1896. «Florarina» devait être la prolongation salévienne de «Floraire», un espace que Correvon avait créé à Chêne-Bourg, et qui existe toujours.»

La Première Guerre mondiale fut fatale au jardin botanique et porta un coup sérieux à la Société du chemin de fer du Salève. Après le conflit, d’autres moyens de locomotion supplantèrent le train à crémaillère: l’automobile et, dès 1932, le téléphérique!

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