1891 Une poignée de pionnières fonde l’Union des femmes

Chronique historiqueA Genève comme ailleurs, les femmes ont creusé longtemps le sillon au fond duquel la reconnaissance de leurs droits a fini par germer et se développer.

Marie Brechbühl (1856-1933), pédagogue et membre de l'Union des femmes.

Marie Brechbühl (1856-1933), pédagogue et membre de l'Union des femmes. Image: DR

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A Genève comme ailleurs, les femmes ont creusé longtemps le sillon au fond duquel la reconnaissance de leurs droits a fini par germer et se développer. Celles qui œuvraient au changement des mentalités – aussi bien masculines que féminines – n’étaient pas toutes des suffragettes risque-tout, comme les vieux films d’actualité nous les montrent. La cause des femmes a pu compter aussi sur l’action moins combative, mais tout aussi importante, des associations féminines, grande nouveauté de la seconde moitié du XIXe siècle. L’Union des femmes de Genève s’inscrit dans ce mouvement novateur.

Lancée sans tapage en 1891 dans l’atelier d’une artiste peintre genevoise, Madame Choisy-Crot, cette association pionnière ne pouvait avoir qu’un modèle américain. C’est celui de l’Union des femmes de Boston, née en 1877 sous l’impulsion de la doctoresse Harriet Clisby. Cette Anglaise élevée en Australie symbolise la volonté d’une femme de tracer sa voie en dépit des embûches de la société de son temps. Sa vocation de médecin naît pendant sa prime jeunesse dans la ville d’Adélaïde. Aucune possibilité d’étudier la médecine n’existe en Australie, ni même en Angleterre, où Harriet Clisby se rend dans ce but.

On lui conseille de s’embarquer pour les Etats-Unis, seule région du monde où elle pourrait devenir médecin. Elle s’inscrit au New York Medical College, fondé par Clemence Lozier, une femme médecin et militante pour le suffrage féminin, née en 1813. Elle y obtient son diplôme en 1865, «en dépit de la violente et systématique opposition des étudiants et de quelques docteurs», écrira-t-elle bien plus tard. Etablie comme médecin à Boston, la doctoresse Clisby mise sur la nécessaire solidarité entre les femmes, lorsqu’elle fonde en 1877 l’Educational and Industrial Women’s Union. En 1885, elle retourne en Europe et s’installe quelques années à Genève «où je présidais aux débuts de l’Union des femmes», témoigne-t-elle. Plus tard, Harriet Clisby se fixe définitivement à Londres, où elle vivra jusqu’à l’âge de 100 ans. Ceci expliquant peut-être cela, la doctoresse était depuis son enfance australienne une adepte du végétarisme.

Les buts de l’Union des femmes de Genève sont inscrits dans ses statuts: «Développer l’esprit de solidarité entre les femmes de tous les milieux; créer un centre de ralliement pour tous les efforts qui se font dans l’intérêt de la femme; l’Union n’a aucune couleur politique ou religieuse.» A noter que les Genevoises qui s’engagent les premières dans ce projet sont des artistes. Outre Madame Choisy-Crot, dans l’atelier de laquelle ont lieu les premières séances, il y a Madame Cuénod-Lombard, peintre et fondatrice des Eclaireuses genevoises, et Madame Gillet, professeur à l’Ecole des beaux-arts. Ces dames s’affirment comme des femmes indépendantes, ayant une occupation professionnelle autonome. On compte aussi au nombre des premiers membres de l’Union des femmes la pédagogue Marie Brechbühl, fondatrice en 1875 de l’Ecole Brechbühl.

«Elles firent acte de foi et de confiance malgré les critiques qui ne manquaient pas; on les traita de mômières, d’énergumènes, de pétroleuses…» relève Valérie Chenevard lors du 80e anniversaire de l’association. L’un de leurs premiers combats, qui durera sept ans, sera pour obtenir l’hospitalisation des femmes incurables. Jusque-là, on n’hospitalisait que les hommes, ces dames n’ayant qu’à rester dans leur famille!

(TDG)

Créé: 09.03.2015, 18h47

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