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1884: Gustave Revilliod ouvre son musée à Varembé

Mais qui était le mécène de l’Ariana? Un livre répond à cette question en détail.

le Musée Ariana avant la construction du Palais des Nations.
le Musée Ariana avant la construction du Palais des Nations.
BIBLIOTHÈQUE DE GENÈVE

Un an après le 200e anniversaire de la naissance de son mécène, le Musée Ariana lui consacre un livre et une exposition. Une heureuse et passionnante manière de faire revivre le souvenir de Gustave Revilliod (1817-1890), auquel le qualificatif d’«homme ouvert au monde» sert de passeport pour le XXIe siècle. L’ouvrage collectif qui vient de paraître sous ce titre répond à toutes les questions qu’on peut se poser sur le fondateur et le donateur de l’institution devenue le Musée suisse de la céramique et du verre. Une trentaine de spécialistes y ont participé, éclairant le personnage du mécène et décrivant ses collections très variées, aujourd’hui réparties dans plusieurs institutions de la Ville de Genève.

Gustave Revilliod est né le 8 avril 1817, deux ans après l’union de Genève à la Confédération helvétique. La ville de son enfance, ceinte de remparts, n’a pas grand-chose de commun avec celle qu’il fréquentera pendant les dernières années de sa vie. Seul son cher Varembé semble immuable, en dépit de la proximité du chemin de fer et l’avancée de la ville en direction de Sécheron. Son propriétaire va ouvrir cette vieille terre familiale aux visiteurs citadins, en y faisant bâtir, dès 1877, le plus somptueux musée de Genève, avant l’inauguration du Musée d’art et d’histoire (MAH) en 1910. Le fils de deux cousins germains

L’Ariana ouvre en 1884. Le nouveau lieu rend hommage à la mère du fondateur, Ariane De la Rive, disparue en 1876. Comme l’explique Barbara Roth-Lochner dans son chapitre «Gustave Revilliod, sa famille, sa fortune», le mécène doit son aisance financière à ses deux grands-mères. Elles étaient sœurs et dépositaires d’un fabuleux héritage Rilliet-Plantamour, amassé grâce au négoce et à la banque. L’une fut la mère de Philippe Revilliod et l’autre celle d’Ariane De la Rive. Le mariage de ces deux cousins germains – les parents de Gustave – permit aux millions Rilliet de rester groupés.

Ce patrimoine est aussi immobilier. Le premier «musée» de Gustave Revilliod se trouvait dans l’immeuble familial, au 12, rue de l’Hôtel-de-Ville. C’est là que le rentier devenu collectionneur entasse ses trouvailles et les montre aux visiteurs. L’ébauche des collections pour lesquelles il fera bâtir l’Ariana envahit les étages de cette maison qu’habite Revilliod. On y voit un peu de tout, comme plus tard à Varembé, quand la place viendra à manquer en ville. Le chapitre III du livre récemment paru est consacré à ces collections. À côté de la céramique et du verre, qui sont les hôtes permanents de l’Ariana, plusieurs autres spécialités artistiques admirées par Revilliod remplissent ses vitrines dans la Vieille-Ville, puis dès 1884 à Varembé.

Léguées par lui à la Ville en 1890, ses collections seront dispersées dans différentes institutions culturelles municipales (MAH et BGE principalement), au cours du XXe siècle. Des surprises dans ce chapitre sur les trésors de Revilliod? Oui. Après les vases et les assiettes, les vitraux, les tapisseries, les bijoux, les chinoiseries, les pendules, les tableaux, les livres et les armures se profile une rose. La rose Gustave Revilliod.

L’historien de l’art Mathias Godoy raconte comment le riche célibataire, devenu en 1873 président d’honneur de la Société helvétique d’horticulture, et son jardinier, Jacques Neury, se passionnèrent pour les roses. En 1874, la roseraie de Varembé est si célèbre que le rosiériste lyonnais Joseph Schwartz demande à la visiter. Dès son retour, il crée en l’honneur de son hôte genevois une variété nouvelle baptisée Gustave Revilliod, à l’aspect de pivoine.

Ailleurs, des fleurs en cheveux humains surprennent le lecteur du texte d’Anne Baezner, collaboratrice scientifique au MAH. Cet art du souvenir a produit un bouquet très réaliste qui résume toutes les affections d’Ariane Revilliod-De la Rive. Il est composé de mèches provenant des chevelures de son grand-père et de ses trois fils, les aînés morts en 1858, à 47 et 46 ans, et Gustave. Seul survivant avec les descendants de son frère Charles, le mécène lègue en 1890 son musée à la collectivité, avec laquelle il a voulu partager, au-delà de la mort, son idéal de beauté.

Lire«Gustave Revilliod (1817-1890), un homme ouvert au monde», 5 Continents Éditions et Musée Ariana, 479 p. Voir l’exposition portant le même titre, jusqu’au 2 juin 2019 au Musée Ariana

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