1869 : Les Eaux-Vives ont leur église catholique

Notre histoire Saint-Joseph est le troisième édifice romain depuis la Réforme.

Saint-Joseph au début des années 1950

Saint-Joseph au début des années 1950 Image: Saint-Joseph au début des années 1950

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Au milieu du XIXe siècle, il manque un édifice religieux pour la communauté catholique romaine du quartier des Eaux-Vives. Ainsi naît l’église Saint-Joseph, dont le clocher domine la place des Eaux-Vives depuis 150 ans. La paroisse s’est offert cette année un livre en cadeau d’anniversaire. Dans «Une église au cœur des Eaux-Vives. La paroisse genevoise de Saint-Joseph», l’historienne Chantal Renevey Fry explore tous les aspects du passé du bâtiment. Elle a pu compter pour cela sur la collaboration de l’organiste Christophe Allaz et de la théologienne Sabine Ginalhac. La paroisse elle-même est née en 1866. C’est pourquoi les festivités du jubilé ont commencé en 2016 et se terminent cette année. «Il est acquis qu’il y a aux Eaux-Vives dix-sept cents catholiques qui sont privés des secours religieux auxquels leur donnent droit les convictions qu’ils ont reçues de leurs pères. Le libre exercice de la religion catholique qu’ils professent est consacré et garanti par la Constitution qui nous régit.» Ces lignes émanent en 1867 d’un député plaidant pour la vente par l’État d’un terrain à la Fondation de l’Église catholique des Eaux-Vives. C’est chose faite le 5 juin de cette année-là, dans un quartier que la récente destruction des anciennes fortifications ouvre au développement urbain.

Le premier édifice dessiné par l’ingénieur Eugène Dupont (1839-1901), plus tard directeur et copropriétaire de la première compagnie de tramways de Saint-Pétersbourg, n’est pas tout à fait le même que celui que l’on voit de nos jours. Le livre de Chantal Renevey Fry nous l’apprend: d’importants travaux d’agrandissement ont eu lieu juste avant la Seconde Guerre mondiale, qui ont fait disparaître l’empreinte néogothique du bâtiment de 1869. Cette campagne de travaux donne à Saint-Joseph son porche à trois entrées, chacune surmontée de bas-reliefs exécutés sur place par le sculpteur François Baud. Cet artiste né en 1903 est aussi l’auteur de la statue monumentale représentant saint Joseph, placée au-dessus de l’entrée principale.

Sous le titre «Les artistes d’une église», un chapitre de l’ouvrage énumère et décrit les très nombreuses œuvres d’art qui ornent ce saint lieu depuis 1939.

C’est l’occasion de faire connaissance avec le Groupe de Saint-Luc, composé de talents suisses romands en réaction contre l’art saint-sulpicien en vogue depuis la seconde moitié du XIXe siècle. Alexandre Cingria, né en 1879, et ses amis peintres, sculpteurs, maîtres du vitrail, de la mosaïque et de la tapisserie sonnent le glas du kitsch façon livre d’images. Et font de Saint-Joseph un véritable musée de l’art sacré du XXe siècle. Une visite s’impose. Dans le chœur, trois scènes en mosaïque, la première posée en 1940, occupent la place d’honneur. Elles reproduisent les cartons d’Alexandre Blanchet, né en 1882, avec au centre Jésus enfant et son père, Joseph, ce dernier représenté sous les traits du fils du peintre, Maurice Blanchet. La mosaïque est réalisée en fragments de marbre – excepté le bleu – par les spécialistes Charles et Jacques Wasem. Ces artistes sont des Genevois, comme l’orfèvre Marcel Feuillat, né en 1896, dont les œuvres pour Saint-Joseph sont aujourd’hui regroupées dans le baptistère. Amie du détail même anecdotique, Chantal Renevey Fry rappelle que Feuillat, qui était directeur des Écoles d’art en 1957, conseilla à la CGTE (ancêtre des TPG) les couleurs rouge et ivoire pour les trams, qui étaient verts jusque-là.

Une femme, Alice Basset, née en 1910, est au nombre des artistes du Groupe de Saint-Luc ayant œuvré aux Eaux-Vives. Pour la chapelle Saint-Victor, située derrière le chœur côté rue du Rhône, elle a dessiné six vitraux et brodé une tapisserie de 25 mètres carrés en l’honneur de saint Victor, rescapé du massacre de la Légion thébaine. Un travail de dix-huit mois au résultat spectaculaire, inauguré en 1950. Depuis lors, d’autres créations sont venues enrichir les collections de l’église Saint-Joseph. Mobilier liturgique du chœur (André Bucher), meubles et objets de la chapelle Saint-Victor (François Reusse), vitraux de 2014 ornant les deux grandes verrières latérales (Jean-Michel Bouchardy et Michel Eltschinger), l’art sacré ne cesse de fleurir à la place des Eaux-Vives.

Créé: 07.12.2019, 16h14

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