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En 1858, Genève se dote d'une Société de Géographie

La SGEO est parmi les dix plus anciennes sociétés de géographie de la planète. En Suisse, elle est l’aînée.

Dès son origine, la Société de géographie de Genève (SGEO) a compté des géographes de cabinet et des géographes de plein air. Ceux-ci offrant à ceux-là des voyages par procuration, grâce à leurs récits publiés dans la revue "Le Globe" ou exposés dans des conférences au Palais de l’Athénée, puis au Muséum d’histoire naturelle.

Maître d’enseignement et de recherches à l’Université, Bertrand Lévy est membre du bureau de la SGEO et rédacteur du "Globe". Il se démène pour que sa chère société, âgée cette année de 162?ans, soit mieux connue du public: "Nous avons eu longtemps 200 membres, mais ça s’érode, il y a eu des décès. Nous sommes passés à 160", s’inquiète l’universitaire.

"Nous continuons à proposer régulièrement des conférences et des excursions. Un grand progrès a été fait en 2015, avec la mise en ligne de notre revue "Le Globe" sur le site Persee.fr. On peut y consulter librement tous ses numéros, même les plus anciens. C’est une bonne manière de faire connaissance avec la SGEO." Fondée en 1858 à l’initiative d’un groupe d’amis curieux d’en savoir plus sur le vaste monde, la SGEO est parmi les dix plus anciennes sociétés de géographie de la planète. En Suisse, elle est l’aînée, avant celles de Berne en 1873 et de Neuchâtel en 1885.

Son premier président est Henri Bouthillier de Beaumont, né en 1819, un agronome et cartographe genevois qui a voyagé en Russie. Très jeune, il a été envoyé près d’Odessa pour s’occuper d’une importante concession obtenue en 1809 par Charles Pictet de Rochemont, à laquelle le diplomate genevois avait donné le nom de Novoï Lancy (Nouveau Lancy).

C’est souvent après un ou deux voyages effectués dans leur jeunesse que certains Genevois de la bourgeoisie commencent à s’intéresser à la géographie. C’est le cas de Beaumont ou d’Henri Dunant, qui est parmi les pionniers de la SGEO, lui-même intéressé par l’Algérie du fait de l’existence de projets coloniaux genevois à Sétif. Le fondateur de la Croix-Rouge amorcera sa ruine financière à cause d’eux.

Les autres fondateurs de la SGEO en 1858 avaient pour noms Georges Appia, Casimir de Candolle, Fr. Chappuis, Henri Perrot et Henri de Saussure. "Henri de Beaumont comprit bien vite que la création d’une revue géographique destinée à servir d’organe à la nouvelle société était la condition sine qua non de son succès", écrit l’auteur de la nécrologie du fondateur en 1898, Arthur de Claparède, «aussi dès l’année 1860 faisait-il paraître un premier volume de "Mémoires et Bulletin", fort de 483?pages, avec six cartes dessinées et gravées pour la Société."

Appelé "Le Globe" depuis 1866, ce périodique continue de paraître annuellement. De quoi parlait le premier numéro? En 1860, une introduction du président précède le tout premier article, "Étude sur l’ethnographie de l’Afrique", dû au professeur de géographie Paul Chaix, dont le seul voyage sur ce continent l'avait mené en Egypte. Cet auteur relate plus loin les expéditions arctiques du Dr?Kane et du capitaine Mac Clintock: "Dès le début, le capitaine Mac Clintock trouva que le foie des phoques coupé en tranches et frit avec du lard formait un plat excellent", relate le professeur de géographie. Jules Verne ou Emilio Salgari ne sont pas loin!

"Chaix était un compilateur et non un explorateur", précise Bertrand Lévy. "D’autres membres anciens de la SGEO se sont livrés à du travail de terrain, comme Alfred Bertrand, présent en Afrique dans le cadre d’une œuvre missionnaire, plus tard Eugène Pittard, longtemps président de la Société de géographie et créateur du Musée d’ethnographie (MEG), son élève Marguerite Lobsiger-Dellenbach, première présidente d’une société savante en Suisse: la SGEO!"

Le regard qu’un universitaire comme Fabio Rossinelli, de l’Université de Lausanne, porte sur l’histoire des sociétés de géographie au XIXe?siècle est perçant. Il a donné l’an dernier à la SGEO une conférence sur le thème de son mémoire de 2013 intitulé "La Société de géographie de Genève et l’impérialisme suisse (1858-1914)". Ses recherches aboutissent au constat que les premiers membres de la Société de géographie sont principalement issus de la haute société genevoise et du milieu de la banque et des affaires.

De ce fait, le chercheur établit un lien entre l’intérêt de cette catégorie sociale pour la géographie et les profits que les régions récemment explorées laissent entrevoir. Le colonialisme européen est à l’œuvre et même la Suisse, pays neutre et sans colonies, semble tirer son épingle du jeu, selon Fabio Rossinelli, "son caractère très discret d’un côté et son armure philanthropique de l’autre" œuvrant efficacement…

Fabio Rossinelli relève que le Congo belge revient à plusieurs reprises parmi les thèmes retenus par la SGEO, sans que cela soit pour en critiquer la gestion. Le Genevois Gustave Moynier est d’ailleurs assez proche du souverain colonisateur. Il lance la revue "L’Afrique explorée et civilisée", un titre qui en dit long sur l'esprit du temps.

"Le Globe" tourne rond

Le plus récent numéro du "Globe" (2019) est consacré principalement à Alexander von Humboldt (1769-1859), à l’occasion du 250e anniversaire de sa naissance. «Aucun homme n’a laissé son nom à autant de lieux dans le monde», rappelle Christian Moser dans son éditorial signalant l’édition en français de "L’Invention de la nature – Les aventures d’Alexander von Humboldt" par Andrea Wulf (Noir sur Blanc).

Un personnage passionnant auquel Kenneth White consacre un article, à la demande du rédacteur Bertrand Lévy, membre du bureau de la SGEO. On ne présente plus le grand poète, écrivain et essayiste écossais Kenneth White, qui évoque ici avec brio le voyage effectué par le jeune Allemand de 1799 à 1804 dans "les régions équinoxiales du Nouveau-Continent". White use du terme "pérégrinations géopoétiques" à propos de ce périple en Amérique du Sud. Après deux autres contributions concernant Humboldt, ce numéro propose une catégorie "Récits de voyage – comptes rendus", tout à fait dans la tradition du "Globe" de toujours. Sauf que les voyages ne sont pas forcément lointains: la Suisse et même Genève sont au programme.

Pour ceux que le confinement actuel inciterait à explorer en ligne les précédents numéros du "Globe", voici quelques pistes: en 2018, le récit de voyage est déjà mis en avant avec les "moments choisis d’un voyage au Népal", par le président de la SGEO, Rémi Villemin, et "Le voyage en Italie de Pier Paolo Pasolini" par Laurent Matthey, du Département de géographie et environnement de l’UNIGE. Grâce à Persee.fr, on peut remonter plus loin dans le passé et retrouver les 84 contributions d’Eugène Pittard au "Globe", de 1896 à 1958. Ou les 109 publications de Paul Chaix (1808-1901), de 1860 à 1901. Des records! Plus rares mais à ne pas manquer, il y a les cinq contributions d’Ella Maillart (1903-1997), dont la présence dans "Le Globe" s’échelonne de 1936 à 1961.

Pour retrouver la SGEO sur le web, aller sur www.sgeo-ge.ch et sur persee.fr en tapant le globe

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