1847 La discrète Avusy devient commune genevoise

Notre histoireCe très ancien village a son bel album illustré, signé Gérard Duc.

Maison à Champlong.

Maison à Champlong. Image: DR

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Formé à l’Université de Genève, où il a obtenu en 2008 le grade de docteur ès sciences économiques et sociales, Gérard Duc est l’historien auquel la Commune d’Avusy a confié la rédaction de son histoire. Ce livre vient de paraître sous le titre «Avusy. Une commune de la Champagne genevoise». Bel album de format carré, souple et richement illustré, ce volume contient des textes accessibles et très intéressants. Il lève le voile sur la destinée d’un coin de canton méconnu.

La commune étudiée existe administrativement dans sa forme actuelle depuis 1847. Cette année-là, une loi cantonale institue la séparation de la commune d’Avusy-Laconnex-Soral, qui existait depuis 1816, en deux communes distinctes : Avusy et Soral. Laconnex continue de dépendre de Soral jusqu’à sa propre autonomie, prononcée en 1850. Constituée des hameaux ou villages d’Avusy, Sézegnin, Athenaz et Champlong, la commune d’Avusy a fêté le 5 novembre dernier son 172e anniversaire. Un beau cadeau, donc, que ce livre, fruit des recherches de son auteur bien plus haut dans l’histoire que cet anniversaire.

L’historien place au début de son étude une photo prise par lui en juillet 2018 au sud de l’Islande. On y voit un paysage de glace et d’eau qui, précise-t-il, «rappelle la fin de la dernière glaciation à Genève». En 22 000 avant notre ère, le territoire d’Avusy repose sous plusieurs dizaines de mètres d’eau. Le glacier du Rhône et celui de l’Arve, qui recouvraient tout ce que l’on connaît aujourd’hui, reculent peu à peu. Il faut attendre 3000 ans avant notre ère pour voir la région se peupler d’humains vivant de l’agriculture, de la domestication et de l’élevage du bétail.

De l’époque romaine, le territoire communal n’a pas gardé de vestiges, mais la découverte à Sézegnin, en 1973, d’une vaste nécropole datant des premiers siècles de notre ère a donné le coup d’envoi de fouilles qui ont duré jusqu’en 1981. Près de 700 tombes de l’époque burgonde (Ve et VIe siècles) ont été étudiées avant de disparaître à nouveau sous un champ, contre le talus descendant à la Laire. Autre relique des temps anciens, visible au bord de la route de Soral à Lully, voici la Pierre de justice, devant laquelle on continuait d’amener les effigies des condamnés jusqu’au XVIIIe siècle… Une coutume datant du Moyen Âge, quand Avusy dépendait des comtes de Genève, puis du chapitre du prieuré de Saint-Victor jusqu’à la destruction de celui-ci en 1534 et l’avènement de la Réforme à Genève.

Savoyardes jusqu’en 1816 – après un intermède français dès 1798 – les terres d’Avusy sont peuplées d’agriculteurs catholiques, pour lesquels l’église d’Avusy et sa cure sont édifiées au XVIIIe siècle. Gérard Duc rend passionnantes les circonstances qui ont construit l’identité de la commune à travers le rôle des enseignants et de l’église, l’établissement d’une école à Sézegnin, avec pour maîtresse l’infatigable Marie Gay. Grâce à sa quête de documents d’archives originaux, l’auteur peut présenter des photographies de la classe de Marie Gay en 1891 et en 1920! Il a groupé en fin de volume plusieurs photos de groupe, reproduisant les annotations à la main et à la machine à écrire laissées par un ancien de la commune, Marcel Buloz.

Un autre document précieux, reproduit sur six pages du livre, est le carnet tenu pendant la guerre de 14-18 par Louis Chatenoud, fils du fermier français du Domaine de Champlong (propriété De Launay en ce temps-là). Louis ressort vivant de l’enfer de Verdun et meurt en 1958 à Ambilly. D’autres Avusiens participent à la mobilisation suisse lors de la Première et de la Seconde Guerre mondiale. De cette dernière, Gérard Duc rappelle un épisode mémorable à Avusy: la fuite en Suisse des habitants des communes françaises limitrophes, en août 1944, pour se mettre à l’abri des représailles des Allemands, poussés dans leurs derniers retranchements par les Forces françaises de l’intérieur (FFI). En remerciement pour la qualité de l’accueil reçu à Avusy, la commune reçut en 1948 la médaille de la Reconnaissance française. Formé à l’Université de Genève, où il obtenu en 2008 le grade de docteur ès sciences économiques et sociales, Gérard Duc est l’historien auquel la Commune d’Avusy a confié la rédaction de son histoire. Ce livre vient de paraître sous le titre «Avusy. Une commune de la Champagne genevoise». Ce bel album de format carré, souple et richement illustré, contient des textes accessibles et très intéressants. Il lève le voile sur la destinée d’un coin de canton méconnu.

«Avusy. Une commune de la Champagne genevoise» Gérard Duc, Commune d’Avusy, 175 p., 20 fr. En vente uniquement à la mairie d’Avusy, avusy.ch

Créé: 29.11.2019, 15h42

Curiosité

C’est une curiosité de l’histoire. Une famille d’Avusy a possédé un titre de baron attaché à ce modeste coin de terre de la Champagne genevoise. Dans son livre, Gérard Duc ne manque pas de rappeler l’existence des De la Grave, dont la dernière représentante, Marie Isidore Philomène, rend le dernier soupir entre les murs de sa «forteresse» de Champlong, le 28 mai 1922. Quiconque emprunte la route d’Avusy à Chancy ne peut pas manquer de remarquer la porte imposante et la situation magnifique de cet ancien château bâti en 1419 par Thomas de la Grave, ancêtre de Joseph-Alexis de la Grave (1713-1782), premier baron d’Avusy. Ce dernier doit ce titre au roi de Sardaigne Charles-Emmanuel III, successeur des ducs de Savoie, qui le lui remet le 23 mars 1757, en reconnaissance pour son engagement militaire à son service. Avant d’être anobli, Joseph-Alexis a offert à la paroisse regroupant les ouailles d’Avusy, Athenaz et Sézegnin un terrain à Avusy, pour y édifier l’église et la cure qu’on y admire encore aujourd’hui.

Le mécène fait disparaître ainsi la menace de voir l’église s’édifier à Athenaz, trop loin de son château de Champlong. La splendeur des De la Grave culmine entre le traité de Turin (1754) et l’annexion française (1798), quand la Champagne est possession savoyarde. Le fils du premier baron sert à son tour les rois de Sardaigne. Il épouse Jenny de Launay, héritière du Domaine de Champlong (aujourd’hui exploitation viticole de la famille Lauper), voisin de son château. Leur fils Alexandre-Noël est maire d’Avusy de 1858 à 1862. Devenue suisse lors du rattachement de la Champagne au canton de Genève en 1816, la famille De la Grave s’éteint à la génération suivante, avec Ernestine, disparue en 1918, et Marie, qui la suit en 1922. Aucune ne s’est mariée. Le blason de la commune rappelle le souvenir de cette famille. Il reprend exactement l’allure de celui des sires De la Grave, mais les couleurs (les émaux en héraldique) diffèrent entre ce blason et les armoiries communales créées en 1924.B.CH.

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