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1620: Agrippa d’Aubigné prend sa retraite à Genève

Guerrier protestant et poète, le «Bouc du désert» est inoubliable.

Ce portrait appartient à la Bibliothèque de Genève depuis 1704, offert par le petit-fils d'Agrippa.
Ce portrait appartient à la Bibliothèque de Genève depuis 1704, offert par le petit-fils d'Agrippa.
BGE

Si des morts protestants se retournent dans leur tombe le 29 février – hypothèse entendue ces derniers temps aux abords du temple de Saint-Pierre – Agrippa d’Aubigné sera des leurs. Le chef militaire huguenot, poète et historien à ses heures, a été enterré en 1630 dans le cloître désaffecté de l’ancienne cathédrale, là où se dresse aujourd’hui l’immeuble du Musée international de la Réforme. Après la démolition du cloître, le marbre gravé du monument funéraire d’Agrippa est placé à l’intérieur de Saint-Pierre. Ceux qui assisteront à la première messe en ces lieux depuis 1535 ne prêteront aucune attention à ce rappel du passé – même s’il est en latin! – mais il en vaut pourtant la peine. Celui dont la carrière est rappelée ici est une célébrité du XVIe siècle, venu terminer ses jours à Genève en 1620, il y a exactement quatre siècles de cela.

L’ancien maréchal de camp d’Henri de Navarre a déjà 68 ans quand il vient chercher refuge à Genève. Le vent a tourné depuis ses combats dans les rangs protestants, au cours des guerres de Religion qui déchiraient la France depuis son enfance. Il n’a que huit ans et demi quand son père lui fait traverser Amboise peu après l’échec de l’enlèvement du roi François II par quelques hardis protestants dont les têtes pourrissent en plein air. Cette vision le marque pour la vie; elle inspirera son engagement militaire et sa verve de poète dans son œuvre littéraire majeure: «Les Tragiques».

Le «Bouc du désert»

Il n’y a pas plus fidèle frère d’armes que lui pour Henri de Navarre. Il manque pourtant les noces de ce prince avec la sœur du roi Charles IX, Marguerite de Valois, ce qui lui permet d’échapper au massacre des réformés réunis à Paris à cette occasion, la nuit de la Saint-Barthélémy. Un épisode dont la violence et l’injustice ne font qu’augmenter sa rage de faire triompher le parti protestant. Agrippa a choisi son camp, et c’est pour la vie. Henri, lui, que le déclin galopant des Valois transforme en héritier de la couronne de France, doit composer avec les circonstances.

«Paris vaut bien une messe» est insupportable aux oreilles du Bouc du désert, comme Agrippa aime se faire surnommer. Bouc pour son obstination, désert par allusion au désert de la Bible et des huguenots. L’accession d’Henri IV au trône a lieu en 1593, au prix du sixième changement de religion de sa vie! En 1598, le bon roi Henri donne aux protestants l’Édit de Nantes, mais Agrippa n’est pas content. Sur le bas-relief du mur des Réformateurs représentant la signature de l’Édit, on voit Agrippa d’Aubigné debout, tournant le dos aux participants attablés. Une image destinée à faire comprendre que le capitaine de 46 ans juge que cet accord ne donne pas des garanties suffisantes aux huguenots. Une place militaire lui est cependant dévolue, Maillezais près de La Rochelle, dont il est le gouverneur. Le château de son épouse, Suzanne de Lezay, se trouve à proximité.

Une rose d’automne est plus qu’une autre exquise»Agrippa d’Aubigné, «Les Tragiques»

C’est pourtant d’une autre femme, connue après la mort de Madame d’Aubigné en 1595, qu’il a Nathan d’Aubigné, qui suit son père à Genève et y fait souche des d’Aubigné genevois, ancêtres de la famille Merle d’Aubigné. Par son fils Constant, né de son mariage avec Suzanne de Lezay, Agrippa est le grand-père de Françoise d’Aubigné, Madame de Maintenon, qui poussera son mari secret Louis XIV à révoquer l’Édit de Nantes. Une première occasion de se retourner dans sa tombe pour le Bouc du désert. Outre la force de ses convictions, ce qui rend le personnage impressionnant, c’est sa verve littéraire et poétique, inhabituelle pour un homme de guerre. «Les Tragiques», poème épique d’où est tiré le célèbre alexandrin «Une rose d’automne est plus qu’une autre exquise», voisine dans son œuvre avec bien d’autres titres. Et c’est Brantôme, pourtant l’ami de Catherine de Médicis, qui écrira: «D’Aubigné, qui est bon celui-là, pour la plume et pour le poil; car il est bon capitaine et soldat, très savant et très éloquent, et bien disant s’il en fut oncques.»

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