1536 François Bonivard est libéré par les Bernois à Chillon

Chronique historiqueAttaché pendant six ans à une colonne, le prieur de Saint-Victor retrouve la liberté et découvre une Genève rendue méconnaissable.

Le château de Chillon.

Le château de Chillon. Image: GÉRALD BOSSHARD

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On ne saurait plus dire de nos jours qui était François Bonivard si le château de Chillon n’était pas là pour nous rappeler son histoire. Quand on visite les souterrains du célèbre monument historique vaudois, la colonne à laquelle l’ancien prieur de Saint-Victor est resté enchaîné pendant quatre ans fait immanquablement sensation.

C’était déjà le cas au début du XIXe siècle, quand Lord Byron y puisa l’inspiration de son poème "Le prisonnier de Chillon". Mais qui était François Bonivard et pourquoi se retrouva-t-il enfermé dans les caves voûtées du château? Ce Savoyard natif de Seyssel était prisonnier des Savoyards eux-mêmes. Ceux-ci lui reprochaient de s’accrocher bec et ongles à un privilège transmis d’oncle à neveu dans sa famille: les bénéfices de l’opulent prieuré de Saint-Victor, situé là où se trouve aujourd’hui l’Eglise russe à Genève.

Une histoire de gros sous, en somme, envenimée par le fait que Bonivard s’est fait des amis parmi les adversaires genevois de la domination savoyarde. A cette époque, le prince-évêque de Genève désigné par Rome appartient à la famille ducale, ce qui accroît l’influence du duc de Savoie. Ceux qui s’opposent à cette mainmise sont appelés les Eidguenots, dont le plus emblématique est Philibert Berthelier, mis à mort devant la tour de l’Ile en 1519.

L’année suivante, ne se sentant plus en sécurité à Genève, François Bonivard s’en va chercher refuge au Pays de Vaud. L’un des hommes qui l’accompagnent est un traître qui le menace d’un couteau pour obtenir sa renonciation à ses droits sur le prieuré de Saint-Victor. Sa résistance lui vaut d’être emprisonné au château de Chillon en 1530, où il reste enfermé deux ans dans un logement décent, avant d’être descendu dans la grande salle construite à même le rocher. Il y reste enchaîné à une colonne pendant quatre ans.

Sa délivrance a lieu en mars 1536, à la faveur de la prise du château de Chillon par les troupes bernoises, qui le ramènent à Genève en bateau. La cité du bout du lac a beaucoup changé depuis le départ de l’ennemi des Savoyards. En 1530, la démolition des faubourgs a commencé dans le but de dégager les abords de la ville désormais fortifiée.

Le monastère que Bonivard espérait tant récupérer n’existe plus. Son ancien prieur n’a droit à rien, car tous les biens ecclésiastiques ont été confisqués par le gouvernement genevois réformé. Il ne lui reste plus qu’à se faire protestant et à changer de vie. Pourvu d’une rente en compensation du prieuré disparu, l’ancien moine est chargé par la République de rédiger une histoire de Genève qui sera imprimée pour la première fois en 1831 sous le titre de "Chroniques de Genève".

Cette publication suit de peu un concours de peinture sur le thème de la délivrance de Bonivard, organisé en 1823 par la Classe des beaux-arts de la Société des arts. Le mécène Jean-Jacques de Sellon finance le concours et achète leurs tableaux aux lauréats. Comme on le voit, dans le sillage du "Prisonnier de Chillon" de Byron, Bonivard intéresse vivement les Genevois. On connaît moins les critiques suscitées par sa vie privée. Certains historiens du XIXe siècle reprochent à cet ancien prélat de s’être marié quatre fois et d’avoir laissé sa dernière épouse, une ancienne religieuse, subir la peine capitale au terme d’un humiliant procès pour adultère. Lui-même s’éteint en 1570, âgé de 77 ans. (TDG)

Créé: 06.02.2015, 16h50

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