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1519 L’évêque et le duc ont la peau de Berthelier

Opposé au pouvoir des Savoie, le charismatique Philibert est mis à mort.

Esquisse par Gustave de Beaumont pour la fresque de l’Ancien Arsenal.
Esquisse par Gustave de Beaumont pour la fresque de l’Ancien Arsenal.
Bibliothèque de Genève

Dans une lettre publiée le 22 août dernier, un lecteur de la «Tribune» nous rappelait le 500e anniversaire de la mort d’un héros genevois un peu oublié: «Philibert Berthelier avait compris que Genève avait besoin des Confédérés pour se libérer de la menace d’invasion du duc de Savoie. Il fut accusé à tort de lèse-majesté et fut décapité pour avoir défendu les libertés et sa patrie. Il est l’un des pères de l’indépendance genevoise, ne l’oublions pas.»

En 1900, parmi les membres du comité d’initiative pour une statue de Philibert Berthelier, il y a le romancier Charles DuBois-Melly. Sa mort en 1905 le privera du plaisir de voir aboutir ce projet hautement patriotique. De Philibert Berthelier, il a fait l’un des personnages de son roman «Dragonnette Cerisier», paru à Genève en 1899, contribuant ainsi à ranimer la mémoire du supplicié du 23 août 1519.

Dragonnette est une petite Savoyarde de Genève, qui travaille au service de la famille Berthelier. À la fin du roman, elle s’en va vivre auprès d’un Fribourgeois dans son canton, allié de Genève. Philibert a lui aussi des amis dans la ville perchée au-dessus de la Sarine. Ses accointances avec ce canton membre depuis 1481 de la Confédération suisse ont fait de lui le premier des Eidguenots, et par là l’ennemi de la famille de Savoie.

À la rescousse des «Franchises»

Eidguenot vient de l’allemand Eidgenoss, qui signifie «confédéré». À la suite de Berthelier, les Genevois qui veulent favoriser l’alliance de leur ville avec les cantons suisses s’appelleront Eidguenots, alors que les partisans de la Savoie seront taxés de Mamelus. Quand Philibert vit encore, l’exaspération des uns contre les autres est à son comble, du fait du choix par Rome, en 1513, d’un bâtard de Savoie pour succéder à l’évêque défunt.

Ce Jean de Savoie, lui-même fils illégitime d’un évêque de cette famille, est apparenté au duc Charles III, qui le veut dans son jeu pour assujettir Genève. Son Altesse projette de rendre caduques les libertés que le gouvernement de la ville a reçues en 1387 du bienveillant évêque Adhémar Fabri. À ces «Franchises» sont attachés des droits civiques chers à de nombreux Genevois. L’un d’eux est Berthelier, né à Virieu en Savoie, mais qui a choisi de rejoindre «Ceux de Genève» après une brillante carrière militaire au service des ducs. Son aversion pour les procédés de Charles III et de l’évêque Jean, son charisme et son grade de capitaine des archers de Genève font de lui désormais l’ennemi juré de ses anciens maîtres.

Le romancier DuBois-Melly le présente ainsi: «C’était un homme d’environ quarante ou quarante-cinq ans, sanguin, bien découplé et de robuste apparence. Ses franches allures avec chacun lui donnaient, il est vrai, l’air «un peu brusquet», et quand il s’animait en parlant (ce dont il était coutumier), son regard devenu brillant, sa voix de maître, étaient faits pour intimider les gens.»

Son premier tort est d’avoir pris parti publiquement contre le prêt de l’artillerie genevoise au duc de Savoie, qui veut s’en servir pour aller guerroyer en Valais. Puis vient l’épisode de la mule du juge Grossi, fonctionnaire dévoué à l’évêque. L’animal a été tué par un jeune homme dont les bruyants amis proposent aux passants d’acheter la peau de «la plus grosse bête de Genève». Berthelier est accusé par les princes d’avoir encouragé ce désordre.

En 1517, nouveau danger: l’homme est soupçonné d’avoir procuré des pâtés empoisonnés à la cour. Curieusement, ni le duc ni sa famille n’y ont touché, alors que d’autres s’en sont gobergés et en sont morts. Serait-ce un coup monté pour accabler Berthelier? Ses proches le pressent de partir se réfugier à Fribourg, d’où il reviendra après avoir négocié le premier traité de combourgeoisie entre ce canton et Genève. De retour dans cette ville, il est arrêté et enfermé dans l’ancien château de l’Île, où il écrit en latin sur la paroi de son cachot: «Je ne mourrai pas, mais je vivrai et je raconterai les œuvres du Seigneur!» Son exécution a lieu précipitamment après un simulacre de procès. Son animal favori, une belette, l’accompagne depuis 1909 sur le socle de sa statue.

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