Le CICR reçoit le Prix Nobel de la paix

Il y a 100 ans En 1917, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) ne pavoise pas pour autant.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

L’attribution du Prix Nobel de la paix au CICR en 1917 n’agita pas beaucoup les Genevois. Il s’agissait pourtant d’un insigne honneur et d’une très grosse somme d’argent. Pourquoi une telle retenue?

L’un des organisateurs du colloque international commencé jeudi (lire ci-contre), Roger Durand, expose la situation:

«En décembre 1917, le CICR était orphelin de son président. Gustave Ador avait été élu conseiller fédéral. Un président par intérim avait été nommé, en la personne de l’égyptologue Edouard Naville. On était en pleine Première Guerre mondiale. Tout le monde était très occupé, Ador jusqu’au cou dans les affaires fédérales, le CICR débordé de travail par l’Agence des prisonniers de guerre. L’attribution du prix fut notée en quatre lignes dans le volumineux registre des procès-verbaux du comité. Personne n’alla chercher la récompense à Kristiania; c’était le nom d’Oslo à cette époque. Le Nobel fut remis au CICR par voie diplomatique.»

Pas que des heureux

Roger Durand est le président de la Fondation Gustave Ador, qui a mis sur pied le colloque Action humanitaire & quête de la paix. Selon lui, d’autres raisons s’ajoutent à celles déjà citées pour expliquer l’accueil presque glacial du Prix Nobel en 1917 à Genève: «Le titre du colloque le suggère; à cette époque deux courants existent qui ne se rejoignent pas ou très difficilement. D’un côté le mouvement pacifiste, qui avait échoué à empêcher le conflit mondial, et de l’autre l’action humanitaire, qui devait son existence à la guerre. Le jury du Prix Nobel de la paix avait récompensé des pacifistes, comme par exemple, en 1902, le Genevois Elie Ducommun. Ses convictions n’étaient pas partagées par les membres du CICR, issus pour la plupart de familles ayant une tradition militaire.»

Cette distinction rappelait aussi peut-être de mauvais souvenirs à certains. L’attribution, en 1901, du même prix à Henri Dunant avait été mal accueillie à Genève. «Ou plutôt la non-attribution du Nobel de la paix à Gustave Moynier ou au CICR, tous les deux en lice», précise Roger Durand. «En 1901, c’était Moynier le président du CICR. Henri Dunant, quoique initiateur du mouvement et l’un de ses membres fondateurs, vivait presque oublié à Heiden en Appenzell. Pourtant ce fut à lui qu’on le donna. Grosse déception chez Moynier et consorts.

Seize ans plus tard, le CICR fut enfin le récipiendaire des 130 000 couronnes suédoises tant convoitées. En 1917, les seules réactions connues saluaient l’apport d’argent, car le comité de la Croix-Rouge en avait grand besoin, tant la tâche était grande. L’Agence des prisonniers de guerre, ouverte en 1914, et son extension aux civils, défendue par Frédéric Ferrière, furent pour beaucoup dans la décision du jury d’honorer la Croix-Rouge. Autant de missions menées hors du mandat initial de l’institution, ce qui n’était pas non plus pour plaire aux plus rigoristes.»


Le colloque

Guerre et paix

Du sous-sol de l’ancienne chapelle protestante du Grand-Lancy, qu’il a achetée en 2012, Roger Durand pilote ses nombreux projets. Connu à Genève pour y avoir multiplié les plaques commémoratives en rapport avec l’histoire de la Croix-Rouge, cet enseignant à la retraite réfléchit à en poser une au 3, rue de l’Athénée. Dans cet immeuble ont commencé, en 1914, les travaux de l’Agence internationale des prisonniers de guerre. Elle déménagea ensuite au domicile de Gustave Ador, 8, rue de l’Athénée, puis dans une partie du Palais Eynard, avant de s’installer au Musée Rath (qui a déjà sa plaque!).

L’Agence des prisonniers de guerre sera la principale activité du CICR pendant la Première Guerre mondiale. La IXe Conférence internationale de la Croix-Rouge, à Washington en 1912, coprésidée par Gustave Ador, avait posé les jalons de cette nouvelle mission. Mené principalement grâce à des bénévoles, le travail est titanesque. Il s’agit de répertorier les prisonniers, de les localiser et de les mettre en rapport avec leur famille. Dès les premiers mois du conflit, l’avancée allemande en Belgique et en France, et l’évacuation de civils des zones de combat, provoquèrent un afflux de demandes de renseignements. 4 805 000 fiches furent établies par l’agence pendant la guerre de 14-18.

Cette activité est évidemment au centre du colloque scientifique commencé jeudi au Musée de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge. Le rôle éminent de Gustave Ador y a été montré, ainsi que ceux de Frédéric Ferrière ou de Marguerite Cramer. De nombreux intervenants se sont succédé avant la matinée de ce samedi, qui en compte huit entre 9 h et 12 h 30!

Cette demi-journée sera consacrée au «Regard des milieux pacifistes, religieux et littéraires», sous la présidence de la théologienne Isabelle Graesslé. On y entendra notamment une communication de Gerhard Aschenbrenner, de l’Association internationale Stefan Zweig, qui rappellera la participation de l’écrivain autrichien et du Français Romain Rolland aux travaux de l’Agence des prisonniers du CICR.
B.CH. (TDG)

Créé: 09.06.2017, 14h40

Affiche d’un gala à Genève en faveur des prisonniers dont le CICR s’occupait activement. (Image: Bibliothèque de Genève)

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.