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Les composants toxiques des tampons font tache

Des Genevoises délaissent les protections hygiéniques usuelles et se tournent vers des protections jugées plus naturelles, comme la coupe menstruelle.

Photo d'illustration.
Photo d'illustration.
JANINE JOUSSON

«Le tampon est une vraie poubelle chimique.» Avec ses phrases chocs, le documentaire Tampon, notre ennemi intime diffusé la semaine dernière sur France 5 relance le débat sur les produits toxiques contenus dans les protections hygiéniques féminines. Le documentaire révèle entre 20 et 30 composants nocifs découverts, dont phtalates, dioxine et désherbant, et donne la parole à des scientifiques qui étudient l’impact des tampons sur l’endométriose et d’autres maladies.

En Suisse, une étude sur les substances chimiques dans les protections féminines a été rendue en mars par l’Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV). Verdict: des traces de produits dangereux, mais en quantité trop faible pour présenter un risque sanitaire (lire ci-contre).

Cette réponse officielle n’est pas suffisante pour la conseillère nationale PS Valérie Pilier Carrard, qui déposait en 2016 une motion pour forcer les fabricants à indiquer les composants de leurs produits. Les protections hygiéniques étant considérées comme des biens usuels, l’indication sur l’emballage n’est pas obligatoire, contrairement aux cosmétiques ou aux produits alimentaires: «Si je suis rassurée par les résultats de l’analyse de l’OSAV qui n’ont pas révélé un taux élevé de produits toxiques, je reste convaincue qu’il faut plus de transparence sur les produits. Ce n’est pas normal de se fier à la bonne foi de gros poids lourds de l’industrie pour des produits en contact avec l’intimité des femmes», assène la socialiste.

«Peur des effets à long terme»

L’opacité des fabricants de protections hygiéniques sur leurs composants ainsi que la recrudescence du syndrome du choc toxique (SCT) dû aux tampons depuis les années 2000 («En 1990, plus aucun cas de syndrome du choc toxique (SCT) n’était recensé en France. Mais depuis la fin des années 1990, la maladie a réapparu et ne cesse de croître: 5 cas déclarés en 2004, 19 en 2011 et jusqu’à 22 en 2014», rappelle Libération dans un article récent) a entaché la réputation d’un produit longtemps considéré comme émancipateur. A Genève, nombre de femmes se tournent vers des solutions alternatives. «Je n’ai pas besoin d’attendre qu’une étude sorte sur l’effet des produits chimiques contenus dans les tampons pour me méfier. Nous ne sommes plus dans les années 50, à croire les dires rassurants des industriels déclarant que la cigarette n’est pas nocive», estime Fanny, 35 ans, qui utilise depuis deux ans une marque de serviettes bio, «censée être plus naturelle»: «Je n’ai pas spécialement peur du SCT, mais plutôt des effets à long terme. Je refuse de porter en moi quelque chose qui n’ait jamais été testé sur le long terme. On doit être vigilant avec ce qu’on ingère, étale sur sa peau ou insère dans son intimité.»

Sophie, 30 ans, est passée à la coupe menstruelle, soit un réceptacle en silicone à insérer dans le vagin et à vider régulièrement pendant les règles, et réutilisable jusqu’à dix ans: «J’entendais parler des avantages écologiques et économiques depuis plusieurs années. Mais la découverte de produits toxiques dans les tampons a été le déclencheur, et je viens de me lancer. Pour l’instant j’ai encore un peu de mal à la mettre et la retirer, mais il paraît qu’on prend le coup de main peu à peu.»

Claire, 28 ans, utilise la coupe menstruelle depuis cinq ans. «J’avais pas mal d’irritations et de sécheresse avec les tampons. La coupe me convient parfaitement. Maintenant que l’on sait qu’il y a des substances toxiques dans les protections jetables, je ne me vois plus en utiliser. Sauf en cas d’urgence, si je n’ai rien d’autre.»

Anne, 37 ans, fabrique ses propres serviettes, lavables, clipsables par boutons pression. Elle se souvient du «scandale» provoqué au magasin de tissus, quand elle a expliqué à quoi serviraient les couches de coton, de chanvre (absorbant) et de tissu imperméable (pour parer aux fuites) qu’elle achetait. «Ça marche extrêmement bien. Je change la serviette deux ou trois fois par jour, et une par nuit. Ça se lave très bien à 40°C. Le seul hic, c’est pour faire du sport.»

Une coupe en vogue, selon les gynécologues

Les gynécologues genevois constatent un changement d’habitude dans les protections menstruelles de leurs patientes, sans pour autant attribuer ces changements à la peur des tampons: «Beaucoup de patientes, essentiellement des jeunes, utilisent ou s’interrogent sur la coupe menstruelle. Toutes celles qui l’utilisent en sont très contentes, mais j’ai l’impression que ce sont plutôt des motivations écologiques et/ou financières. Elles n’évoquent une crainte des tampons que très rarement», remarque la doctoresse Antonella Valiton-Crusi. La doctoresse Nadja Mermillod constate également que «l’utilisation de la coupe menstruelle est de plus en plus fréquente. Une seule patiente m’a fait part de son inquiétude quant aux tampons jusqu’ici, suite à un documentaire qu’elle avait vu».

On se souvient du recul de la pilule au profit du stérilet en cuivre en 2013, lors de la découverte du lien entre thromboses et pilules de 3e et 4e générations. Verra-t-on apparaître un paradigme similaire avec les tampons et la coupe menstruelle?

Nombre de YouTubeuses, dont Sophie Riche, font la promotion de la coupe menstruelle avec humour:

Dans un billet d'humeur, une chroniqueuse détaille quant à elle les 7 inconvénients rédhibitoires de la cup.

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