Pour ou contre la taxation des caisses automatiques?

Face-à-faceRoger Deneys et Fabienne Gautier expose leurs arguments contradictoires sur ce projet de loi du député socialiste.

Image: Dessin Herrmann

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Pour celles et ceux qui ont manqué le début (voir «Tribune de Genève» du 1er mars), revenons ici sur le projet de loi concernant une taxe sur les caisses automatiques qui prolifèrent dans les grandes surfaces. Roger Deneys et Fabienne Gautier exposent leurs arguments contradictoires.

Taxons les caisses automatiques!

Par Roger Deneys, député socialiste

Décembre 2016, quartier des Palettes, surface de vente de la grande distribution: du jour au lendemain, sans consulter ni les clients ni le personnel, deux des trois caisses sont remplacées par cinq caisses automatiques: plus qu’une caisse avec du personnel!

Y a-t-il urgence ou augmentation du nombre de clients? Nullement! Mais la disparition de deux caisses sur trois signifie que l’enseigne va réduire, discrètement, pour «habituer» les clients et éviter les réclamations, son personnel.

Le phénomène se répète partout ailleurs à Genève et en Suisse. L’emploi de caissière est certes pénible, mal rémunéré, exercé souvent à temps partiel, voire sur appel, mais c’est un emploi. Il permet à des personnes peu qualifiées ou avec des contraintes particulières (enfants ou proches dépendants) d’avoir un revenu, une certaine indépendance. A des femmes en particulier, à qui on ne propose aucun autre emploi.

Comme clients, nous n’y gagnons rien non plus: les prix ne baissent pas et, en réalité, seule la longueur des files d’attente aux caisses avec du personnel nous fait «craquer»: ces caisses automatiques ne sont pas pratiques à l’usage, en particulier pour les aînés ou les personnes malvoyantes. Avec les caisses automatiques, l’emploi diminue, la qualité du service baisse et le lien social, même ténu, qui peut exister lorsqu’on passe à la caisse disparaît. Pourtant, là où les bistrots et marchés ont presque disparu, les commerces sont les derniers lieux où des personnes âgées, isolées ont encore un contact.

Notre projet de loi permet de lutter contre la disparition non concertée de ces emplois peu qualifiés et soutient les commerces avec du personnel. Une fondation, créée sur le modèle de Genève Tourisme, délègue à l’Etat l’encaissement de la taxe de 10 000 francs par mois par caisse automatique (soit le salaire brut de deux vendeuses) et reverse 70% des recettes aux commerces sans caisse automatique et les 30% restants à la reconversion et à la formation professionnelle du personnel de vente.

Le conseil de la fondation est majoritairement composé des partenaires sociaux du commerce de détail, avec des représentants des milieux des consommateurs. Taxer les robots ou taxer les caisses automatiques, les constats et les intentions sont les mêmes: l’emploi, déjà insuffisant, va disparaître à une plus grande échelle avec les nouveaux appareils automatiques, générant des pertes massives de recettes fiscales et de cotisations sociales.

Si nous ne créons pas de nouvelles recettes pour subvenir aux besoins des personnes sans emploi ou justement financer de nouveaux emplois dans les services, les derniers salariés devront payer pour tous les autres: nous devons agir sans tarder pour l’éviter!


Cette mesure serait abusive

Par Fabienne Gautier, présidente de la Fédération du commerce genevois

Les caisses automatiques font beaucoup parler d’elles depuis qu’un député socialiste veut les taxer. La taxation des robots est également d’actualité suite à la pertinente conférence du professeur fiscaliste genevois Xavier Oberson. Cette même taxation des robots est d’actualité hors de Suisse. Elle fait partie du programme de campagne de candidats d’un pays voisin et Bill Gates avance également l’idée de taxer les robots.

Concernant la caisse automatique, il faut d’abord se poser la bonne question. Est-elle un robot? Assurément non, pour la simple raison que, contrairement à un robot, elle n’est pas autonome. En effet, devant une caisse automatique, il y a un être humain (un caissier ou une caissière, un client ou une cliente). Sans cet humain, la caisse automatique ne scannera pas la marchandise et ne pourra pas la facturer.

Pourquoi la caisse automatique? Celle-ci répond à une demande, celle du client pressé. Celui qui achète très peu de marchandises, qui vient à une heure de pointe, souvent l’heure du déjeuner, et qui n’achète que son repas de midi. Cette personne a donc très peu de temps à disposition, elle souhaite se procurer son repas et garder sa pause pour le manger et non pour la passer derrière une caisse à attendre son tour.

Les magasins offrant ce service limitent aussi le nombre d’articles pour l’utilisation d’une caisse automatique. Naturellement pour la simple raison expliquée, soit que ce service est destiné expressément à un type de clientèle.

Il est utile de rappeler ici qu’une des bases du métier de commerçant est le contact humain. Ce contact existe également entre le caissier ou la caissière et le client. Il existe encore plus spécialement dans les supermarchés de quartier. Le gérant ou le chef d’entreprise qui offre le service de caisses automatiques souhaite développer toujours plus cette relation humaine et n’a nullement l’intention de licencier ou remplacer du personnel sortant par des caisses automatiques. Bien au contraire, ce même personnel de vente est à disposition des clients pour les accueillir, les renseigner et les aider. C’est une offre que tout commerçant se doit de fournir. Diversifier son travail, plutôt que d’être derrière une caisse toute la journée, est pour le personnel de vente plus valorisant.

En résumé, les caisses automatiques ne remplaceront jamais le caissier ni la caissière car la majorité de la clientèle aime encore être servie. Font partie de cette clientèle les personnes âgées dont le temps n’est pas compté et qui apprécient encore le service et la relation humaine.

En conclusion, les caisses automatiques ne seront pas source de licenciements. Il est donc abusif de vouloir les taxer et de créer toute une usine à gaz autour de cette taxation.

(TDG)

Créé: 08.03.2017, 08h20

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