Plus d'un dimanche sans voiture? Nathalie Fontanet face à Lisa Mazzone

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Géants. Le week-end genevois qui verra affluer des foules immenses coïncide avec le dimanche sans voiture. Au fait, alors qu’on nous promet des autos électriques et automatiques, faut-il en multiplier le nombre de ces dimanches sans véhicules? Deux avis tranchés: Nathalie Fontanet , députée PLR et Lisa Mazzone, conseillère nationale Les Verts.

Dimanche sans auto, non à la contrainte, oui à l’incitation

Nathalie Fontanet , députée PLR

C’est dans les années 30 qu’interdire la circulation certains dimanches est pour la première fois envisagé, notamment le dimanche précédent le Jeûne fédéral. Dans le contexte de la crise pétrolière de 1973, la Suisse ordonna trois dimanches sans voiture. Par la suite, de nombreuses initiatives, toutes sèchement rejetées par le peuple, furent lancées pour tenter d’imposer des dimanches sans voiture. Quel est le but de revenir aujourd’hui avec une telle proposition? Pure idéologie passéiste ou réelle volonté altruiste d’améliorer la qualité de vie de nos concitoyens?

La restitution de l’espace public aux citoyens est souvent invoquée comme dessein ultime. Baliverne! Nous avons la chance d’avoir de très nombreux événements festifs: le SlowUp, le marathon, le pique-nique sur le pont du Mont-Blanc, La ville est à vous ou encore les Fêtes de Genève. Ces manifestations conviviales, plébiscitées par la population, permettent déjà, tout au long de l’année, aux citoyens de notre canton de se réapproprier les rues et les quartiers. L’amélioration de la qualité de l’air et la lutte contre la pollution font également partie des arguments invoqués en faveur d’une telle mesure. Il n’est toutefois pas certain que la seule interdiction d’utiliser sa voiture un dimanche par mois rende notre air plus respirable. Les véhicules ne sont heureusement plus aussi polluants. Il est en revanche une mesure alternative et déjà validée par la population – mais, contre toute attente, contestée par ceux-là même qui plébiscitent le principe d’un dimanche sans voiture par mois – qui permettra d’éviter quotidiennement les bouchons, le trafic et donc la pollution au centre-ville: la traversée du lac!

Enfin la sensibilisation à une nouvelle forme de mobilité durable et réfléchie est, elle aussi, avancée comme motif pour l’instauration d’une telle mesure. Mais on ne convainc pas et on ne modifie pas les comportements à long terme en obligeant ou en interdisant. C’est au contraire en incitant et en faisant découvrir librement à la population une éventuelle autre forme de mobilité ou en développant les offres en la matière que les mentalités pourront évoluer.

Un dimanche sans voiture par mois sera vécu par la plupart des conducteurs comme une restriction de leur liberté et ne prendra évidemment pas en compte les besoins différenciés des citoyens, de l’économie ou du tourisme. Cette proposition n’est ni réaliste ni acceptable. En revanche, si le but des partisans d’une telle mesure est réellement altruiste, point besoin d’interdiction: qu’ils nous séduisent!

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Et si les dimanches sans voiture devenaient un rendez-vous hebdomadaire ?

Lisa Mazzone, conseillère nationale Les Verts

Ce dimanche, c’est tout Paris qui sera offerte aux promeneurs: les vingt arrondissements seront fermés à la circulation. Paris, une ville dans laquelle on a désormais l’habitude de respirer à pleins poumons le dimanche, sans croiser aucune voiture, puisque de nombreuses routes sont hebdomadairement libérées du bruit, de la pollution, de l’encombrement et du danger que les véhicules motorisés occasionnent. Depuis l’an passé, même la vaste et célèbre avenue des Champs-Elysées est exclusivement réservée à la mobilité douce une fois par mois, pour le plus grand bonheur des habitants comme des visiteurs. Un argument touristique dont use aussi la ville de Bordeaux, qui annonce sur son site Internet: «Dimanche sans voiture: ailleurs, c’est souvent une fois par an. A Bordeaux, c’est une fois par mois!»

Ailleurs, c’est à Genève, où il s’agit d’un événement rare, qui ne se produit qu’une fois l’an. Il faut d’ailleurs se déplacer pour le vivre, puisqu’il est limité à un périmètre restreint de trois quais et un pont autour de la rade. Pourtant, les mobilités douces y sont le premier moyen de transport. Tout le monde est piéton! Les dimanches sans voiture redonnent une juste place à nos foulées pédestres dans ce moment particulier des congés. A Genève aussi, on rêve de lever le pied, de flâner, de pédaler, de patiner, de se rencontrer dans les rues et même d’y pique-niquer.

Faire des dimanches sans voiture non plus une exception mais une pratique régulière et répandue dans les quartiers et les communes, c’est une opération de promotion des modes de transport doux à grande échelle, alors que nos habitudes de mobilité nous confrontent à une urgence climatique et sanitaire.

Les transports, qui représentent environ un tiers des émissions de gaz à effet de serre, sont le seul secteur à ne pas avoir atteint les objectifs de réduction fixés. Ils sont également responsables d’une pollution de l’air qui attaque notre santé, causant des milliers de décès prématurés en Suisse. Nos déplacements doivent devenir plus verts et les dimanches sans voiture sont un formidable outil de promotion de la marche à pied, du vélo ou de la trottinette.

Et aux râleurs du cru, qui peinent à décoller le pied de l’embrayage, on répondra que si Paris, cette ville dense et encombrée, y parvient, on voit mal pourquoi nous n’y arriverions pas. Si ce n’était ce manque patent d’ambition politique qui caractérise nos autorités.

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Créé: 29.09.2017, 22h00


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