Misère et décadence pour Rémy Pagani

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Atmosphère de fin de règne en Ville de Genève. Trois conseillers administratifs ont déjà annoncé qu’ils ne se représenteraient pas aux élections du printemps 2020. Rendons justice à Sandrine Salerno, la seule qui quitte logiquement le bateau au terme de trois mandats à l’exécutif. Un autre s’apprête à poser les plaques sous contrainte, vous l’avez reconnu, il s’agit de Rémy Pagani. Reste le candidat sortant Sami Kanaan dont certains se demandent s’il ne devrait pas aussi rester à bord de ce Titanic et couler bravement avec lui. Déjà les candidats se pressent sur ce qui ressemble à un champ de ruines. En temps normal, un renouveau aussi spectaculaire à la tête de la Ville de Genève pourrait être interprété comme le signe d’une formidable vitalité démocratique et d’une transition intelligente vers une nouvelle génération de gouvernants. Mais voilà, nous ne vivons pas un «temps normal».

Les crises à la Ville de Genève ont atteint leur paroxysme avec «l’affaire des notes de frais». Et cette campagne largement prématurée s’ouvre dans un climat politiquement décadent. En révélant «l’affaire des notes de frais», la Cour des comptes a fait œuvre de salubrité publique. Le collège a feint la surprise. Chacun des conseillers administratifs mis en cause paraissait tomber des nues avec des stratégies d’évitement propres. Visé en première ligne, Guillaume Barazzone a rapidement pris la mesure du désastre en annonçant son retrait de la vie politique à l’échéance des prochaines élections. La Verte Esther Alder dont on a découvert les affinités pour le transport polluant et non collectif se retire, elle aussi, avant la date de péremption politique. Aucun rapport bien sûr avec l’«affaire». En bonne militante de gauche, elle préfère parler de «faillite collective» plutôt que de responsabilité personnelle.

Mais plus intéressant encore est le positionnement de Rémy Pagani qui avec le PDC Barazzone a été mis en prévention. A ce stade, il ne voit pas ce que la justice lui reproche. S’il se vérifiait qu’il avait commis quelques excès en frais de bouche, à l’instar d’autres collègues, ce serait d’abord, a expliqué le magistrat dans ces colonnes, «le reflet d’une situation sociale de plus en plus difficile». Que le bon peuple le réalise enfin: Rémy Pagani est une victime des dérives de la société! Comme il sent que l’argument n’est pas totalement béton, il prépare sa sortie en mode rhétorique créative: «plus il y a de candidats, plus la probabilité diminue que je demande une dérogation à mon parti pour continuer».

Rémy Pagani l’a compris, il est arrivé en bout de course. La politique à la hussarde ainsi qu’il la pratique à l’exécutif depuis douze ans montre ses limites, avec ou sous bouillabaisse marseillaise aux frais de la princesse.

On va certes le regretter, un peu. Le franc-tireur et politicien de la rue, toujours prêt à entrer dans le cortège et allumer la mèche, n’est pas dénué d’un charme révolutionnaire. Mais voilà trop longtemps qu’il s’amuse à confondre les rôles. Ses abus de pouvoir, ses excès égotistes au mépris des règles (mais au profit du peuple bien sûr!) finissent par user y compris à la gauche de la gauche. Souvenez-vous de la brochure de votations qu’il a sciemment manipulée à son avantage au mépris du droit et de la démocratie. Et plus récemment, la constitution en catimini d’une fondation pour aider les migrants. L’intention était peut-être bonne. Toujours est-il qu’il a engagé de l’argent public sans en référer à quiconque. Malin, roublard et démagogue, il joue les chevaliers blancs avec un sans-gêne inouï. Il ne voulait pas d’un pont offert par Rolex/Wilsdorf mais il n’hésite pas à demander 50 000 fr. à un banquier privé pour le tirer d’affaires, comme l’a révélé Radio Lac. Pagani se profile en combattant du peuple mais s’est trop souvent comporté en roitelet. On peine à l’imaginer sur le trône quatre ans de plus. Qui voudra élire un prévenu à l’exécutif, fût-il présumé innocent. Même ses plus fidèles compagnons de lutte risquent d’hésiter.

Créé: 14.03.2019, 18h44

Pierre Ruetschi, journaliste

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