Les comptes 2016 de Genève sont-ils bons? Gabriel Barrillier face à Alberto Velasco

Image: Vogelsang et JFM

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Le canton de Genève a créé du service public pour plus de 8 milliards de francs en 2016 et a équilibré ses comptes. Tout va donc très bien au bout du lac? Non, estiment deux députés, rapporteurs de la commission des Finances, Gabriel Barrillier, député PLR rapporteur de la majorités et Alberto Velasco, député socialiste rapporteur de la première minorité.

Etat de Genève, la dette demeure

Gabriel Barrillier, député PLR rapporteur de la majorité de la Commission des finances

Chaque année à pareille époque, le Grand Conseil exerce l’une de ses prérogatives les plus importantes: l’examen des comptes et le rapport de gestion du Conseil d’Etat. Année préélectorale oblige, l’exercice aiguise particulièrement les critiques et les polémiques autour de l’action du gouvernement de centre droit aux commandes depuis cinq ans. Une majorité de la Commission des finances (PLR + PDC + MCG) considère sans plus que la «boutique» est bien gérée, avec, à la clé, des comptes 2016 équilibrés et des investissements à bon niveau. Les autres refusent la gestion, arguant d’une politique d’austérité. Ils ont tort et peignent à dessein le diable sur la muraille puisque l’évolution des recettes et dépenses entre 2015 et 2016 est stable. Les engagements en faveur de la santé, des personnes handicapées et âgées et de l’action sociale ont été heureusement tenus et représentent 37,5% des 8 milliards de francs de dépenses totales (38 centimes par franc engagé). La majorité s’en réjouit car personne ne doit être laissé au bord du chemin. L’éducation arrive en deuxième position, avec près de deux milliards de francs permettant de répondre dans de bonnes conditions à l’évolution des effectifs dans les divers ordres d’enseignement, y compris la formation professionnelle. La relative maîtrise du ménage courant ne permet toutefois pas de pavoiser. Notre Etat souffre depuis longtemps d’un mal chronique profond qui se traduit par une dette quasiment incompressible de 12,5 milliards de francs pour 493 706 habitants, soit 25 242 francs par personne, nourrissons compris. Vaud a résorbé la sienne. Pourquoi Genève n’y parviendrait pas? Les causes sont multiples mais il est avéré que le poids historique excessif du canton, la répartition boiteuse des compétences avec et entre les 45 communes (singulièrement avec la Ville de Genève) sont sources de gaspillages durables. Un désenchevêtrement est en cours mais il se fait dans la douleur et ne générera malheureusement pas des économies globales substantielles comme chez nos voisins vaudois. Enfin, on comptait en 2016 46 731 employés pour le grand Etat (dont 17 387 pour le petit Etat), avec une caisse de pension aux soins intensifs, soit 61,2 emplois à plein-temps pour 1000 habitants contre 49,3 (VD) 46,1 (ZH) 30 (AG) et 28 (SO). C’est incontestablement dans la modernisation de la gestion du personnel public à tous les niveaux que réside en partie la réduction de la dette. Or cette réforme se heurte à des résistances corporatistes farouches et augure d’une prochaine législature incertaine.

Haut de la page

Comptes de l’Etat: une navigation à vue!

Alberto Velasco, député socialiste rapporteur de la 1re minorité

Nous voici en fin de législature et si les comptes en tant que tels peuvent être acceptés, il n’en va pas de même du dernier rapport de gestion du Conseil d’Etat. En effet, dans le cadre de cette législature, c’est aujourd’hui l’occasion de juger l’action du gouvernement dans ce qui touche quotidiennement les citoyens et citoyennes, soit le logement, l’emploi et la santé, ainsi que les moyens mis à disposition pour fournir ces prestations.

S’agissant du logement, il y a toujours 8000 personnes inscrites à l’office cantonal, et cela depuis des années. Cette situation de déséquilibre du marché a comme conséquences de faire évoluer les loyers à la hausse et d’obliger les familles à utiliser une part importante de leur revenu pour payer leur loyer. Concernant l’emploi, nous sommes face à un taux de chômage incompressible, depuis des années, qui oscille entre 5 et 6% alors que l’on a créé 100 000 emplois ces dernières années. Et l’on est dans l’incapacité d’intégrer des personnes de plus de 50 ans qui se retrouvent sans emploi ou qui sont à l’Hospice général. S’agissant de l’Hospice général, j’avais relevé, en début de législature, l’incompréhension de voir des personnes recevoir une aide financière en les laissant sans perspectives alors qu’il serait plus logique et plus rentable à terme, moyennant cette aide, de leur proposer une nouvelle formation, afin de les réinsérer dans le monde du travail. Car notre canton possède tous les moyens pour les former.

Eh bien, on n’y arrive pas! La formation continue, qui dans cette période de mutation des professions que les travailleurs subissent devrait être une assurance pour construire un avenir, est malheureusement le parent pauvre. La réponse à ces difficultés a consisté pour le gouvernement à appliquer une politique d’austérité en instaurant une coupe linéaire de 1%, opérée chaque année sur le budget de fonctionnement.

Au lieu d’appliquer une politique de réallocation des ressources en fonction de déficits structurels, on pénalise l’ensemble des acteurs émanant au budget de fonctionnement. Et bien que le nombre d’emplois ait augmenté à l’Etat, ils sont souvent en dessous des besoins pour satisfaire des prestations de qualité.

Enfin, les réévaluations de fonctions (Score), la question de la caisse de retraite des fonctionnaires (CPEG) ou la réforme de l’imposition des entreprises (RIE III) n’ont toujours pas été résolues!

Haut de la page (TDG)

Créé: 16.06.2017, 15h54

Gabriel Barrillier et Alberto Velasco, députés



Retrouvez ici tous les invités de la Tribune de Genève La rubrique L’invité(e) est une tribune libre (3000 signes, espaces compris) sélectionnée par la rédaction. Avant d’envoyer votre contribution, prenez contact assez tôt à courrier@tdg.ch, afin de planifier au mieux son éventuelle publication.

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.