Le libre-échange pour les nuls

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Avec sa façon cowboyesque d’empoigner les relations internationales, le président américain ne fait pas que démolir les règles de bienséance commerciales patiemment édifiées depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Il ruine également les bases de la prospérité – américaine au premier chef, mais pas seulement – à laquelle l’ouverture des frontières a jusqu’ici conduit. Parce que, contrairement à ce dont il semble s’être convaincu, le libre-échange profite à tous les partenaires, même et y compris à ceux qui, comme les États-Unis, présentent un déficit de leur balance commerciale.

Il y a d’abord, dans une telle situation et sous l’angle strictement macroéconomique, un gain de bien-être pour ces pays, puisqu’ils consomment ainsi davantage que ce qu’ils produisent, et moyennant un effort moindre (c’est-à-dire à des prix moins élevés) que s’ils devaient couvrir par eux-mêmes l’ensemble de leurs besoins.

Il faudrait que les gouvernements ne s’engagent pas sur la voie de dangereuses «préférences nationales»

À l’inverse, les pays excédentaires se serrent en quelque sorte la ceinture, puisqu’ils exportent une partie de ce qu’ils produisent au lieu de la consommer eux-mêmes en totalité. On peut de même faire valoir qu’un passif commercial extérieur, s’il découle de l’importation de biens d’investissement, permet aux pays déficitaires d’accroître leur potentiel de production, donc leur niveau de vie ultérieur. Enfin et de manière encore plus générale, il a été démontré depuis Ricardo, le grand économiste du XVIIIe siècle, que le libre-échange permettait à tous les partenaires de se spécialiser dans les productions pour lesquelles ils disposaient d’un avantage comparatif, et de gagner ainsi en efficacité. À preuve d’ailleurs les taux de croissance atteints dans le monde entier au fur et à mesure du démantèlement des barrières douanières.

Cette vision un peu angélique du commerce international propre à la théorie classique fait évidemment abstraction des conséquences moins heureuses, à court terme, du libre-échange sur l’emploi et la production dans les branches confrontées à la concurrence internationale. L’ouverture des marchés ne fait pas que des gagnants, et la montée du populisme aux quatre coins de la planète est bien la preuve que le libre-échange fait aussi des perdants, du côté de ceux qui y laissent leur emploi, leur clientèle ou tout bonnement leur survie économique. On ne s’étonnera donc pas de ce que des tribuns et même des théoriciens de gauche ou d’ultragauche (des Jean-Luc Mélenchon aux Emmanuel Todd et autres Thomas Piketty – comme d’ailleurs des droites les plus extrêmes à la manière du Front national – pour ne parler que de la France) aient enfourché les thèses protectionnistes.

Ce sont là de dangereuses dérives. Car elles risquent, si on n’y met le holà, de déboucher sur de véritables guerres commerciales par le jeu funeste des actions, contre-réactions et menaces de taxes réciproques qu’un Donald Trump brandit par tweets enflammés interposés («les guerres commerciales sont bonnes et faciles à gagner»).

Pour agir avant qu’il ne soit trop tard et éviter de tomber dans les erreurs qui avaient conduit le monde des années 30 à la dépression puis à la guerre, il faudrait que les gouvernements s’engagent non pas sur la voie de dangereuses «préférences nationales», mais sur celle de davantage de vigilance et d’attention à l’endroit des laissés-pour-compte de la mondialisation, par le recours à des mesures d’accompagnement intelligemment dosées comme notre pays, soyons en fiers, a su jusqu’ici le faire. (TDG)

Créé: 12.03.2018, 18h07

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