Le butin de Franco suscite la polémique

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Franco a assuré l’avenir de sa famille avec plus d’efficacité que celui de son pays. C’est en ces termes que le grand quotidien espagnol El País revenait, il y a encore peu, sur le patrimoine que le dictateur ibérique a légué à sa famille. L’actualité espagnole, qui se concentre sur sa crise de gouvernance et les tensions indépendantistes catalanes, a occulté le difficile travail de mémoire autour des héritiers de la controversée figure du Caudillo. À l’occasion des obsèques de Carmen Franco y Polo le 11 janvier, fille unique du dictateur, décédée à l’âge de 91 ans, l’Espagne redécouvre avec stupéfaction et polémique l’incroyable butin amassé par Franco dans des conditions éminemment douteuses.

La mort de la fille unique du dictateur, décédée à l’âge de 91 ans, jette une lumière crue sur l’incroyable butin amassé par Franco

L’Espagne constate aussi les privilèges inéquitables, hors de tout contrôle démocratique, accordés à la famille du dictateur par la jeune démocratie espagnole qui tentait de relever un pays après quarante ans d’un régime ayant fait de l’Espagne un pays du quart-monde au mitan des années 70. Soit hier.

La veuve de Franco, María del Carmen Polo, a ainsi reçu jusqu’à sa mort, en 1988, une pension supérieure aux salaires des deux premiers présidents, Adolfo Suárez et Felipe González. Sa fille unique et le mari de celle-ci ont bénéficié jusqu’en 1986 d’un passeport diplomatique. Qui sera avantageusement remplacé par un titre de noblesse décerné par le roi d’Espagne lorsque la jeune démocratie ibérique mettra son holà à son renouvellement.

Mais ces privilèges et ces rentes ne sont que symboles et menu monnaie au regard du pactole que Franco a capté durant la guerre civile et les quarante années de son pouvoir hégémonique et obscurantiste. Selon plusieurs journalistes qui ont travaillé sur la question, et tenté de percer l’opacité des montages, c’est un butin de plus de 500 millions d’euros sur lequel sont désormais assis ses sept petits-enfants et leurs familles. Des propriétés aux portes de Madrid et en Galice, des immeubles, des parkings, des participations dans des sociétés immobilières et financières composent un portefeuille confortable.

Et pour le moment, les nombreuses voix qui se font entendre pour que ces biens, mal acquis, soient restitués à l’État restent lettre morte. En effet, contrairement au Chili de Pinochet par exemple, où ses héritiers ont été présentés à la justice pour malversation, l’État espagnol oppose une réponse polie qu’il argumente par le besoin de conciliation entre le hier et l’aujourd’hui d’une transition sans fin.

Des initiatives régionales pourtant arment la riposte. En Galice, région d’origine de Franco, des élus locaux exigent la restitution du manoir d’El Pazo, une immense bâtisse que le dictateur s’était vu offrir en 1938 par le truchement d’une «souscription populaire». Cette demeure, qui abrite la Fondation Francisco Franco, classée au patrimoine culturel, est entretenue par les deniers publics mais la fondation familiale fait payer les visites des lieux. De toute évidence, le dictateur a aussi laissé à ses héritiers le don de mélanger l’intérêt public et privé.

(TDG)

Créé: 10.02.2018, 20h49

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