La choucroute halal de la République

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Si je voulais faire du buzz avec la dernière «Lettre de France» de 2017, je vous dirais que ma fille a mangé une choucroute halal à la cantine de son école parisienne. De quoi alimenter une belle polémique entre les pros et les anti qui se disputeraient sur la laïcité – fût-elle gastronomique – la perte des racines de la France et évidemment l’islamisation sournoise de la société… Je le posterais sur Twitter et le temps d’aller me laver les mains – pour peu qu’un collègue français me retweete dans le grand bassin des réseaux sociaux – il n’est pas impossible que je monte très haut dans les «ratings» de l’indignation.

C’est vrai. Je n’invente rien. Ma fille de 12 ans mange de la choucroute halal. Mais elle le fait exprès. Elle en rigole d’ailleurs avec ses copines et s’en vante à la table familiale. Les préados ont souvent la rébellion facétieuse et candide. Son truc, c’est que depuis qu’elle a goûté les saucisses de Strasbourg à la viande de poulet, elle les préfère à celles à la viande de porc. Aussi, elle n’hésite pas à dribbler les consignes de son école et se présente avec son visage d’innocente devant la cantinière qui distribue les menus alternatifs.

Cette anarchie rigolarde à l’heure de la cantoche scolaire est bien partagée

Et à l’en croire, ce n’est pas sans risque. Car ces dames de la cantine, comme dans tous les épisodes du «Petit Nicolas», font régner l’ordre par la terreur. Une heure de colle menace pour celles et ceux qui seraient pris en flagrant délit. Ma fille est sans doute injuste envers ces cantinières qui tentent de mettre bon ordre parmi la marmaille et ces estomacs affamés qui ont aussi envie de rire à l’heure de la pause méridienne.

Imaginez la scène. Les «souchiens» de Finkielkraut qui tapent dans les repas des «non-souchiens», c’est politiquement sensible. Comme si les végétariens mangeaient de la viande. Mais c’est aussi le cas, toujours selon ma fille! Quelle indiscipline, ces enfants qui, d’après elle, se «foutent» des préceptes, dogmes et idéologies de leurs parents. Nous aurons donc une pensée émue pour tous ces brocolis délaissés par les enfants des véganes et autres activistes de la cause animale, lorsque leur progéniture s’offre un petit extra en tapant dans la barbaque dès que les interdits parentaux sont au loin.

D’ailleurs, cette anarchie rigolarde à l’heure de la cantoche scolaire est bien partagée. De nombreux «non-souchiens» – que mes enfants appellent par leur prénom, c’est plus poli –ne se gênent pas davantage pour demander du rab de saucisse de Strasbourg de souche, mais porcine. On n’en tirera aucune conclusion sur les prescriptions religieuses, on se contentera de sourire à ces épisodes qui dans la France d’antan seraient racontés sur le ton plaisantin du petit Toto qui s’est introduit en douce dans la sacristie pour boire le vin de messe.

Tout cela n’est que de jolies histoires qui n’ont de valeur qu’au titre de facétieuses anecdotes évidemment. Il n’empêche, elles sont vraies. Leur unique défaut, c’est qu’elles sont positives. N’importe quelle autre minuscule histoire d’intolérance ou de tension plus ou moins volontaire serait la preuve irréfutable du déclinisme de la France éternelle, du recul de la pensée humaniste et de l’abdication de la République face aux communautarismes, surtout islamiste. Puisqu’il faut bien nommer les choses.

Dans la réalité vécue de cette France traumatisée par les attentats terroristes, perpétrés effectivement par des fous de l’islam, le vivre-ensemble fonctionne encore. Les Français que nous côtoyons sont très souvent indifférents au fait religieux, parfois au contraire motivés par leur foi comme le Secours catholique et le Secours islamique interviennants de concert dans les rues de Paris pour aider les SDF. La force de la France depuis la Révolution est d’avoir créé un pays avec des gens qui font souche autour d’une idée forte et qui se l’approprient. Au-delà des grandes envolées sur «liberté, égalité, fraternité» – et il y en a eu beaucoup – je garde de la France la recette de la choucroute halal. Déjà parce qu’elle fait rire ma fille. (TDG)

Créé: 20.12.2017, 17h40

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