Genève, une législature déjà perdue

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Relire aujourd’hui, à la fin du premier tiers de la législature, le discours de Saint-Pierre et le programme de législature 2018-2023 du Conseil d’État constitue un exercice aussi amusant que désespérant. Amusant à cause de l’emphase des propos figurant dans ces documents et d’un lyrisme qui fait sourire au regard de la situation du canton en ce début 2020. Désespérant, parce qu’en cette mi-février 2020 on s’aperçoit que, si l’on excepte les grands travaux lancés et les grands enjeux définis par les gouvernements précédents (loi sur la laïcité, Papyrus, extension du réseau TPG), aucune des réformes promises en 2018 n’a été lancée.

Rien donc, d’ici au printemps 2023, ne sera réalisé. Nous ne verrons pas d’ici-là la nouvelle patinoire, ni la prison des Dardelles, ni la première pierre des nouveaux quartiers du PAV, des Cherpines, de Bernex. Nous ne verrons probablement pas non plus la concrétisation de la réforme annoncée des services de protection de la jeunesse et des adultes. Les finances cantonales sont au plus mal. Les engagements hors bilan ajoutés à la dette comptabilisée dépassent le seuil des 20 milliards de francs. Les dépenses de fonctionnement continuent de croître systématiquement plus rapidement que les revenus. Le budget 2020 présenté par le gouvernement est catastrophique (600 millions de déficit) et, en dépit des circonstances (baisse de la fiscalité des entreprises et recapitalisation de la CPEG), il ne marque aucune volonté d’en finir avec la croissance démesurée des charges de fonctionnement. Pour le faire «entrer dans les clous de la loi», le Conseil d’État en a été réduit, paroxysme de la mauvaise gestion, à accepter la suspension du frein au déficit.

Dans le domaine des dépenses de fonctionnement, les réformes promises pour freiner l’évolution désastreuse de l’administration publique sont en effet restées lettre morte: la modernisation de l’échelle des salaires SCORE a été enfouie dans un tiroir ; celle du statut des fonctionnaires n’a même pas été ébauchée; la mutation annoncée des relations canton-commune n’a pas avancé d’un cran. Au plan politique, le gouvernement s’est révélé incapable de faire vivre le programme de législature 2018-2023 dont il s’est doté et que les partis gouvernementaux (PS, PDC, Verts, MCG et PLR) s’étaient engagés à soutenir. Ce programme a donc rapidement volé en éclats: les députés socialistes, Verts, MCG et PLR ont tour à tour trahi leurs engagements en s’opposant au gouvernement sur la réforme fiscale des entreprises, sur la réforme de la caisse de pension de la fonction publique et sur le budget 2020.

Le Conseil d’État, malgré la masse de juristes dont il s’est entouré, se fait régulièrement «retoquer» par les autorités judiciaires: la planification hospitalière qu’il visait a échoué devant le Tribunal administratif fédéral; la Cour de Justice l’a désavoué s’agissant de la question des annuités du personnel de l’État; la même Cour de Justice a cassé son projet d’internalisation des prestations dans les EMS.

Passif sur grands enjeux, le Conseil d’État, depuis vingt mois, s’est montré par contre beaucoup trop disert et visible sur les questions populistes et les faux problèmes: guéguerres internes; inauguration en grande pompe du Léman Express; catapultage sur la place publique d’un crédit de 20millions pour des tablettes numériques scolaires; introduction d’un macaron antipollution; soutien au sketch imaginé par la Ville de «dégenrer» les panneaux piétons; opposition à la 5G et aux abattages d’arbres par le biais de moratoires d’ailleurs inopérants.

Le discours d’investiture du Conseil d’État se terminait ainsi: «Le peuple nous demande de chercher l’entente et le dialogue. Il est fatigué des luttes stériles. Les illusionnistes ne font plus recette. Le peuple veut que ses autorités travaillent.» C’est raté.

Créé: 17.02.2020, 10h03

Pierre Kunz, ancien député et constituant

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