Et la plus grande ville de Suisse est… Genève ou Zurich?

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Un vieil ami me corrige: la plus grande ville de Suisse n’est pas, comme je l’ai évoqué la semaine dernière, Zurich, mais bien Genève! Son calcul n’est pas farfelu, même s’il aboutit à un résultat évidemment contraire à la réalité, sauf sous l’angle purement démographique. De fait, l’agglomération circonscrite à la ville de Genève et aux 14 communes qui l’entourent, couvrant avec elle une superficie à peu près identique à celle de la ville de Zurich (soit 80 km2), compte un nombre d’habitants légèrement supérieur à celle-ci, soit pas loin de 420 000 habitants, contre 400 000 pour le chef-lieu zurichois.

Si, comme le démontre mon honorable contradicteur, la Zurich actuelle est en réalité l’aboutissement de fusions de communes intervenues en 1893 et 1934, il est non moins vrai que la Genève d’aujourd’hui a elle aussi passablement grandi avec l’absorption en 1930 des communes du Petit-Saconnex, des Eaux-Vives et de Plainpalais. Et de toute façon, selon la nomenclature statistique officielle, la population résidante permanente de l’agglomération zurichoise (ville centre + ceinture d’agglomération) s’élève à 1,3 million d’habitants, tandis que celle de l’agglomération genevoise, limitée dans cette définition à l’espace national, n’en compte que 570 000. Quoique le Grand Genève, lui, frise le million, ce qui le rapproche tout de même de son alter ego des bords de la Limmat.

Quelles conclusions tirer de ces ordres de grandeur, sinon que l’histoire et la géographie, mais aussi des choix politiques plus ou moins pertinents, ont marqué les destinées des deux plus grandes villes de Suisse. Genève a jadis apporté beaucoup au pays, de grands savants et ingénieurs, son tout premier général d’armée (cofondateur de la Croix-Rouge, père du drapeau fédéral, concepteur de la cartographie suisse et de tant d’autres choses), ses premières banques, sa première bourse de papiers-valeurs, quelques-unes de ses premières entreprises industrielles, son premier aéroport, son existence même sur la scène internationale. Ce qui n’empêche pas que l’essor économique du pays s’est progressivement concentré sur ce qu’il est convenu d’appeler le «triangle d’or» qui, de Bâle à Winterthour en passant par Zurich, a peu à peu rassemblé l’essentiel de la puissance et du pouvoir de décision dans les affaires helvétiques.

Aurait-il pu en aller autrement? Sans doute oui, si Genève, après avoir refusé d’étendre son territoire à davantage de communes françaises et savoyardes, n’avait pas tardé à abattre ses remparts (leur destruction, entre 1850 et 1880, n’avait été décidée qu’en 1849, alors que Zurich avait commencé à démolir les siens dès 1834). Cette vie longtemps corsetée s’est prolongée jusqu’à nos jours avec le refus absolu de toucher à la zone agricole, l’opposition viscérale à tout projet d’envergure, l’interminable feuilleton du bouclement ferroviaire et routier des deux rives du lac, les innombrables freins, enfin, à la construction de nouveaux logements que l’on préfère expédier de l’autre côté de la frontière. Largement de quoi, au total, empêcher une destinée plus ambitieuse.

Il y en a que cela ravit, il y en a d’autres qui le regrettent ou se bornent à le constater. Questionné à l’époque sur les chances respectives des cantons de Genève et Vaud, que l’on campait alors volontiers en rivaux, le géographe Claude Raffestin répondait invariablement: Vaud, c’est l’évidence. Parce qu’il a le territoire. (TDG)

Créé: 11.09.2017, 17h03

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